PSG: Fumigènes, huis clos, sanction collective... Les incidents de PSG-Belgrade interrogent sur la pertinence des sanctions de l'UEFA

FOOTBALL Le PSG est sous le coup de nouvelles sanctions de l'instance européenne après les incidents constatés lors du match contre Belgrade...

Aymeric Le Gall

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Le craquage de fumigènes lors de PSG-Belgrade.
Le craquage de fumigènes lors de PSG-Belgrade. — JOHN SPENCER/SIPA
  • Après les incidents survenus lors de PSG-Belgrade, le club parisien pourrait être à nouveau sanctionné lors du match contre Liverpool. 
  • L'UEFA pourrait décider une nouvelle fermeture du virage Auteuil du Parc des Princes. 
  • Ces sanctions posent la question de la pertinence des sanctions infligées aux clibs par l'instance européenne. 

Au moment où le PSG retrouve la Ligue des champions, à l’occasion de la réception du Napoli mercredi au Parc des Princes, les ultras parisiens et les milliers de supporters massés à Auteuil vont quant à eux retrouver leur virage, trois semaines après la fermeture de la tribune contre l’Etoile Rouge de Belgrade.

Mais pour combien de temps ? La question se pose. Il n’est pas impossible que l’UEFA décide à nouveau d’infliger un huis clos partiel lors de la venue de Liverpool à Paris, le 28 novembre prochain. En cause, les incidents qui se sont déroulés au Parc le 3 octobre au moment de l’écrasante victoire parisienne face aux Serbes (6-1). On rembobine.

Contre Belgrade, l’UEFA avait décidé de punir à la fois les supporters du PSG en fermant le virage Auteuil et ceux de Belgrade en interdisant le déplacement des fans de Belgrade et leur installation dans le parcage visiteur. Les premiers étaient sanctionnés pour avoir craqué de très nombreux fumigènes lors du match face au Real la saison dernière, les autres pour avoir célébré de manière abusive leur retour en Ligue des champions avec un envahissement de la pelouse lors de leur match de qualif contre Salzbourg. Après la balade parisienne face aux Serbes, l’instance européenne a finalement ouvert une nouvelle enquête contre le PSG pour évaluer deux situations.

>> De nouveaux craquages de fumigènes du côté du Collectif Ultras Paris, replacés exceptionnellement en quart de virage, non loin de leur virage.

>> Des altercations avec la police aux abords du Parc des Princes alors que le match n’était pas terminé.

Auteuil à nouveau fermé contre Liverpool ?

L’UEFA devrait rendre son verdict le 22 novembre, date de la prochaine séance plénière de la commission de discipline. Si l’on ne peut parler à sa place, il est plus que probable que le PSG devra à nouveau faire face à des sanctions pour le match contre Liverpool. Pour James, le porte-parole de l’Association nationale des supporters (ANS), celles-ci ne devraient pas être aussi lourdes que contre Belgrade : « C’est clair que le fait d’avoir à nouveau craqué des fumigènes, ça n’arrange pas leur situation mais s’ils ferment une tribune pour quatre fumis, bon… L’UEFA ne jugeant pas sur des faits ayant eu lieu à l’extérieur du stade, faire tomber un huis clos pour quatre fumigènes, ça me paraît bien maigre. »

Un constat que ne partage pas entièrement Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste des mouvements de supporters, qui se montre plus sceptique : « Il y a un vrai risque de voir à nouveaux de grosses sanctions contre le PSG puisqu’il y a eu les incidents en dehors du stade en fin de match que l’UEFA peut raccrocher ça au fait que certains supporters parisiens sont sortis du stade avant la fin du match. » Si nos témoins ont du mal à se mettre d’accord, c’est qu’il n’est pas facile de lire la manière dont l’instance européenne juge ce type de débordements, notamment la question des faits survenus en dehors de l’enceinte du Parc, une zone qui n’est pas, en théorie du moins, de son ressort ni de celui du PSG.

Pour Ronan Evain, le directeur du réseau Football Supporters Europe (FSE), « L'Uefa ne sanctionne pas les clubs pour des faits hors des stades et ne le fera vraisemblablement jamais. Je ne sais pas d'où vient cette perception récente mais elle est complètement erronée. » 

Le champ d’action de l’Uefa en question

« Des renseignements que j’ai, tout ce qui se passe aux abords du stade n’est pas de la compétence du PSG donc ça serait quand même un peu fort de les punir pour des choses qui dépendent des forces de l’ordre françaises, nous dit Cyril Dubois, avocat spécialisé entre autres dans la question des supporters. Aux abords du stade, c’est de la sécurité publique et ça ne regarde même pas l’UEFA de savoir comment la France gère la voie publique. » Cela ne l’a pourtant pas empêchée de sanctionner l’Olympique Lyonnais en lui infligeant un huis clos total pour son premier match de Ligue des champions cette saison après des faits de violence survenus l’an passé hors du Parc OL contre le CSKA Moscou. Là encore, Ronan Evain préfère se montrer plus mesuré sur le sujet: « La sanction ne porte en aucun cas sur ce qu'il s'est passé en dehors du stade. C'est bien entendu difficile à étayer du fait de la communication limitée de l'Uefa sur les sujets disciplinaires, mais rien ne prouve que l'OL a été sanctionné pour des faits hors du stade. »

Tout est une question d’appréciation, finalement. Nicolas Hourcade développe.

Les abords des stades ? Le problème est que toutes les législations nationales sur la responsabilité des différents acteurs ne sont pas les mêmes. Et puis, qu’est-ce qu’on appelle les abords directs du stade ? On peut reprocher aux clubs un défaut de palpation au moment des fouilles par exemple, mais quand les incidents ne sont pas loin du stade mais hors du périmètre géré par le club, c’est plus compliqué. Contre le CSKA, de fait, l’OL ne peut pas grand-chose s’il y a des hooligans qui, s’ils ne trouvent pas de Russes à affronter, se mettent à taper sur la police. C’est une partie de la voirie que le club ne peut absolument pas gérer.»

La pertinence des sanctions collectives divise

L’autre question qui se pose avec ces mesures de huis clos (partiel ou total), c’est celle de la sanction collective. Au lieu de ne sanctionner que les fauteurs de troubles après les avoir identifiés, l’UEFA privilégie la mise au piquet de toute la tribune. Pour Me Dubois, qui n’hésite pas à parler de « la bêtise des sanctions collectives au détriment des sanctions individuelles », ces sanctions sont « contre-productives ».

Si je suis supporter, que je craque un fumi et qu’on m’interdit de stade dans la foulée, là ça m’emmerde vraiment. Mais si tout le monde est puni, bon… Psychologiquement, ces punitions collectives ne sont pas dissuasives, elles ne font que renforcer la solidarité des supporters contre les instances, ce n’est pas intelligent. On prend les supporters pour une masse informe. Or là, c’est quoi ? C’est quatre mecs sur plusieurs centaines qui ont craqué un fumigène, et pour ça on va en punir 6.500 ? Je ne vois pas l’intérêt.»

Un constat partagé par Nicolas Hourcade : « L’UEFA se donne bonne conscience en disant «voyez, on punit, on sanctionne», mais on a bien vu par exemple que le fait de ne pas avoir de parcage visiteurs pour le match de Belgrade à Paris ça a posé problème et ça a renforcé la complexité, pour les autorités françaises, à gérer l’ordre public. Donc, si vous voulez, ces sanctions collectives ont un double effet pervers: elles accroissent la difficulté à gérer les supporters quand le parcage est fermé mais qu’ils se déplacent quand même, et ensuite elles peuvent sembler injustes quand on sanctionne 10.000 supporters pour les agissements de quelques-uns. L’enjeu est toujours le même, c’est d’arriver à sanctionner individuellement les fauteurs de troubles. Avec toutes les caméras qu’on a dans les stades, avec les connaissances qu’ont les policiers des supporters radicaux, on devrait être capable de sanctionner les responsables à la mesure des actes commis. »

Pour le porte-parole de l’ANS, « il faut faire la part des choses entre une initiative individuelle et les décisions prises collectivement par les membres d’une asso. C’est un peu facile de tout coller sur le dos du Collectif Ultras Paris. Au sein du CUP, ce soir-là contre Belgrade, il y avait des consignes claires afin que personne ne craque de fumis donc il faut rester raisonnable, on ne peut pas les accuser d’avoir prémédité ça. »

« Le CUP a communiqué là-dessus en expliquant qu’il n’était absolument pas prévu que des fumigènes soient allumés sur ce match-là. Très clairement, les responsables du CUP ont été débordés par des individus plus radicaux, confirme Hourcade. Il n’y avait absolument pas de consigne d’allumage sur ce match. Ça rejoint les spécificités du supportérisme parisien, on peut demander aux leaders du CUP d’essayer d’organiser autant que faire se peut l’ambiance et d’essayer de limiter les problèmes, mais le supportérisme parisien est tellement complexe, il y a tellement de sous-groupes, de franges qui sont en marge du CUP, ou un peu dedans, un peu dehors, que c’est extrêmement dur à gérer ».

Les fumis, pomme de discorde entre ultras et instances

On le voit, la question des fumigènes, élément central de la culture ultra et cauchemar des instances européennes, divise le monde du foot et ne cesse de polluer les relations entre les supporters, les clubs et l’UEFA. « Ne peut-on pas trouver un moyen de sortir de ce délire sur les fumigènes, puisque visiblement le problème n’est pas tant un problème de sécurité publique que d’horaire du début des matchs?, se demande Nicolas Hourcade. On se retrouve face à un conflit qui met les clubs dans une position extrêmement inconfortable. Ils sont pris en tenailles entre leurs supporters et les autorités. D’un côté ils ont envie d’avoir de bonnes relations avec leurs supporters et de l’autre ils ont des autorités qui les sanctionnent très fortement. »

Alors que pour sortir de cette impasse, les instances du foot de certains pays ont décidé d’innover en autorisant l’utilisation de la pyrotechnie de manière encadrée, raisonnée et sécurisée – la France vient justement d’accepter de réfléchir à l’idée d’une autorisation des fumigènes sans chaleur – ce n’est pas le cas de l’UEFA. « Il n’y a pas du tout le même niveau de réflexion sur le sujet à l’UEFA que dans certains pays européens », déplore Me Dubois.

En attendant, si le PSG n’a pas souhaité s’exprimer officiellement au sujet des futures sanctions de l’instance européenne à son encontre, une source nous a tout de même glissés que « le rapport officiel de l’UEFA à la suite du match de Belgrade mentionne le travail exemplaire de notre service de sécurité et des forces de l’ordre qui ont su éviter tout accident grave dans un contexte très difficile. On espère que la Commission de discipline saura en tenir compte au moment de prendre sa décision. » D’ici là, les supporters parisiens seraient bien inspirés de faire une croix sur les craquages de fumigènes contre Naples mercredi soir, histoire de ne pas encore donner le bâton pour se faire battre.