PSG-Naples: «Le gars n'est pas une machine»... Pourquoi il ne faut pas stresser pour Kimpembe

FOOTBALL Le défenseur parisien débutera contre le club italien en Ligue des champions malgré ses erreurs récentes…

Julien Laloye

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Presnel Kimpembé, le 14 septembre 2018 avec le PSG.
Presnel Kimpembé, le 14 septembre 2018 avec le PSG. — JOHN SPENCER/SIPA

Presnel Kimpembe titulaire pour un gros match de Ligue des champions à la place de Thiago Silva. Le genre de perspectives qui rassure tous les supporters du PSG depuis que le gamin a plié en quatre Messi et Suarez dans sa poche arrière un soir de deculotada contre le Barça au Parc des Princes. Enfin, qui rassurait. Pour la première fois depuis son explosion au plus haut niveau, le défenseur parisien, qui jouera d’entrée face à Naples puisque son collègue brésilien a toujours les ischios qui sifflent, laisse affleurer une part de doute.

Une reprise couci-couça après le Mondial, un carton rouge indiscutable pour un tacle à la carotide sur Ndombélé, puis une séquence internationale interdite aux moins de 16 ans. Trois buts encaissés par les Bleus, trois buts pour Maestro Kimpembe. Perte de balle couillonne, erreur de marquage évitable et penalty malheureux, la complète œuf-jambon-emmental.

« Presnel est super serein »

On n’ira pas jusqu’à dire qu’on a les genoux qui cognent avant le débarquement napolitain, mais disons qu’on s’inquiète, même si le garçon n’a pas l’air de se faire du mouron. « Pour la première fois un peu moins bon sur quelques matchs, et comme il est champion du monde, c’est mis en avant, souffle-t-on dans son entourage. Mais Presnel est tranquille, il est super serein et il a envie de tout casser avec le PSG quand il va rejouer. Tout ce qui se dit a renforcé sa détermination. » Qu’est-ce qu’il se dit sur son compte précisément ? Plusieurs versions s’affrontent, selon le degré de perfidie des points de vue. On fait le tri avec Laurent Bonadéi, ancien entraîneur de Kimpembe chez les jeunes au PSG et aujourd’hui coach de la réserve niçoise.

Le point de vue Pascal Praud : Presnel a pris le boulard (toujours la même chose avec cette jeunesse insolente)

Agent d’ambiance au camp de base d’Istra pendant le Mondial russe, où Kimpembe et son enceinte ont peu à peu acquis un statut de totem de la vie de groupe, comme la moustache d’Adil Rami, le gaucher a pu construire l’image travestie d’un jeune homme un peu trop porté sur la rigolade et pas assez sur le terrain. Au PSG, personne n’a trop apprécié, d’ailleurs, une vidéo parue au cours de l’été sur laquelle on voyait le joueur distribuer champagne et faux billets comme dans un clip de rap américain. De quoi monter l’histoire un peu trop facile d’un garçon immature qui aurait perdu le sens des réalités après le titre mondial ? Rien de tout ça, assure Laurent Bonadéi, avocat du sérieux de l’intéressé.

Presnel est quelqu’un qui sait faire la part des choses. Il peut avoir le statut d’un défenseur coriace, redoutable sur le terrain, et switcher pour passer à celui de coéquipier jovial qui va mettre la bonne en dehors des périodes qui nécessitent dans la concentration. Ça fait partie de sa personnalité. »

Le coup de l’interrupteur est bien trouvé. On se souvient de Kimpembe et ses cheveux rouges au début du rassemblement des Bleus à Clairefontaine en mai dernier, puis ce changement d’apparence en Russie, qu'il avait justifié ainsi: « La Coupe du monde, c’est comme aller à la guerre, et pour aller à la guerre, il faut une coupe de militaire. » Dit autrement : le garçon est beaucoup moins léger qu’il en a l’air.

Anecdote de Laurent Bonadéi : « Je me souviens d’un tournoi remporté au Qatar, il avait fallu rentrer le vendredi, et le samedi on allait joueur à Lorient, avec le décalage horaire. Les joueurs s’étaient arrachés pour gagner au mental. Presnel, tant qu’on n’a pas donné le feu vert pour se relâcher, il est en mode compétiteur, toujours capable de grandes choses. »

Le point de vue Jacques Vendroux : Presnel a perdu confiance (mais c’est un type formidable)

Une autre manière d’approcher le problème. Le sportif de haut niveau marche toujours sur un fil. L’équilibre menace de rompre pour trois fois rien, une gêne physique, un équipier moins performant qui vous oblige à compenser, des commentaires moins élogieux qui instillent le doute. Et si Kimpembe, sur qui tout semblait glisser jusque-là, traversait tout simplement la première (petite) crise de confiance de sa jeune carrière, quand chaque erreur de jugement ou presque provoque un but, immédiatement décortiqué par la sphère médiatique en boucle ? Ce ne serait pas la première fois alors, que l’international tricolore devrait surmonter un certain scepticisme.

Certains l’ignorent encore, mais Kimpembe ne fait pas partie de ces espoirs annoncés énormes à dix piges par les dingos qui matent tous les matchs des catégories inférieures du club. Lui-même le racontait dans un reportage tourné pour Téléfoot au moment de sa première sélection en bleu : « J’ai eu du mal à décoller, parfois à cause de pépins physiques, parfois parce que je n’étais pas assez bon pour jouer, tout simplement. »

Les détails de Laurent Bonadéi : « En jeunes, la maturité physiologique est importante. Presnel ne s’est pas étoffé tout de suite. Pour lui, c’était dur d’accepter que son corps ne lui permette pas de réaliser ce qu’il imaginait dans sa tête. Il a vu des copains franchir des marches plus vite que lui. La première saison avec moi, il s’est fait une luxation de la rotule qui l’a éloigné des terrains deux mois et demi. Et bien il a redoublé de travail dans son coin pour revenir plus fort et gagner sa place. Presnel est l’incarnation du joueur qui a un mental à toute épreuve. »

Ajoutons qu’il a une cote d’enfer chez ses entraîneurs, qui viennent au soutien sans se faire prier. Ecoutez Thomas Tuchel à la veille du choc contre Naples : « Presko a été top contre Liverpool et contre l’Étoile Rouge, et c’est normal, après un carton rouge, il était un peu triste contre Lyon. En équipe nationale, c’était la première fois qu’il avait un temps de jeu aussi important. C’est normal, le gars n’est pas une machine. Mais j'ai grande confiance en lui, c'est un garçon avec un sourire chaque jour, qui donne 100 % de lui à l’entraînement. Tu peux l’appeler à 3 heures du matin pour s’entraîner, il va débarquer cinq minutes après. »

Le point de vue Fred Hermel : Presnel plafonne avant de passer un nouveau cap (enfin, quand il aura signé au Real)

La théorie qui nous plaît le plus. Défenseur d’une fiabilité absolument incroyable pour son âge, Kimpembe est un joueur encore vert. A peine 70 matchs en L1, six en Coupe d’Europe, et cinq en équipe nationale. Ça fait léger pour lui demander d’être Beckenbauer. Rappelons à titre comparatif que Samuel Umtiti, son concurrent direct en équipe de France, a dû disputer quatre saisons pleines en L1 à plus de 25 matchs avant que DD ne daigne le convoquer. Et que dans sa période lyonnaise, le défenseur barcelonais a connu beaucoup de trous d’air, de cartons bêtes, et de sautes de concentration avant de convaincre qu’il était fait pour une grande carrière.

Kimpembe, lui, s’est fait une place de choix entre Thiago Silva et Marquinhos, deux références mondiales, avec qui on apprend plus vite, a priori, qu’aux côtés de Bakary Koné et Milan Bisevac. Il joue de plus en plus, il étend sa palette, bref, il engrange l’expérience qui lui fait encore défaut pour devenir monstrueux à 25 piges.

Laurent Bonadéi : « A force de jouer des matchs de haut niveau à forte intensité, il va se bonifier. Il a le mérite de pouvoir être dans un grand club, où il peut s’inspirer de grands défenseurs comme Thiago ou Marquinhos. C’est sur l’expérience qu’il va encore progresser, mais aussi la complémentarité, c’est important pour des défenseurs. Blanc et Desailly, ça ne s’est pas fait en un jour. Au PSG, les grands joueurs sont aussi de grands hommes, qui ont su intégrer les jeunes avec la pédagogie qu’il fallait pour leur permettre d’éclore. L’apprentissage passe par des périodes d’échec. En ce moment, il commet des petites erreurs, mais ce sont des expériences qui participent à le construire. »