Equipe de France: Thauvin, Dembélé, Kimpembe, où quand les coiffeurs bouffent la feuille contre l'Islande

FOOTBALL Beaucoup de joueurs n'ont pas su saisir leur chance contre l'Islande...

Aymeric Le Gall

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Le trio a été recalé contre l'Islande.
Le trio a été recalé contre l'Islande. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Guingamp,

Le test a été douloureux. On ne va pas se jouer de la flûtine, ce match amical de l’équipe de France contre l’Islande ne revêtait quand même pas des masses d’enjeux. Un amical dans ce qu’il y a de plus pur, en province, à la veille d’une rencontre de Ligue des Nations contre l’Allemagne au stade de France. Finalement, au-delà du plaisir simple de voir les Bleus en mode rockstars adulées par toute une région, le seul véritable intérêt de regarder attentivement ce match résidait dans la performance des coiffeurs.

Contre l’Islande, et pour la première fois depuis le sacre en Russie, Didier Deschamps avait décidé de donner du temps de jeu à pas mal de ses habituels remplaçants (Kimpembe, Dembélé, Thauvin, Nzonzi), histoire de voir ce qu’ils avaient dans le bide. Histoire aussi de leur permettre d’instiller un petit doute dans son esprit avant de coucher les onze noms qui débuteront mardi contre la Maanschaft. A l’arrivée, le sélectionneur français risque de passer des nuits paisibles. En effet, la copie globale rendue par nos amis du banc s’est révélée bien pauvre, limite inquiétante. Pour bien s’en rendre compte, on n’a d’autres choix que de faire du cas par cas.

Flo, Ous', Presnel, Steven, au tableau

>> Thauvin ne résiste pas à la pression. Le match venait à peine de débuter et, du haut de la tribune présidentielle où nous étions installés avec nos collègues des médias, on a tout de suite senti qu’il y avait un truc qui clochait pour Florian Thauvin. Des prises de balles hésitantes, des passes dans le vide, des centres quand il aurait fallu tirer, des tirs quand il aurait fallu centrer, et un langage corporel qui puait la trouille. Le Marseillais sait qu’il n’aura pas 15.000 occases de se montrer et c’est probablement cette pression qui lui a joué des tours. Chez certains joueurs elle galvanise, elle pousse à se surpasser, chez d’autres elle transforme les jambes en coton et les pieds en mousse. Flotov est de la seconde catégorie.

>> Dembélé, toujours trop, jamais trop bien. Côté Dembélé, le cas est différent. Alors que Thauvin a montré dans son attitude qu’il avait surtout envie de bien faire, le Barcelonais, lui, a montré qu’il avait envie de tout faire. Sauf que très souvent c’était à l’envers. Chaque accélération dévastatrice (ça on ne peut pas le lui enlever) était gâchée par des choix bizarres ou des erreurs techniques. Il n’a pas non plus tout raté, d’accord, et son combo accélération-crochet-centre en retrait fera pleurer un paquet de défenseurs durant sa carrière, mais l’impression générale laissée par Ous’n’a pas été bonne. On a longtemps pensé qu’il jouait dans la même catégorie que Mbappé mais on est encore très, très loin du compte.

>> Kimpembe, doublement fautif. Le défenseur du PSG a vraiment passé une sale soirée. Expulsé avec Paris lors du match contre Lyon dimanche, Kimpembe avait l’occasion de se rattraper avec les Bleus, c’est raté. Et pas qu’un peu. C’est bien simple, les deux buts islandais sont en grande partie pour sa pomme. Une protection de balle à faire mourir de rire les gardes du corps d’Eric Zemmour sur le premier pion, un air-marquage sur le corner qui mène au deuxième, le garçon a tout fait à l’envers. On dira que c’est le métier qui rentre.

>> Nzonzi, zéro risque, zéro impact. Parmi les Français qui jouaient gros, c’est peut-être celui qui s’en tire le mieux. Et encore, on dit ça parce que c’est aussi celui qui s’est le moins mis en danger. Forcément, ça aide. A part son scud direction lucarne bien claqué par le gardien islandais, le Romain n’a pas pris le moindre risque au Roudourou et, dans le foot comme au speed dating, se cacher est rarement la bonne solution pour impressionner et conclure.

Bilan du conseil de classe

En conférence de presse d’après-match, on aurait beaucoup aimé que Didier Deschamps nous glisse un mot sur chacun des joueurs évoqués au-dessus, une sorte de distribution de mauvais points, mais il n’a eu le temps de le faire que pour le duo Thauvin-Dembélé. Et encore, plutôt que de taper dur, le sélectionneur français a préféré relativiser les trous d’airs de ses remplaçants et mettre tout le monde dans le même sac. Ou presque.

« Ils rentrent dans un contexte collectif eux aussi. C’est arrivé à d’autres, à d’autres moments. Pour Florian, c’était une première titularisation et il tombe sur un match où l’équipe n’est pas très bien également. Ousmane a fait des choses intéressantes, d’autres moins avec des pertes de balle. Il aurait pu être décisif sur certaines actions. Mais ils n’étaient pas non plus dans les meilleures conditions par rapport à l’attitude globale de l’équipe. Ça passe par là pour eux et pour d’autres joueurs aussi. »

Qui sont donc les plus grands perdants de ce test des remplaçants ? Au vu de ce qui les attend en équipe de France dans un avenir proche, et considérant la concurrence directe, on a clairement envie de répondre Thauvin et Dembélé. Car les concernant, il y a de la place à prendre si on considère que Mbappé va bientôt libérer le couloir droit et que Matuidi ne va pas jouer toute sa vie en Bleu sur le front gauche de l’attaque.

Pour les deux autres en revanche, Nzonzi et Kimpembe, le contexte est différent. Ils savent pertinemment qu’avant de détrôner Kanté pour l’un et Umtiti pour l’autre, il va falloir feuilleter des magazines en salle d’attente encore un bon moment. Mais à l’arrivée, tous ont perdu une bataille contre l’Islande. Et vu la faible propension de Deschamps à faire tourner son effectif, c’est con car c’était le moment ou jamais de lui en mettre plein les yeux.