Equipe de France: Les Bleus, (discrets) symboles de la générosité des footballeurs?

FOOTBALL Les Bleus, comme beaucoup d'autres joueurs, s'impliquent de plus en plus auprès d'associations caritatives...

Nicolas Camus

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Kylian Mbappé à la rencontre d'enfants avec son association
Kylian Mbappé à la rencontre d'enfants avec son association — Premiers De Cordee/SIPA
  • Les joueurs de l'équipe de France ont lancé en mars dernier «Avenir Bleu», un fonds d'actions pour des oeuvres caritatives.
  • Ils discutent entre eux des actions qu'ils souhaiteraient soutenir ou mener directement, et en font part ensuite à la FFF, qui s'occupe de la logistique.
  • Cette initiative plaît à l'UNFP, qui est en train de lancer un mouvement pour encourager les initiatives, les rassembler afin de leur donner de l’ampleur et inciter les joueurs à se lancer.

L’affaire aurait pu mal tourner, elle a été close aussi vite qu’elle était sortie. Les bagues « façon NBA » voulues par les joueurs de l’équipe de France pour célébrer leur titre de champion du monde, seront finalement payées par Paul Pogba. Certains Bleus avaient demandé à la FFF de participer, ce qu’elle avait accepté, mais d’autres n’étaient pas très à l’aise avec cette idée, selon le journal L'Equipe

C’est vrai que ça aurait été dommage de ruiner les efforts déployés ces dernières années pour redorer l’image de l’équipe de France. Le fait qu’il y ait eu débat au sein même des Bleus confirme la volonté de retour, perceptible depuis l’extérieur, à une certaine humilité. Après la Coupe du monde, on avait beaucoup parlé de la redistribution d’une partie de la prime de victoire (entre 300.000 et 400.000 euros par personne) à des associations ou à des causes humanitaires. Mais les joueurs n’avaient pas attendu de décrocher une deuxième étoile pour se soucier des autres.

Quatre mois avant, en mars, ils avaient informé la FFF de leur volonté de créer un fonds d’actions. Il a vu le jour sous le nom d’« Avenir Bleu ». Son fonctionnement : les joueurs mettent au pot régulièrement, de manière égale, y compris les nouveaux venus. Ils discutent entre eux des actions qu’ils aimeraient soutenir ou mener et en font part à la Fédération, qui s’occupe de la logistique.

Contactée, cette dernière, comme les joueurs, souhaite rester discrète sur cette initiative, qui n’en est qu’à ses débuts. Les actions ont toutefois déjà commencé. Les services de pédiatrie de quatre hôpitaux de la région parisienne et de Marseille ont reçu des voiturettes électriques pour emmener les enfants au bloc opératoire, ou des lunettes de réalité virtuelle pour divertir les malades. Trois autres sont en cours de livraison.

Le fil rouge sera l’aide aux enfants malades ou défavorisés. Elle pourra se faire directement, ou via des associations avec lesquelles les joueurs sont déjà en contact. Ils sont nombreux, comme Kylian Mbappé avec « Premiers de cordée » ou Florian Thauvin avec « Fées des Rêves », à s’investir de manière individuelle. « C’est quelque chose dont ils discutent entre eux, explique Luc Lloris, le père d' Hugo, qui a porté l’initiative auprès de la Fédé en tant que capitaine. Tout ça est très réfléchi, sérieux, on n’est pas dans l’émotionnel. »

« Il y a une vraie prise de conscience ces dernières années »

Comprendre, ce n’est pas un projet en l’air pour faire bien. Il plaît beaucoup en tout cas à Sylvain Kastendeuch, coprésident de l’Union nationale des footballeurs professionnels. Cela fait écho au mouvement «positive football», que l’UNFP met sur les rails pour encourager les initiatives, les rassembler afin de leur donner de l’ampleur et inciter les joueurs à se lancer en leur apportant un soutien logistique. Il s’est rendu à Clairefontaine en mars dernier pour présenter ce mouvement aux Bleus, et fait depuis septembre la tournée des clubs pros.

« L’accueil des joueurs est très bon. Ils ont de plus en plus envie de s’investir. Ça a toujours existé, mais il y a une vraie prise de conscience ces dernières années, estime l’ancien capitaine de Metz. Nous, on les encourage. Mais il y a un besoin d’encadrer tout ça, et ils nous attendent là-dessus. Ils sont tellement sollicités, c’est rassurant d’avoir un intermédiaire capable d’apporter des garanties pour que leur engagement ne soit pas détourné. »

L’UNFP mise beaucoup sur ce dispositif. Elle espère réhabiliter la place des footballeurs dans la société, trop peu reconnue à son goût. Les montants des transferts et des salaires brouillent l’image. Selon une enquête d’opinion menée par ses soins en avril dernier, « arrogance », « bling bling » et « immaturité » restent les mots les plus associés aux footballeurs, même s’ils sont en recul par rapport à 2017. « Leur image pâtit des clichés. Il faut prendre le contre-pied de tout ça, dire qu’ils ont cette forme de conscience, d’engagement de rendre à la société ce qu’elle leur a donnée », explique Sylvain Kastendeuch.

L’exemple de l'« England Footballers Fondation »

Paradoxalement, les joueurs ne font rien non plus pour que cela se sache. Ils seraient même plutôt mal à l’aise quand quelqu’un évoque leurs actions alors qu’ils n’ont rien demandé. « On a toujours des scrupules à se mettre en avant quand on fait de belles choses, défend le coprésident de l’UNFP. Ça peut se retourner contre eux, ou être l’objet de récupérations. C’est aussi pour ça qu’on veut être présents. Si c’est un tiers qui met ça en valeur, ils ne pourront pas être taxés de faire ça pour faire parler d’eux, augmenter leur notoriété ou je ne sais quoi. »

En épluchant les résultats de l’enquête de l’UNFP, on apprend également que l’humilité et l’état d’esprit sont les deux critères les plus importants pour évaluer un joueur, devant sa qualité technique. Et ce quels que soient l’âge et l’intérêt pour le foot des personnes interrogées. « Avenir Bleu » ne peut pas mieux s’inscrire dans l’air du temps. « On va voir comment tout ça se met en œuvre, mais ça participe à une action positive, généreuse, apprécie Luc Lloris. C’est une nouveauté dans le football français. » En Angleterre, l’«England footballers foundation» a récolté plus de 5,5 millions d’euros depuis sa création, en 2007. Elle a apporté son aide à l’Unicef, à des fonds de recherche contre le cancer, à des actions en faveur d’enfants ou de vétérans de guerre. De quoi ouvrir des perspectives de notre côté de la Manche.