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Ce fou de bicyclette a ressuscité une marque de vélos disparue en 1986

Nîmes : Ce passionné de bicyclette a ressuscité Nemausa, une marque de vélos disparue en 1986

VINTAGEMorgan Champiot, qui a ouvert son atelier-boutique dans la capitale du Gard, a créé deux séries limitées inspirées de cette marque, Diane et Hommage
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • Morgan Champiot, qui a créé à Nîmes son atelier-boutique de cycles, a fait renaître la marque locale de vélos Nemausa, qui a disparu en 1986.
  • Fondée dans l’entre-deux-guerres par Emile Dumond, cette entreprise, qui a succédé aux cycles Dumond, fut un véritable fleuron de la capitale du Gard.
  • Morgan Champiot a décidé de ne produire, pour l’instant, que des séries limitées, conçues avec l’entreprise Arcade Cycles, en Vendée. Il y a eu les Diane, d’abord, en 2021. Puis les Hommage, en 2022. Et le prochain, ce sera un électrique.

Quand il était tout petit, Morgan Champiot est monté sur une bicyclette. Comme bon nombre d’enfants. Mais lui, il n’en est jamais redescendu. Et le vélo, il en a même fait sa vie. Ce Nîmois de 38 ans a ouvert il y a cinq ans, à deux coups de pédales de la Maison Carrée, son atelier-boutique de cycles en tous genres. Et il est même parvenu à relancer, avec panache, une marque de bicyclettes de Nîmes (Gard), Nemausa, disparue en 1986.

Mais d’abord, il a fallu, pour ce fou de la bécane, mordre le guidon. Son aventure est d’ailleurs née au fond d’un garage, celui de son oncle, « le plus vieux garage automobile du centre-ville de Nîmes », raconte Morgan Champiot à 20 Minutes. « J’ai acheté une vingtaine de vélos vintage, et je me suis installé dans un coin, là où il faisait caguer son chien ! », se marre ce diplômé en mécanique et en design, qui a toujours milité pour que l’on se mette, tous, à la pédale. « A l’époque, il n’y avait plus d’atelier de réparation de vélos dans le centre-ville. Je me suis dit que si les gens roulaient à vélo, et qu’il leur fallait une voiture pour aller le faire réparer à l’autre bout de la ville, c’était un vrai problème. »

Il a vendu deux vélos à… Marc Lavoine

Un jour, Marc Lavoine (oui, oui, Marc Lavoine) est passé, par hasard, devant le hangar. Et il est tombé sous le charme d’un vieux vélo, que Morgan Champiot avait restauré et accroché au mur du garage, pour attirer l’œil des chalands. « Il a demandé à mon oncle qu’est-ce que c’était, ce vélo, sourit l’entrepreneur. Mon oncle a commencé à l’engueuler, en lui demandant pourquoi il prenait des photos ! Puis il s’est ravisé, en lui disant : "Mais je vous connais, vous !" » L’histoire ne s’est pas arrêtée là, puisque Morgan Champiot a restauré et vendu deux vélos au chanteur. Pour ce fou de bicyclettes, l’affaire a commencé à rouler. Il a quitté le garage de son oncle, et a ouvert son atelier-boutique.

Petit à petit, les cyclistes se sont pressés dans ce nouveau local, où l’on connaît le vélo par cœur. C’est d’ailleurs Morgan Champiot qui fut le premier, à Nîmes, à populariser le vélo-cargo. Mais ce qui a fait sa renommée, surtout, c’est la résurrection d’une marque, Nemausa. Fondée dans l’entre-deux-guerres par Emile Dumond, cette entreprise, qui a succédé aux cycles Dumond, fut un véritable fleuron de la capitale du Gard. Elle avait séduit des tas de revendeurs dans le sud de la France, avait ses propres équipes de vélo (dont une équipe féminine), et a même organisé le Tour du Gard, pendant des années.

Pendant longtemps, Nemausa fut l'un des fleurons de la capitale du Gard.
Pendant longtemps, Nemausa fut l'un des fleurons de la capitale du Gard. - Famille Dumond

Deux séries limitées, Diane et Hommage, et bientôt un vélo électrique

Mais, plombée depuis quelques dizaines d’années par le Solex, la mobylette et le tout-bagnole, et tandis que les enfants des derniers propriétaires, Jean et Emmanuel Dumond, rêvaient d’autres carrières, Nemausa a fermé, en 1986. Avant de renaître, trente-cinq ans plus tard, dans l’atelier d’un passionné. « Il y a longtemps, je récupérais des vélos à la poubelle, je récupérais les pièces, je les retapais. Et il m’est arrivé de restaurer des Nemausa, se souvient Morgan Champiot. Un jour, un ami à mon demi-frère me dit : "C’est la marque de mon grand-père !" » Intrigué, ce passionné de bicyclettes prend attache avec la famille Dumond. Et il se dit que ce serait peut-être une chouette idée, que de faire renaître cette success story. « A la sudiste, on s’est fait un apéritif, avec la famille Dumond, avec des olives et des cacahuètes, se marre l’entrepreneur. Je leur ai parlé de mon projet, ils ont trouvé que c’était une super idée. Et en partant, l’un des membres de la famille m’a dit : "Dépose la marque, parce que sinon, tu vas te la faire piquer." »

Mais « pour pas se péter la gueule, il faut aller doucement », assure le Nîmois. Alors il a décidé de ne produire, pour l’instant, que des séries limitées, conçues avec l’entreprise Arcade Cycles, en Vendée. Il y a eu d’abord les Diane, en 2021, un beau vélo rouge à l’ancienne. Puis les Hommage, en 2022. Et le prochain, ce sera un électrique.

Diane et Hommage sont les premiers vélos de la marque Nemausa, nouvelle génération.
Diane et Hommage sont les premiers vélos de la marque Nemausa, nouvelle génération. - Morgan Cycles

« C’est n’est pas un vélo bon à jeter d’ici deux ou trois ans »

Des Nemausa d’antan, Morgan Champiot a gardé l’élégance. Mais surtout, la solidité. « On fait des vélos qui sont conçus pour durer », confie l’entrepreneur. Ce qui n’est toujours le cas des bécanes fabriquées pour la grande distribution, soupire le trentenaire. Bien sûr, « on ne veut pas faire rouler les vélos de l’époque, note-t-il. On veut continuer l’aventure. » Avec les technologies les plus évoluées, dans le domaine cycliste. Pour la structure du vélo, des roues, des rayons… Morgan Champiot a choisi d’opter pour une qualité optimum. « Ce vélo, si demain tu n’en fais plus, tu le donnes, confie-t-il. Ce n’est pas un vélo qui va être bon à jeter d’ici deux ou trois ans. » Et à la caisse, Morgan Champiot ne dérape pas : les Diane et les Hommage ont été vendus entre 550 et 600 euros. « On gagne à peu près 130 euros par vélo », détaille l’entrepreneur.

NOTRE DOSSIER SUR LE VELO

Chez les Dumond, on est ravi que la marque familiale retrouve de l’éclat. En particulier Eric Dumond, le petit-fils d’Emile, son créateur. « Quand il a eu l’idée de relancer la marque, Morgan [Champiot] nous a tous contactés, pour savoir si cela ne nous posait pas de problèmes, confie Eric Dumond à 20 Minutes. Il n’était pas obligé de le faire, mais il a fait les choses bien ! » Pour le petit-fils d’Emile Dumond, le retour de Nemausa est particulièrement émouvant. Il se voit encore, au fond du magasin de son grand-père, en train de fabriquer son propre vélo. « Cela permet que l’aventure continue », sourit-il.

Morgan Cycles, la boutique de Morgan Champiot, à découvrir ici.