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Coupe du monde de rugby : Jérôme Garcès, « meilleur arbitre du monde » et ennemi n° 1 des fans anglais
RUGBY•La désignation de l’arbitre béarnais pour la finale Angleterre-Afrique du Sud n’a pas manqué d’attiser les commentaires anti-FrenchiesN.C et M.D
L'essentiel
- Jérôme Garcès a été désigné pour arbitrer la finale de la Coupe du monde de rugby entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud, samedi.
- Il s’agit d’une grande première pour un arbitre français, et d’une belle consécration pour l’intéressé, qui prendra sa retraite dans la foulée.
- Bizarrement, les supporters anglais auraient préféré le Gallois Nigel Owens pour officier lors de ce match.
L’âge de raison et la majorité rugbystique sont atteints. Il y a 18 ans, Jérôme Garcès se voyait confier le sifflet pour la finale de 3e série du comité du Béarn. Samedi, l’arbitre international français s’époumonera sur le terrain d’une finale de Coupe du monde opposant l’Angleterre à l’Afrique du Sud. Un honneur inédit pour un représentant de l’arbitrage bleu blanc rouge, et une sacrée apothéose pour le Palois de 46 ans, qui partira à la retraite à la fin de ce match. Présentation de celui que les Anglais ne voulaient pas du tout voir diriger leur finale.
Le plus grand palmarès du sifflet français
Avant d’arriver au sommet de sa profession, Jérôme Garcès a gravi les échelons un à un, passant par les divisions régionales avant d’intégrer les officiels du Top 14 en 2006, tout en conservant son emploi de fournisseur chez Turbomeca à Bordes. Quatre ans plus tard, il devient le cinquième arbitre français professionnel. Depuis, il cumule les grands rendez-vous avec trois finales de Top 14, la Coupe du monde 2015 – où il devient le premier Français arbitre de champ d’une demi-finale –, jusqu’à une année 2019 qui couronne la carrière la plus fournie du rugby tricolore.
« C’est probablement l’unique arbitre français ayant tout arbitré. Il a absolument tout connu et on peut le considérer comme le meilleur arbitre du monde, atteste Joël Dumé, ancien directeur national de l’arbitrage. Il a un palmarès inégalé qui sera difficile à battre. Maintenant, il va prendre la direction du management des arbitres du secteur professionnel et c’est très important pour le futur. »
« Une véritable consécration »
Une finale de Coupe du monde, Joël Dumé en a connu une, en 1995, le long d’une ligne de touche. « Une finale, on y pense les jours précédant le match évidemment, mais lorsqu’on se rend au stade, on rentre dans sa bulle et on fait abstraction de tout ce qui se passe autour, se remémore l’ex-arbitre international. Il l’a mérité. C’est la confirmation de quatre années de travail pour atteindre ce dont rêve tout arbitre. C’est un vrai aboutissement et une consécration. » Que ce cher président Laporte n’a d’ailleurs pas manqué de souligner.
Lorsqu’il s’est blessé il y a deux ans, Jérôme Garcès était pourtant bien loin d’imaginer une telle fin à sa carrière. « A ce moment-là, il a fallu l’aider, le soutenir, le remettre en confiance, se souvient Joël Dumé. Depuis, Jérôme a été extrêmement régulier dans ses performances. » Une régularité qui lui a permis d’éliminer des prétendants directs au Graal arbitral. Wayne Barnes (Anglais donc out d’office), Nigel Owens (a déjà arbitré deux finales de Mondial), Romain Poite (son compère de toujours l’assistera à la touche) ou encore Ben O’Keeffe (un Kiwi aligné de l’autre côté du terrain). Garcès les a tous devancés, et d’ailleurs ça ne fait pas plaisir à tout le monde.
Les Anglais le détestent…
Le petit plaisir du jour, c’est d’aller faire un tour dans les commentaires sous le tweet du compte officiel de la Coupe du monde annonçant la nomination du Français. Un vrai déferlement de haine de la part des supporters anglais. Même chose sur tous les bons forums parlant de cette finale. Le « Mister Bean français », comme il est surnommé par certains, n’a pas beaucoup d’amis outre-Manche. Petit florilège :
- « Le pire arbitre de la compétition »
- « Haha, bonne blague. Quand est l’annonce officielle ? »
- « Une horrible idée »
- « Sérieusement, il y avait UN choix à ne pas faire ! »
Ce qui est reproché à notre Jérôme national ? Il est Français, déjà, et ça suffit à beaucoup pour préférer le voir sur l’échafaud que sur un terrain de rugby. « J’espère juste qu’il n’a jamais entendu parler de Waterloo », glisse le dénommé DennisB. « T’inquiète pas, il n’a probablement jamais entendu parlé de mêlées, d’avantages, de mauls ou d’en-avant », lui répond un pote.
Quelques-uns pointent aussi des erreurs lors de ses matchs précédents. Et puis tous, globalement, auraient aimé que Nigel Owens soit désigné. Lol. Et pourquoi pas Wayne Barnes aussi tant qu’on y est ?
Pour ne rien arranger, l’arbitre vidéo qui accompagnera Garcès sera Ben Skeen. Un Néo-Zélandais, oui oui. Les Anglais pris entre un représentant de leur pire ennemi et un autre de la nation qu’ils viennent d’éliminer… Le monde s’est clairement ligué contre eux.
… Même ceux qui savent de quoi ils parlent
Le corporatisme se porte bien chez nos amis anglais. Dès lundi, sentant l’infamie arriver, l’ancien arbitre international Rob Debney chargeait Jérôme Garcès dans les colonnes du Times. Pour lui, le Français a décidé du résultat de la demi-finale entre les Sud-Africains et les Gallois (traduction : il a avantagé les futurs adversaires des Anglais et va probablement recommencer). Extrait :
« Garcès aurait dû pénaliser l’Afrique du Sud (…) ce qui aurait permis aux Gallois de passer devant au score. Quelques minutes plus tard, il pénalisait le pays de Galles soit pour être entré sur le côté, soit pour un maul, soit pour l’avoir effondré, mais il n’a pas pénalisé les Sud-Africains pour ce genre de fautes précédemment. Pourquoi le faire à ce moment du match ? Il a changé la manière dont il arbitrait dans les dix dernières minutes et a contribué à la victoire de l’Afrique du Sud, chose qu’un arbitre ne devrait pas faire. La veille, lors du match de l’Angleterre contre la Nouvelle-Zélande, Nigel Owens était toujours intervenu de manière positive dans le match. »
C’est marrant, parce qu’on a cherché dans la presse galloise et on a vu aucune trace d’un début de polémique au sujet de l’arbitrage du Français après la demie. « C’était un match très difficile à arbitrer parce que tous les coups de sifflet étaient importants, note Joël Dumé. L’autre demie, je ne dirais pas qu’elle était facile mais c’était un match différent avec davantage de jeu et probablement que les décisions étaient moins scrutées. Là, quand vous avez 16 à 16, tous les coups de sifflet vont être importants. » Une autre question, Rob ?
En revanche, il est bien la bête noire de l’Afrique du sud (enfin, était)
Garcès, complaisant avec les Sud-Africains ? Même les intéressés trouvent ça risible. Avant la demi-finale, le Français avait déjà été la cible d’attaques de supporters, en l’occurrence ceux des Springboks. Une pétition avait circulé pour qu’il soit remplacé, étant le chat noir officiel de la nation. L’Afrique du Sud avait en effet perdu dix matchs sur 14 sous ses ordres, dont l’humiliation face au Japon en 2015 et le match de poule contre les Blacks. Finalement, tout s’est plutôt bien passé.
« C’est un bon arbitre, il n’est pas partisan », a même déclaré le demi de mêlée Faf de Klerk. « Le plus important c’est la confiance des staffs techniques et surtout des joueurs sur le terrain, conclut Dumé. Jérôme connaît parfaitement les uns et les autres, et je suis certain qu’il n’y a aucun problème entre eux. »


















