Coupe du monde de rugby : Va-t-on assister au match du siècle entre la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre ?
RUGBY•Cette demie, qui opposera samedi les deux meilleures équipes du monde, aura potentiellement des allures de finaleMathias Cena, avec Maxime Ducher
De notre correspondant à Tokyo (Japon),
Finale de la Coupe du monde 2019. La Nouvelle-Zélande et l’Angleterre arrivent au bout du match à égalité, 241-241. Même une manche de prolongation ne parvient pas à les départager, mais il faut un vainqueur : c’est l’Angleterre qui l’emporte finalement, sur un point technique du règlement. La « finale la plus incroyable de l’histoire » a connu « plus de rebondissements qu’un thriller d’Hitchcock », écrit le Guardian.
On parle évidemment de la Coupe du monde de cricket, qui a opposé – et déchaîné les passions dans – les deux nations en juillet dernier, même si ce Mondial-là est sûrement passé sous le radar de pas mal de monde dans l’Hexagone. Ce samedi, les deux pays se retrouvent pour un affrontement non moins prometteur, cette fois autour d’un ballon ovale. Avis enthousiaste de l’ex-international du XV de la Rose Richard Pool-Jones :
« Dans les 20 dernières années, c’est difficile de penser à un match qui a le même potentiel dans le sens où c’est une demi-finale de Coupe du monde donc les enjeux sont colossaux, c’est également indécis, et le jeu que devraient déployer les deux équipes en fait une véritable partie d’échecs. Et je ne parle pas d’un match avec un nombre d’essais et de percées incalculables. Il y en aura, avec des passes après contact, des gestes magnifiques, etc. Mais l’aspect stratégique et le sentiment qu’il y a deux équipes qui arrivent à maturité, ça fait saliver les connaisseurs et le grand public aussi. » »
Illustration concrète ? Les deux équipes sont les seules à tourner à plus de 80 % de victoires depuis 2015.
« Un des plus gros matchs qu’on aura vécu en tant que joueurs »
« Jouer contre l’Angleterre, c’est énorme, confirme le deuxième ligne des All-Blacks Sam Whitelock. C’est un des plus gros matchs qu’on aura vécu en tant que joueurs, c’est extrêmement excitant. » Des deux côtés, l’intensité va crescendo depuis le début de la semaine, surtout sous l’impulsion d’Eddie Jones, le coach du XV de la Rose. Adepte de la guerre psychologique d’avant-match, le roué Australien a dégainé toute sa panoplie dans la semaine : d’abord des compliments à l’adresse des Blacks et de leur coach Steve Hansen, puis des accusations d’espionnage auxquelles ils ne croyaient pas lui-même, et enfin un parallèle acrobatique entre le changement d’empereur au Japon et la possible chute des doubles tenants du titre mondial du rugby. Sans oublier quelques piques aux journalistes néo-zélandais, qualifiés de « fans avec des claviers ».
« « Eddie et moi savons bien que tout est permis en amour comme à la guerre, répond Hansen, plus à l’aise avec l’humour à froid. C’est bien, ça nous a permis de rigoler un coup et de nous détendre. » »
Les deux hommes, qui se connaissent depuis vingt ans, se sont promis d’aller boire une bière ensemble après le match, quelle qu’en soit l’issue.
Des Anglais remontés comme des coucous
La rareté contribue à l’attente. Les deux équipes ne se sont rencontrées qu’une fois ces cinq dernières années, et leur dernier affrontement en Coupe du monde convoque des doux souvenirs dans l’imaginaire des supporters tricolores (1999). Les Anglais n’ont battu les Blacks qu’une fois depuis 2003, mais les hommes d’Eddie Jones arrivent remontés comme des coucous après leur balade contre les Australiens (40-16) en quarts, leur plus grosse victoire jamais enregistrée en match à élimination directe. « Pour être honnête, cette équipe anglaise m’inquiète un peu, concède le Néo-Zélandais Matthew Clarkin, directeur sportif du Biarritz Olympique. Ils ont une condition physique et des qualités athlétiques, surtout chez les avants, qui peuvent rivaliser avec les Blacks. »
« On sait que l’Angleterre est toujours très physique, abonde Brodie Retallick, l’autre deuxième ligne kiwi du XV de départ de ce samedi. Elle est très mobile, les avants portent bien le ballon et ils sont techniques. Les arrières prennent des risques, ils savent attaquer en mettant de la variation. On va devoir répondre présents. »
Simple conseil contre les All-Blacks : la moindre erreur est fatale
Les Anglais, de leur côté, veulent faire descendre les Néo-Zélandais de leur piédestal : « Je n’ai jamais vraiment été perturbé par toute la mystique des All-Blacks, commente l’ailier anglais Anthony Watson. Je respecte leurs succès en tant qu’équipe, mais cette aura qui les entoure et cette supposée invincibilité, je n’y ai jamais cru. » Lors de leur dernier test contre les All-Blacks, en 2018, les Rouge et Blanc avaient d’ailleurs commencé par mener 15-0, avant de s’incliner 16-15 avec un essai très sévèrement refusé sur le gong.
« « Les Anglais peuvent s’imposer s’ils gagnent les impacts dans les regroupements au sol, analyse Richard Pool-Jones, ou au contraire perdre le match s’ils s’exposent et perdent des ballons notamment en jouant au large, c’est là où la Nouvelle-Zélande est terrifiante. Dans la transition entre défense et attaque, il faut quelques millisecondes et ils se retrouvent sous les poteaux. » »
Le XV de la Rose devra donc rester concentré pendant 80 minutes, mais pourra aussi exploiter la relative jeunesse de son adversaire. « Les Blacks sont une très bonne équipe qui maîtrise bien son rugby, capable de produire du jeu et de créer des exploits, mais je pense que ça manque un peu d’expérience et de leadership à certains postes », concède Matthew Clarkin.
« Mentalement, il y a de grosses interrogations sur cette équipe d’Angleterre »
Reste la manière dont les deux équipes vont gérer toutes les attentes autour de cette finale avant l’heure. « On est sous pression tout le temps, admet Steve Hansen. Au début, on la fuyait, mais maintenant on doit reconnaître qu’elle est là ; on attend de nous qu’on gagne chaque match, que ce soit un quart, une demie ou juste un test classique. Donc oui, il y a de la pression, c’est un gros match. »
Selon lui, le traumatisme de l’élimination prématurée de 2015 dès le premier tour reviendra hanter les Anglais. « Ils disent qu’ils n’ont rien à perdre, mais je ne pense pas que ce soit vraiment ce qu’Eddie pense. Ça fait quatre ans que lui et son groupe travaillent pour arriver à leurs fins », lance Hansen. « Mentalement, il y a encore de grosses interrogations sur cette équipe d’Angleterre, juge aussi Richard Pool-Jones. On a vu qu’elle a permis à des équipes de revenir "à la française", avec des remontadas. Au contraire, l’équipe championne du monde de 2003 n’aurait jamais permis ça. »
Quelle que soit l’issue, Steve Hansen pense lui aussi qu’on tient potentiellement le match du siècle : « Espérons que le niveau soit à la hauteur du buzz, parce que si c’est le cas, ça va envoyer un sacré message aux amateurs de rugby et à ceux qui découvrent le sport à travers le monde. »


















