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Quelles villes de France vont boycotter la coupe du monde ?

Coupe du monde 2022 : « Non-sens », « scandale »… Quelles villes de France vont boycotter l’événement ?

FOOTBALLAlors que la compétition débutera le 20 novembre au Qatar, de nombreuses villes de France n’installeront ni écran géant, ni fan zone pour suivre le parcours des Bleus
Caroline Girardon avec les bureaux en région

Caroline Girardon avec les bureaux en région

L'essentiel

  • A moins de deux mois de l’ouverture de la coupe du monde de football (20 novembre) au Qatar, de nombreuses villes de France ont soudainement fait savoir qu’elles n’installeraient ni écran géant, ni fan zone pour suivre le parcours des Bleus.
  • « Non-sens écologique », souci de faire de preuve de « sobriété énergétique » ou volonté politique, les raisons invoquées sont diverses.
  • Petit tour d’horizon des villes qui bouderont la compétition.

A moins de deux mois de l’ouverture de la Coupe du monde de football au Qatar, la fronde s’organise. Plusieurs grandes villes de France ont soudainement annoncé qu’elles boycotteraient l’événement. Comprenez qu’il n’y aura pas de d’écran géant érigé sur les places publiques, ni de fan zone. Et cela, quel que soit le parcours des Bleus dans la compétition.

Dernière ville à être sortie du bois, Paris. L’annonce a été faite lundi soir. « Pour nous, il n’est pas question d’installer des zones de diffusion des matchs pour plusieurs raisons », explique Pierre Rabadan, adjoint en charge des sports. La première, « les conditions d’organisation, tant sur l’aspect environnemental que social », justifie l’élu. La seconde, « la temporalité ». La ville n’imaginait pas installer des écrans en plein air en plein mois de décembre.

Le raisonnement est la même à Toulouse. « Organiser en extérieur des retransmissions de matchs pour cette édition programmée au début de l’hiver et pendant la préparation des fêtes de fin d’année, nous paraît depuis toujours d’un très faible intérêt pour le public, et donc peu opportun, soulève le maire LR Jean-Luc Moudenc. D’autant que la location et l’installation d’un grand écran sur l’espace public représentent un coût et une dépense d’énergie conséquents que nous n’avions pas l’intention d’engager en cette période où nous savons les économies nécessaires. »



« Le boycott relève de l’opinion personnelle et non du collectif »

« A l’heure où les pouvoirs publics demandent de réduire la consommation d’énergies, de telles installations susciteraient une incompréhension légitime », souligne à son tour Arnaud Robinet, le maire centre-droit de Reims. « Dans le contexte actuel, chacun doit participer à l’effort national de sobriété », abonde Charles Diers, adjoint DVD aux sports de la ville d’Angers. Sur les bords de la Maine, on préfère évoquer une mesure de « bon sens » et de « cohérence » au regard de la facture énergétique que pourrait engendrer l’installation d’un tel dispositif, plutôt que de parler de boycott. « Le boycott relève de l’opinion personnelle et non du collectif. C’est un choix personnel », estime Charles Diers auprès d’Ouest France.

Mais dans l’Aveyron, certaines décisions sont clairement plus politiques. « Je ne cautionne pas l’organisation de cette compétition dans ce pays. Le football n’est qu’argent et la ville de Rodez ne se mêlera pas à ça », assume le maire LREM Christian Teyssèdre.

A Lille, « pas question » non plus de parer la ville « aux couleurs d’un événement » qu’elle « refuse de soutenir ». En 2018, la maire socialiste Martine Aubry avait déjà refusé pour des raisons de sécurité d’installer un écran géant sur la Grande-Place lors de la finale remportée par l’équipe de France. Cette fois, elle a tranché bien avant le début de la compétition. « C’est un non-sens au regard des droits humains, de l’environnement et du sport », argumente-t-elle.

« Exploitation de travailleurs immigrés »

Même discours à Strasbourg. Si la capitale alsacienne avait mis en place une fan zone à partir des quarts de finale en 2018, cette fois il n’en sera rien. L’appel au boycott est sans équivoque. « Impossible pour nous de ne pas entendre les nombreuses alertes des ONG qui dénoncent les abus et l’exploitation des travailleurs immigrés », indiquait il y a quelques jours la maire écologiste Jeanne Barseghian à 20 Minutes, faisant référence aux 50 travailleurs décédés sur les chantiers selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT). Et d’ajouter : « Strasbourg, capitale européenne, siège de la Cour européenne des droits de l’Homme, ne peut décemment cautionner ces maltraitances ».

Pour Benoit Payan, maire socialiste de Marseille, la coupe du monde s’est « progressivement transformée en catastrophe humaine et environnementale ». Par conséquent, la Cité phocéenne refuse, elle aussi, d’installer des écrans géants sur la Canebière. « Fortement attachée aux valeurs de partage et de solidarité du sport, engagée pour construire une ville plus verte, Marseille ne peut contribuer à la promotion de cette Coupe du monde de football 2022 au Qatar », indique-t-elle dans un communiqué.

A Bordeaux, le maire écologiste Pierre Hurmic n’a jamais fait de mystère concernant sa position. Lui-même ne regardera pas un seul match à la télévision. Et la ville n’en diffusera aucun. « J’aurais vraiment l’impression, si Bordeaux accueillait ces fans zones, d’être complice de cette manifestation sportive qui représente toutes les aberrations humanitaires, écologiques et sportives », expliquait-il lundi, précisant que la décision aurait été la même si la coupe du monde s’était déroulée en été.

La responsabilité des organisateurs dans tout ça ?

Son homologue Grégory Doucet vient de se positionner sur le sujet. « Nos joueurs, le football et plus largement tous les amateurs et amatrices de sport sont devenus prisonniers de cette situation irrationnelle. Cette décision de réaliser le Mondial au Qatar est un contre-sens historique. Ne pas en faire la promotion est une réponse », indique mercredi matin le maire de Lyon. Sans surprise, aucun match ne sera retransmis publiquement « durant toute la compétition », y compris la finale si les Bleus parviennent à se hisser jusque-là.

Enfin, si Nancy (PS) pointe le « décalage » de l’usage de stades climatisés au Qatar, elle a la seule à souligner un point crucial et à dénoncer la responsabilité des organisateurs de l’événement. « Il faudrait revoir sérieusement les règles d’attribution des Coupes du monde afin d’intégrer les enjeux de sobriété et de respect du droit humain », conseille-t-elle. Le message est transmis.