La Coupe du monde dans nos vies, épisode 22. Joconde au calme et quais de Seine vides... Balade dans Paris pendant France-Argentine

MONDIAL 2018 Louper un match de folie (France-Argentine) samedi, c'était le prix pour profiter de la ville la plus dense de France exceptionnellement vide et silencieuse...

Laure Cometti

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Rare spécimen de berges de Seine vides un samedi après-midi, le 30 juin 2018.
Rare spécimen de berges de Seine vides un samedi après-midi, le 30 juin 2018. — L. Cometti / 20 Minutes

Nous sommes tous un peu la Coupe du monde. Qu’on adore ou qu’on déteste le foot, qu’on le suive régulièrement ou une fois tous les quatre ans, qu’on soit né un soir de juillet 1998 ou trente ans avant, nous avons tous une expérience singulière et collective liée à la Coupe du monde. Durant tout le Mondial en Russie, 20 Minutes vous propose de l’explorer chaque jour à travers des témoignages, des interviews, des anecdotes, des jeux, des reportages ou des portraits. Parce que la Coupe du monde, c’est bien plus que juste du foot.

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>> Aujourd’hui, l’épisode n° 22 : on s’est baladé dans Paris pendant France-Argentine
 

Un samedi aprèm’. Un grand soleil, l’odeur des vacances qui approchent. Le cocktail parfait pour faire se répandre dans les rues, sur les terrasses et dans les parcs parisiens une foule de gens. Sauf que nous sommes le 30 juin, jour de huitième de finale de Coupe du monde. La France affronte l’Argentine à 16 heures. Ça promet de rassembler une bonne partie de la ville au même endroit, c’est-à-dire devant une télé. Et de nous laisser le champ libre. Non pas qu’on soit absolument misanthrope, ou agoraphobe, mais l’espace et le silence sont un luxe quand on vit dans une ville où l’on entend son voisin du dessus tirer la chasse et que le trajet quotidien pour aller au bureau est un calvaire de promiscuité. Ce match, c’était notre chance de voir à quoi ressemble Paris quand il n’y a personne dedans.

On se décide à déambuler dans la ville juste après le café. L’heure qui précède le coup d’envoi, c’est un peu le branle-bas de combat : les automobilistes mettent un coup d’accélérateur pour pas louper le début du match, ça s’insulte et ça klaxonne. Les quais se vident peu à peu, on croise des potes barbouillés en bleu-blanc-rouge qui vont rejoindre d’autres potes. Autour des écrans, en terrasse des bars, la densité au mètre carré vient d’atteindre un pic. On choisit la fuite : le reste de la ville nous appartient un peu pour les deux prochaines heures.

Décibelmètre plat

Première mission : aller manger un cornet chez l’un des meilleurs glaciers de Paris. D’habitude il faut attendre longtemps, dans une file qui serpente autour du pâté de maisons, « jusqu’au bureau de tabac », pointe fièrement la vendeuse. Mais ce samedi, on se retrouve avec notre cornet dans les mains en 30 secondes chrono. Bonheur. Ça grimace du côté du glacier : « C’est calme ». Exact, c’est même pour ça qu’on est là.

Un jour de week-end ensoleillé, les berges de Paris peuvent ressembler à la plage de Palavas-les-flots un 15 août. Ce samedi, y’a de la place pour installer sa serviette. Un couple de petits vieux lit dos à dos, dans un silence étonnant. Quelques braves ont la voie libre pour faire leur footing.

Les berges de la Seine à Paris en temps normal, un weekend.
Les berges de la Seine à Paris en temps normal, un weekend. - Houpline Renard/SIPA

 

Les berges de la Seine pendant France-Argentine. Merci les Bleus <3
Les berges de la Seine pendant France-Argentine. Merci les Bleus <3 - L. Cometti / 20 Minutes

On entend soudain une clameur lointaine, ça doit être de bon augure pour Les Bleus. Le couple de vieux nous sourit. C’est assez marrant de suivre le match à bonne distance, au loin, en se fiant aux cris des Parisiens. Puis le silence à nouveau. Ça faisait longtemps qu’on avait pas entendu Paris comme ça… Peut-être il y a un an, au creux du mois d’août, quand on faisait partie des quelques irréductibles restés dans la ville, tellement plus vivable comme ça, même s’il faisait 35 degrés et qu’un bon paquet de bars étaient fermés et la plupart des potes partis.

Même la Joconde est OKLM

Un peu plus loin, même la place de la Bastille a perdu quelques décibels. Le moment semble idéal pour aller admirer les toits de Paris sur l’une des terrasses les plus courues de la ville (tellement qu’on a souvent renoncé en apercevant la file d’attente au coin de la rue). Malgré la télé installée exceptionnellement - « on n’a pas le choix » dixit le serveur - il reste plein de place pour s’envoyer une bière glacée. Pas grand monde n’est venu profiter du soleil et de la vue. « Bon, c’est peut-être parce que l’ascenseur marche pas », se marre le videur. Les sept étages à grimper par 32 degrés en ont peut-être rebuté quelques-uns, mais le calme et l’espace, ça se mérite. Presque dix ans qu’on vit ici et on n’avait encore jamais vu Paris d’aussi haut (on a longtemps hésité à s’infliger la visite de la Tour Eiffel, comme une sorte de rite initiatique de provinciale montée à la capitale, et on a renoncé).

Paris est si calme qu’on décide d’élever le niveau de difficulté. Et si on allait faire un tour au Louvre ? Cet aprèm, les touristes ont nettement plus d’espace pour faire tournoyer leur perche à selfies devant la pyramide. Pas de file d’attente, on passe en quelques secondes les contrôles de sécurité et on se retrouve en face du guichet « Informations » du musée. « On a moins de visiteurs que d’habitude. Mais bon, c’est parce que la station de métro est fermée pendant la marche des fiertés ». C’est vraiment notre jour de chance pour espérer voir la Joconde sans tous les visiteurs agglutinés autour.

Leave Mona Lisa alone !!
Leave Mona Lisa alone !! - Xavier Francolon/SIPA

« Ils sont tous partis ! »

Quand on remonte à la surface, ça klaxonne pas mal pendant quelques secondes - peut-être encore un but des Bleus ? Et il fait toujours aussi chaud. Alors on met le cap sur la piscine des Halles, qu’on s’attend à trouver grouillante d’enfants et d’adultes venus se rafraîchir. « Mais regardez, le bassin est vide ! » Nadine rigole derrière la vitre du guichet en nous montrant son écran de surveillance. « Ce matin, ils sont tous venus avec leurs enfants, et puis avant le match ils sont tous partis ! Bon ça, y est on est qualifiés là, on mène 4-2 et c’est quasiment fini ».

La piscine des Halles pendant France-Argentine. Merci les Bleus <3
La piscine des Halles pendant France-Argentine. Merci les Bleus <3 - L. Cometti / 20 Minutes

Rassurée par Nadine, on fait des ronds dans l’eau sans imaginer que l’Argentine marque un but (son dernier). La bande-son habituelle de la piscine (cris d’enfants, ploufs, sifflets des surveillants) est tellement en sourdine que ça devient presque flippant, façon mauvais remake de Seuls two. Direction les vestiaires puis la sortie. Après tant d’espace et de calme, c’est presque un bonheur (un soulagement ?) de retrouver notre prochain, qui jaillit des bars et se répand joyeusement dans les rues. Jusqu’à ce qu’il se mette à beugler « popopopo ». Vivement le quart de finale.