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« Il va attendre que ça se tasse », la stratégie d’Infantino décryptée

Coupe du monde 2026 : « Infantino va attendre que ça se tasse, comme il a toujours fait » explique un ancien allié

interviewMiguel Maduro avait été débauché par le président de la Fifa pour présider un comité de gouvernance dont il a vite compris l’inutilité. Il partage à 20 minutes sur avis sur Infantino et la polémique Balogun
La nouvelle collusion scandaleuse entre Trump et Infantino
Aymeric Le Gall

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

Il a été un président éphémère du comité de gouvernance créé par Gianni Infantino après le scandale du « Fifagate », embauché pour redorer l’image d’une institution ébranlée. Miguel Maduro n’a pas mis longtemps à s’apercevoir de la supercherie. 20 minutes a pu échanger longuement avec le seul connaisseur intime de la Fifa sous le règne Infantino à parler publiquement.

Comment êtes-vous arrivé à la Fifa ?

C’était dans un contexte post-Fifagate, lors duquel un processus de réformes a été mis en place par le nouveau président Gianni Infantino, avec la création du comité de gouvernance, censé revoir en profondeur la gouvernance de l’instance. Je ne le connaissais pas avant d’intégrer ce comité. J’aime le football comme un simple supporter mais je n’avais jamais travaillé de près ou de loin dans ce monde du football. Après les scandales de 2015, ils avaient besoin de gens totalement cleans, indépendants et extérieurs à ce monde. Ma seule exigence était de pouvoir travailler avec des gens de confiance et d’avoir la garantie de notre indépendance totale. Ce que j’ai obtenu, du moins sur le papier.

Gianni Infantino vous semblait-il sincère quand il évoquait les réformes à mener ?

Ce que je peux dire, c’est que je me suis rapidement rendu compte que la volonté, si tant est qu’elle ait existé, se heurtait rapidement aux intérêts des uns et des autres et, sur ce point, on n’a pas été beaucoup soutenus par le nouveau président. J’ai cru cependant que l’ampleur du scandale combinée à la pression publique, politique et médiatique, nous permettrait de combattre certaines résistances. Sur ce point je me suis totalement trompé.

Miguel Poiares Maduro (au centre), lorsqu'il était le ministre portugais du Développement régional en 2015.
Miguel Poiares Maduro (au centre), lorsqu'il était le ministre portugais du Développement régional en 2015. - Francisco Seco

Comment avez-vous réagi quand vous avez compris que vous ne pourriez pas mener à bien cette mission ?

J’ai songé à démissionner après les pressions que j’ai reçues de la part de Gianni Infantino au sujet de M. Moutko avant le Mondial 2018 en Russie. J’ai dit à un proche d’Infantino qu’on ne reviendrait pas sur notre décision, que le vice-président de la Russie et proche de Vladimir Poutine ne pouvait en aucun cas intégrer la Fifa. Cette personne m’a alors répondu, et ça je ne l’oublierai jamais : « Oui, vous avez peut-être raison, cela va faire un peu de bruit dans la presse pendant une semaine. Mais on passera très vite à autre chose et le monde continuera de tourner ». C’est leur manière de faire, ils ne craignent absolument pas la presse et les journalistes. Un scandale en balaie un autre, et ainsi de suite. C’est à ce moment que j’ai compris qu’il n’y avait aucun espoir de voir la Fifa se réformer en profondeur par elle-même.

Vous avez souvent répété avoir subi des pressions de la part des hauts dirigeants de la FIFA. Comment se matérialisaient-elles ?

Je vais vous donner un exemple. Deux mois après ma prise de fonction, mon comité et moi-même devions superviser les élections à la confédération Asie-Pacifique (AFC). On a voulu écarter un candidat qui, à nos yeux, ne pouvait pas être éligible car il avait refusé de coopérer avec le comité d’éthique au sujet des soupçons de corruption dans le processus de désignation des pays hôtes des Coupes du monde 2018 et 2022. Le message n’est pas venu directement de M. Infantino mais de l’un de ses proches. Il ne nous a pas directement dit de revoir notre jugement, il nous a expliqué que ça risquait de nuire aux relations avec l’AFC et qu’il serait préférable de trouver une solution à ce problème. Et tout, strictement tout, fonctionnait selon ce principe. Dès qu’on voulait faire appliquer les règles, on se heurtait à un mur de résistance.

Vous en avez parlé à M. Infantino ?

Oui. Je lui ai dit que le rôle d’un comité de gouvernance indépendant était a minima de faire appliquer les règles en vigueur et que ces règles étaient les mêmes pour tout le monde. C’est là que j’ai compris qu’il n’avait aucune envie de réformer le système et qu’il souhaitait contrôler absolument tout et tout le monde, même les comités indépendants comme le nôtre. Il rêvait d’un comité indépendant qui réponde à ses ordres et qui aille dans le sens de ses intérêts politiques. Un comité qui ne soit qu’un organe de ratification de ses propres décisions.

Plutôt qu’un allié, vous étiez un caillou dans la chaussure d’Infantino ?

C’est tout à fait ça. À mon avis il n’a jamais réfléchi à l’impact des réformes qu’il avait promises durant sa campagne électorale. Il est le produit de la culture de la Fifa et une fois au pouvoir, le système tel qu’il était lui allait très bien, puisqu’il lui permettait d’asseoir son pouvoir et d’y rester le plus longtemps possible.

Qu’avez-vous pensé du « prix de la paix » remis à Trump par Infantino ?

Il est normal que le président de la Fifa entretienne des rapports cordiaux avec les chefs d’État des pays organisateurs de la Coupe du monde. Mais cela ne veut pas dire prendre position en faveur de leurs programmes politiques. En faisant cela, M. Infantino a totalement dépassé les limites du principe de neutralité politique fixé par l’instance. Et qu’a fait le comité d’éthique ? Rien. C’est pourtant son rôle.

Vous avez dit craindre un retour au système d’avant 2015. Est-ce le cas aujourd’hui ?

Il y a peut-être eu quelques avancées d’un point de vue du contrôle financier mais, de manière générale, le système est le même qu’avant le Fifagate. La Fifa fonctionne sur un système de patronage politique. Et comme elle génère des revenus absolument colossaux, et que cet argent est à la disposition du président de la Fifa, il l’utilise en partie pour récompenser, à travers les programmes de développement, les présidents et les fédérations qui lui sont loyaux et qui votent pour lui. Une fois élu, il suffit à M. Infantino de nommer telle ou telle personne dans telle commission ou tel comité, et de lui verser des salaires mirobolants, et le tour est joué. Ce n’est ni plus ni moins qu’une façon d’acheter leur soutien politique.

Pourquoi êtes-vous si peu nombreux à parler aussi franchement de l’envers du décor de la Fifa ?

La plupart des personnes qui ont été en lien avec ce monde en dépendent encore professionnellement. Ils ont tout à perdre à prendre la parole contre la Fifa, qui a le pouvoir de ruiner leur carrière. C’est pour ça que personne ne parle.

Que vous inspire l’affaire Balogun, devenu le premier joueur expulsé de l’histoire d’un Mondial sans être suspendu pour le match suivant ?

Selon moi déjà, l’article 27 sur lequel s’appuie la Fifa pour prendre cette décision ne permet même pas de lever cette suspension dans un match de Coupe du monde. Ensuite, ça montre que l’application des règles est sélective, ici avec un cas particulièrement extrême et visible, qui révèle bien un problème de fond. Car le gros problème de la gouvernance à la Fifa, comme à l’UEFA d’ailleurs, c’est le manque d’indépendance de cette commission disciplinaire par exemple. A la Fifa, les motivations financières et politiques prennent le dessus sur le critère sportif, et tout le monde a bien compris qu’il s’agissait ici d’une décision politique.

Des médias expliquent que Donald Trump en personne a appelé Gianni Infantino pour faire annuler la suspension de l’attaquant américain. Une telle affaire ne serait-elle pas de nature à pousser Infantino dehors ?

Non, Infantino va rester au pouvoir. Il va faire comme la Fifa a toujours fait : ne pas alimenter le bruit, surtout maintenir le silence autour de cette affaire, et d’ici une semaine ça se tassera un peu. Je suis sans doute très cynique sur le sujet mais je n’ai aucun espoir que cet exemple, aussi scandaleux soit-il, pousse des politiques à mettre la pression sur Infantino et permette une réforme de la Fifa.

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