JO 2024 – Basket : Jeu en miettes et crise larvée… Seul un miracle pourrait sauver les Bleus d’une élimination en quarts
En jachère•L’équipe de France a lourdement chuté contre l’Allemagne ce vendredi (71-85). Et maintenant, c’est sans doute le terrible Canada qui arrive, mardiNicolas Stival
L'essentiel
- Très décevante, l’équipe de France de basket a conclu la phase de poules du tournoi olympique par un lourd revers face à une séduisante Allemagne (71-85), ce vendredi au stade Pierre-Mauroy.
- Deuxièmes du groupe B, les Bleus devraient retrouver les Canadiens, premiers du groupe A, en quart de finale, mardi à Paris-Bercy.
- Un tel adversaire semble hors de portée de la sélection de Vincent Collet, au sein de laquelle des dissensions commencent à filtrer.
A Villeneuve-d’Ascq, où la consternation règne,
On espère qu’Omar Sy aura plus de flair pour sélectionner son prochain rôle qu’au moment de choisir sa destination olympique, vendredi soir. Au lieu d’aller mater de la natation ou du BMX en région parisienne, l’acteur a préféré mettre le cap au Nord, loin du périph, direction l’incandescent stade Pierre-Mauroy.
Il a certes assisté à une démonstration de basket, mais elle a été proposée par les Allemands et leurs gâchettes Dennis Schröder et Franz Wagner (26 points chacun) contre des Français qui ont explosé dans le deuxième quart-temps (9-24), avant de réagir bien trop tard (71-85, score final).
Sauf exploit du Soudan du Sud devant la Serbie ce samedi, les deuxièmes du groupe B retrouveront mardi à Paris-Bercy l’impressionnant Canada (groupe A) et ses trois belles victoires en autant de sorties contre de sérieux clients : la Grèce (86-79), l’Australie (93-83) et l’Espagne (88-85). Certes, il y aura un tirage au sort dans la soirée, mais on vous en épargne les modalités absconses qui limitent le nombre d’affiches possibles.
« C’est un peu "gruyère time" »
Un p’tit détour par la capitale puis s’en va pour les vice-champions olympiques de Tokyo ? A priori oui, hélas. L’armada conduite par Shai Gilgeous-Alexander et Jamal Murray semble encore au-dessus de la Mannschaft, et pas à des années-lumière de Team USA. « Avec les shooteurs qu’ils ont, on va se faire allumer », annonce Guillaume, trentenaire aux couleurs bleu-blanc-rouge croisé en quittant le stade.
« [Thomas] Heurtel n’est pas là, on sait pourquoi, mais il manque, poursuit cet habitant de la ville voisine de Wasquehal, qui s’est infusé les trois matchs de la poussive bande à Victor Wembanyama dans cette première semaine de compétition. Le gros problème, c’est la défense. C’est un peu "gruyère time". »
Le clin d’œil à George Eddy est appuyé, presque autant que la charge menée quelques minutes plus tôt, sur le même thème et avec quasiment les mêmes mots – à l’exception de la métaphore fromagère – par Vincent Collet.
« « La défense, c’est notre problème principal, a martelé devant les micros le jusqu’à présent inamovible sélectionneur, en poste depuis 2009. Lors des matchs de préparation, tout le monde parlait de l’attaque. Je voulais absolument qu’on progresse quotidiennement mais je n’ai jamais pensé qu’on puisse devenir une équipe d’attaque avec celle qu’on a. On voit dans les autres formations, partout, des joueurs d’exception. Il faut rester à sa place. Notre seule possibilité d’exister, ce serait de défendre beaucoup plus dur. » »
Pas besoin d’être un expert en étude de texte pour constater que Collet remet en question la qualité de son secteur extérieur, dont fait partie Evan Fournier.
Une tactique dépassée ?
L’arrière des Bleus (10 points contre l’Allemagne), qui a bien pesé chaque phrase avant de se lancer face aux médias après la débâcle germanique, n’en a pas moins contesté sévèrement les choix tactiques opérés : « Par moments, je pense qu’on se trompe dans la façon dont on veut jouer, et on en paie des pots cassés. De nos jours, la meilleure défense reste l’attaque. Ce n’est plus le jeu des années 90 ou des années 2000 où tu pouvais défendre demi-terrain. Ton attaque est primordiale. »
Bonne ambiance donc, et cette querelle des anciens et des modernes s’aggravera forcément en cas d’élimination, dans une équipe de France dont le projet a changé depuis le fiasco de la Coupe du monde 2023. L’incontournable Victor Wembanyama est apparu, mais ses coéquipiers semblent encore peiner pour trouver des automatismes avec le jeune et atypique géant (20 ans, 2,24 m), au champ d’action très étendu.
Quant à Rudy Gobert, l’autre « tour jumelle » n’a pas vraiment apprécié de se voir reléguée sur le banc en début de deuxième mi-temps face aux Allemands, au profit d’un Mathias Lessort, qui « apporte plus d’agressivité en attaque », dixit Collet.
Confronté à ces fissures dans le mur Bleu, Nicolas Batum tente de jouer les maçons. Le capitaine a appelé ce vendredi au respect des consignes (comme Collet ou Wemby après le miracle japonais) et a expliqué avoir élevé la voix à la mi-temps dans les vestiaires, où les Français ont été raccompagnés par des sifflets encore inconcevables vingt minutes plus tôt. La bienveillance des spectateurs de Pierre-Mauroy, qui feraient passer les Bisounours pour une bande de pervers narcissiques, a donc trouvé ses limites.
Qu’on leur donne l’envie
« Il faut que les douze joueurs donnent tout pour le maillot, pour le public qui se déplace pour nous ou qui nous regarde, a ordonné Batum. Ce soir [vendredi], c’était également un manque de respect par rapport à lui. Il faut plus d’envie. » Puisque ces JO sont placés sous le patronage de Johnny Hallyday, on espère que Collet donnera l’« envie d’avoir envie » de battre les Canadiens à ses joueurs qui, malgré les divergences, veulent croire en leur résurrection.
« Je ne vais pas vous cacher qu’ils sont largement favoris, a lâché le sélectionneur aux journalistes. Mais souvent, il se passe des choses dans les quarts de finale. Il faut déjà que l’on panse nos plaies et que l’on joue notre va-tout. Il n’y a que ça à faire. Il faut jouer notre chance comme si notre vie en dépendait. »
Puisque Paris 2024 veut promouvoir la culture française dans toute sa diversité, on se permet de conclure cet article empreint d’inquiétude par l’une des plus fameuses citations du cinéma tricolore, que l’on verrait bien placardée mardi dans le vestiaire de Bercy : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce. On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher. »



















