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Comment sont choisies les chansons qui rythment les épreuves des JO ?

JO 2024 : Culture française oui, « béret-baguette » non… Comment sont choisies les chansons qui rythment les épreuves ?

AmbianceLa programmation musicale des Jeux olympiques est savamment étudiée
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Sur tous les sites des Jeux olympiques, les épreuves sont rythmées par de la musique et des animations.
  • Responsable de la programmation sportive de Paris 2024, Leslie Dufaux explique à 20 Minutes que 60 % des chansons sont francophones.
  • L’objectif est que les spectateurs « repartent avec un souvenir de la culture française ».

Depuis la discothèque Macum… euh Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq,

On le dit, on le répète et on l’écrit depuis près d’une semaine. Ces Jeux olympiques sont une fête, à part peut-être pour les tireurs et tireuses tricolores, toujours en rade à Châteauroux. Or, qui dit « fête » dit « musique ». Et sur ce point, athlètes et public sont servis depuis l’inoubliable cérémonie d’ouverture qui a permis à la France de découvrir Gojira et au reste du monde d’apprendre, incrédule, l’existence de Philippe Katerine.

Du Grand Palais au stade Pierre-Mauroy en passant par Roland-Garros, le son déferle dès que le terrain se met sur « pause », avec son cortège d’animations et de caméras sur des spectateurs qui dansent sans complexes ni retenue. À Paris 2024, cela s’appelle de la présentation sportive, et sa responsable se nomme Leslie Dufaux. « Il s’agit de toute la coquille événementielle qui vient envelopper la compétition, pour permettre de faire monter l’ambiance, de la maintenir et de souligner les performances et les émotions », explique-t-elle.

Les fidèles suiveurs du basket dans la Bombonera de Villeneuve-d’Ascq ne comptent plus les karaokés fervents sur Allumer le feu de Johnny Hallyday ou sur J’t’emmène au vent de Louise Attaque, saupoudrés de pop internationale des années 80-90 à aujourd’hui, comme l’inévitable Freed from desire de Gala et le I don’t wanna wait de David Guetta et One Republic.

« La playlist compte à peu près 4.000 morceaux, elle est commune à tous les sites, mais avec un prisme particulier pour chacun, détaille Leslie Dufaux. Les lieux ont une identité, on essaie de coller à cette identité. Les sports aussi. On n’accueille pas de la même manière au golf qu’au breaking ou au basket 3X3. »

Des choix différents selon les sites et les sports

Doraï d’Aiguilly, Dubaï du Cèdre et leurs copains de haras ne sont pas forcément amateurs de rythmes endiablés, quand Hello de Martin Solveig, dont le clip a été tourné en son temps à Roland-Garros, trouve tout naturellement sa place pendant un match de tennis. En revanche, selon nos informations, pas de trace du Clic clic pan pan de Yanns à Châteauroux.

Derrière la variété des titres proposés, se cache un projet bien identifié. « 60 % de ces morceaux sont de la chanson française ou francophone, ou qui ont un rapport particulier avec la France. On avait envie d’imprimer une touche culturelle française à toute la présentation sportive. Le but, c’est que les spectateurs viennent découvrir des sports et assister à des performances athlétiques, mais aussi qu’ils repartent avec un souvenir de la culture française. »

 « Dans les yeux d'Emilie», hymne officieux de la France du rugby.
« Dans les yeux d'Emilie», hymne officieux de la France du rugby. - H. Philpott / UP5 / SIPA

D’Édith Piaf et Charles Aznavour à Aya Nakamura, il s’agit, dans la foulée de la décoiffante cérémonie d’ouverture, d’éviter de proposer une vision figée ou caricaturale de cette notion « casse-gueule ». Pour accompagner le sacre d’Antoine Dupont et des Bleus du rugby à 7 à Saint-Denis, les 65.000 personnes ont ainsi pu s’enjailler sur Dans les yeux d’Émilie, hymne officieux de l’ovalie. Mais faire tourner les serviettes, y avait pas moyen (Djadja).

« Il y a les "attendus", on les donne, assume Leslie Dufaux. Les gens viennent pour Sweet Caroline, on le leur donne. Allumer le feu, on sait que ça allume vraiment le feu. Mais on n’a surtout pas voulu tomber dans le piège du béret-baguette. »

Incontournable Johnny Hallyday

Entre animateurs, DJs et autres professionnels, 800 personnes sont déployées sur les différents sites pour offrir une véritable « expérience spectateur », comme on dit sur LinkedIn. Avec une bonne connaissance des lieux, si possible. À Villeneuve-d’Ascq, la tonique Charlee Moss ambiance Pierre-Mauroy, où elle travaille d’ordinaire pour le Losc.

Mais l’erreur reste possible. En cas de faute de carre, l’opérateur se rattrape le plus vite possible. « Lors de la finale de la gymnastique par équipes avec Simone Biles [mardi], Bercy était rempli par une majorité d’Américains, témoigne la responsable de Paris 2024. On a lancé J’irai ou tu iras de Céline Dion en karaoké, et ça n’a pas marché. Ce n’est pas grave, on s’est adapté en proposant Sweet Caroline qui a pris tout de suite. »

« Parade », thème officiel des Jeux

A chaque moment son morceau, de l’entrée des athlètes à la cérémonie des médailles, « systématiquement accompagnée par Parade, le morceau que Victor Le Masne a composé pour les Jeux », précise Leslie Dufaux. Le compositeur et directeur musical de la cérémonie d’ouverture se cache aussi derrière la résurrection de Que je t’aime, à la grande joie des fans et des ayants droit de Johnny.

Réarrangé, le tube implacable sorti en 1969 accompagne la délégation française depuis le défilé sur la Seine jusqu’aux podiums. « Pour la première médaille de Léon Marchand [sur 400 m 4 nages], on l’a lancé et ça a été poignant, glisse la responsable de la programmation musicale. Au Champions Park, après son sacre en VTT, Pauline [Ferrand-Prévot] était effondrée car 20.000 personnes lui disaient qu’elles l’aimaient. »

La musique joue donc parfaitement son rôle d’amplificateur d’émotions, qui va aller crescendo lors des phases finales des sports collectifs, assurent les organisateurs. Et tout ça ne s’arrêtera avec la cérémonie de clôture le 11 août, puisque Paris 2024 promet le même dispositif pour les Jeux paralympiques, du 28 août au 11 septembre.