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« Dur de se concentrer dans ces conditions » témoigne un athlète ukrainien

JO de Paris 2024 : « Tous se concentrent pour être à 100 % […] Pour nous c’est différent » raconte un athlète ukrainien

InterviewEntre l’atmosphère festive et la guerre dans son pays agressé par la Russie… Oleh Verniaïev, médaille d’or aux JO de Rio en 2016, raconte à « 20 Minutes » l’importance pour lui d’être présent à Paris pour ces jeux
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

Ce jeudi 1er août, Anne Hidalgo, maire de Paris, a décerné la plus haute distinction de la ville de Paris à deux athlètes ukrainiens. L’édile en a profité pour rendre hommage aux 489 athlètes ukrainiens morts depuis le début de l’invasion russe, le 24 février 2022. Un signe de soutien au pays de Volodymyr Zelensky, mais aussi un triste rappel que la trêve olympique ne s’applique pas en Ukraine, agressée depuis 2022 par la Russie de Vladimir Poutine.

Ce jeudi, 20 Minutes a rencontré Oleh Verniaïev, double médaillé aux Jeux olympiques de 2016 et arrivé à la 7e place du concours de gymnastique artistique des JO de Paris 2024 le mercredi 31 juillet. L’athlète est venu à Paris, qui a un temps participé aux combats, est venu pour témoigner du sort de son pays.

Comment réussir à participer aux Jeux olympiques quand c’est la guerre dans son pays ?

C’est très difficile honnêtement. La situation est omniprésente dans nos têtes. A n’importe quel moment, on le ressent au fond de nous. Tous les athlètes se concentrent sur le travail et l’entraînement pour être à 100 % sur leurs objectifs. Mais pour nous, c’est un peu différent.

Nous essayons de nous concentrer aussi, mais nous entendons en permanence aux informations que quelque chose s’est passé dans telle ou telle région… Nous avons de la famille, des amis sur place. Parfois certains d’entre eux sont même au combat, sur le front. Et vous ne pouvez plus vous le sortir de la tête. Vous passez un coup de fil, vous envoyez un message, mais ils ne peuvent pas vous répondre tout de suite. Souvent, il faut un ou deux jours pour avoir des nouvelles et pendant ce temps, vous attendez, vous y pensez. C’est très dur de se concentrer sur son programme dans ces conditions.

Et on peut imaginer que la situation était la même en amont des Jeux, pendant votre préparation ?

Hier, juste en sortant de ma finale, la chaîne officielle des Jeux olympiques m’a posé la même question. J’ai sorti mon téléphone pour leur montrer que dans la nuit, il y avait eu une sirène d’alerte (en cas d’attaque ou de bombardement) au milieu de la nuit. Parfois ça dure quelques minutes, parfois plusieurs heures.

Dans son pavillon au Parc des Nations, l'Ukraine expose un morceau de tribune du stade de Kharkiv, détruit par l'attaque russe.
Dans son pavillon au Parc des Nations, l'Ukraine expose un morceau de tribune du stade de Kharkiv, détruit par l'attaque russe.  - R.Le Dourneuf / 20 Minutes

Et ça recommence, plusieurs fois. Et c’est comme cela tous les jours, toutes les semaines. C’est très dangereux lorsque nous sommes sur place et difficile à vivre à distance. On doit alors se poser les bonnes questions : dois-je continuer mon sport dans ce contexte ? Dois-je tout arrêter pour ne pas sortir, ou prendre tous les risques pour continuer ? Chacun fait son choix.

Le vôtre a donc été de venir à ces Jeux olympiques. Qu’est-ce que cela vous fait ressentir ?

C’est une situation très étrange. On est dans l’atmosphère des JO, un grand événement, une grande fête. Mais nous, on ne peut s’empêcher de penser à nos proches… Mais c’est important de d’être présent. La mission principale est bien entendu la compétition et remporter des médailles. Mais nous sommes là aussi pour représenter notre pays et nous en sommes très fiers.

Nous devons parler aux médias, leur raconter ce qu’il se passe dans notre pays, le raconter aux gens du monde entier, parce que c’est aussi cela les valeurs olympiques, l’universalisme, la paix. Or, dans notre pays, on ne parle plus de compétition, de jeux. Les gens se battent pour de vrai, les gens meurent, il ne faut pas l’oublier.