Equipe de France de basket : La pique de Céline Dumerc peut-elle tendre le retour de Marine Johannès avec les Bleues ?
BASKET FEMININ•Rayonnante dimanche lors du premier match de la finale WNBA avec New York, après une saison pleine à l’Asvel, Marine Johannès est par ailleurs devenue un sujet très crispant en équipe de France, à dix mois des JO de Paris 2024Jérémy Laugier
L'essentiel
- Incroyable dimanche (14 points en 9 minutes durant la première période) en ouverture de la finale WNBA contre Las Vegas, l’arrière française de New York Marine Johannès a vécu un deuxième match plus délicat mercredi soir (3 passes et 3 passes décisives).
- Il existe un réel paradoxe concernant la spectaculaire joueuse de 28 ans : LeBron James himself s’est enflammé sur sa prestation de folie… et pas la Fédération française de basketball (FFBB), qui n’a pas encore digéré la polémique de son absence, cet été, lors de l’Euro.
- Durant une conférence de presse organisée mardi à Paris, la FFBB a assuré que Marine Johannès devrait bien être de retour avec les Bleues en vue des JO de Paris 2024, tout en gardant un ton exaspéré concernant son principal atout offensif, à commencer par la manager générale Céline Dumerc.
Une passe aveugle irréelle derrière la tête, un autre caviar dans le dos, ou encore une nouvelle bombinette à trois points. Si Marine Johannès (3 points et 3 passes décisives en 19 minutes) n’a pas surnagé à Las Vegas mercredi soir, l’arrière tricolore du New York Liberty a montré sur quelques coups d’éclat qu’elle n’avait rien perdu de sa magie. La voici d’ailleurs officiellement depuis la nuit dernière meilleure scoreuse française de l’histoire lors d’une finale WNBA. Si sa franchise est jusque-là totalement dominée par les Las Vegas Aces (0-2, 82-99 dimanche et 76-104 mercredi), avant le troisième match à New York dimanche, elle devance avec ses 17 points (14+3 donc) la Franco-américaine Bria Hartley, qui détenait ce record depuis la finale WNBA en 2021.
« Si LeBron s’y met… »
Une performance de taille, et surtout un éblouissant festival de quatre tirs longue distance lors du premier match, avec 14 points inscrits en 9 minutes rien qu’en première période qui ont fait le tour du monde. C’est simple : les comptes de basket n’avaient d’yeux que pour elle lundi, que ce soit les plus grands médias américains, l’Euroligue ou la Fiba qui en profitait pour publier une compilation de « MJ23 » digne d’un Top 10 de Jason Williams de la grande époque.
Plus dingue encore, l’ailier superstar des Los Angeles Lakers LeBron James, présent en bord de terrain dimanche à Las Vegas, y est allé de son tweet hommage (à 14,4 millions de vues, rien que ça) : « Elle possède un canon. Elle m’a fait lever de mon siège avec son tir sur une jambe ».
Cet incroyable shoot signature, comparable à ceux de Victor Wembanyama (dont elle portait le maillot en avant-match dimanche) avec les Mets 92 la saison passée, pourrait marquer l’histoire du basket féminin. Pourtant, tous les amateurs de basket n’ont pas manqué de regretter que la Fédération française de basketball (FFBB) s’était bien gardée de mettre en lumière les exploits de Marine Johannès dans la meilleure ligue féminine du monde. Manager générale de l’équipe de France féminine, Céline Dumerc s’est à ce propos fendue d’une (nouvelle) sortie médiatique d’une sacrée mauvaise foi mardi : « Si LeBron s’y met… Est-ce qu’à chaque fois qu’une joueuse marque 14 points dans une ligue, on la félicite ? Non. Bon ».
Clairement exaspérée par le sujet Marine Johannès, depuis sa non-sélection très remarquée/critiquée cet été lors de l’Euro 2023, l’ancienne meneuse des Bleues n’avait peut-être pas en tête que le compte X (anciennement Twitter) des équipes de France de basket avait salué depuis une semaine les 9 points de Rudy Gobert dans un match de présaison NBA, les 16 points d’Iliana Rupert dans le championnat italien ou encore le succès de Vincent Poirier et de Guerschon Yabusele avec le Real Madrid, là aussi dans un match amical contre Dallas.
La première Française de l’histoire à avoir un tel rôle dans une finale WNBA
Comme l’a relevé le joueur professionnel de Gravelines Valentin Chéry (et mari de la capitaine de l’Asvel Alexia Chéry), « C’est juste en finale WNBA ». Soit le Graal mondial, alors que Sabrina Palie (2006), Sandrine Gruda (2016) et Iliana Rupert (2022) sont les seules Françaises à avoir été championnes outre-Atlantique, mais toutes avec un rôle mineur. Marine Johannès a beau crever l’écran au meilleur moment, bien au-dessus d’une pointe en carrière à 10 points pour Céline Dumerc en WNBA (sur un match de saison régulière avec Atlanta en 2014), ça ne sentait clairement pas le fol enthousiasme, mardi du côté du trio Siutat-Toupane-Dumerc, pour qu’elle retrouve le maillot bleu en vue des JO de Paris 2024.
Tout comme l’ailière Gabby Williams (27 ans), sa coéquipière à l’Asvel forfait pour l’Euro cet été après une commotion cérébrale, Marine Johannès s’est néanmoins cette fois « engagée » à rejoindre le groupe de l’équipe de France dès le début du stage de préparation, autour du 6 juin 2024. Ce qui laisse à penser que les Bleues, décevantes troisièmes en Slovénie il y a quatre mois après leur élimination contre la Belgique (63-67), pourront s’appuyer sur leurs deux plus grands atouts offensifs lors des prochains Jeux olympiques.
« Je voudrais que ce soit derrière nous mais le sujet est devant moi »
« Le dossier Marine Johannès est derrière, c’est le plus important, martelait mardi devant la presse le sélectionneur Jean-Aimé Toupane, conforté en vue des JO de Paris. On a perdu beaucoup de temps cet été avec ça. » A ses côtés, Céline Dumerc paraissait encore plus agacée de toujours devoir se justifier sur ce choix de la Fédé de s’être passée de l’arrière lyonnaise, qui avait demandé à être exemptée du début du stage de préparation afin d’aller signer son contrat WNBA à New York, au terme d’une interminable saison de LFB-Eurocoupe avec l’Asvel. « Je voudrais que ce soit derrière nous mais le sujet est devant moi », a résumé la jeune retraitée des parquets Céline Dumerc face aux médias.
Existe-t-il une rancœur tenace de l’ancienne capitaine de Bourges à l’encontre de sa jeune héritière, pour expliquer une telle froideur quant aux performances XXL de la dernière MVP de la finale de l’Eurocoupe, cette saison avec l’Asvel ? « Je suis très surpris de la transformation entre Céline Dumerc joueuse de l’équipe de France et celle salariée de la FFBB, estime sur le sujet Stephen Brun, ancien basketteur professionnel et désormais consultant sur RMC Sport. Céline n’a jamais été une grande fan de WNBA. La philosophie de basket très individualiste, ce n’est pas son délire. Avec Marine Johannès, c’est donc deux salles, deux ambiances. Si elle a vraiment envie de réinstaller une sérénité dans l’environnement des Bleues, sa phrase est très maladroite. »
Métamorphosée en une saison à Lyon avec le changement de coach
La « sérénité » n’est clairement pas le mot qui ressortait de cette conférence de presse à rallonge organisée par la FFBB mardi, notamment pour annoncer le futur retour de Marine Johannès, qui n’a plus porté le maillot bleu depuis le mois de février. Or plus que quiconque, la shooteuse de l’Asvel a montré dans sa carrière à quel point elle carburait à la confiance. Sa métamorphose à Lyon, entre son année 2021-2022 passée avec Pierre Vincent (10,3 points, 3,2 passes décisives en moyenne et une finale de LFB horrible) et la saison passée avec David Gautier (13,4 points et 4,7 passes décisives) conclue avec le doublé championnat de France-Eurocoupe, avec en prime d’énormes perfs dans chaque finale, en est la preuve éclatante.
A 28 ans, Marine Johannès est peut-être au sommet de son art. Même peu utilisée, et après n’avoir inscrit que cinq points au total en cinq matchs de play-offs avec le New York Liberty (7,1 points de moyenne en saison régulière), elle s’est encore révélée aux yeux du monde dans un énorme match, dimanche avec cette finale à Las Vegas. Comme lors des Jeux olympiques de Rio en 2016 face à Team USA, avec l’insouciance de ses 21 ans. Ce serait quand même un sacré gâchis de ne pas mettre notre principal (et spectaculaire) atout dans les meilleures conditions pour une vitrine aussi scintillante que Paris 2024, non ?


















