Mondiaux d’athlétisme : « On n'a pas la culture de la gagne »… Les Mondiaux, le plafond de verre des Français
cours toujours•L’équipe de France arrive à Tokyo, où se déroulent les championnats du monde d’athlétisme, sans grandes illusions. Un peu comme d’habitudeAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L’équipe de France d’athlétisme aborde les Mondiaux de Tokyo dans une position compliquée avec de nombreux forfaits de marque (Cyréna Samba-Mayela, Kevin Mayer, Alice Finot, Clément Ducos).
- « C’est un peu dur à voir, car c’est l’une des premières années où l’on voit l’équipe de France aussi fragilisée, on n’a pas d’énormes chances de médaille », estime l’ancien sprinteur Ronald Pognon.
- Très performants lors des derniers championnats d’Europe, avec 16 médailles, les Tricolores ontd u mal à confirmer au niveau mondial.
On ne connaît pas la réputation des centres de manucure au Japon, mais espérons, pour les dirigeants de l’athlétisme tricolore, que leurs ongles aient été bien solidifiés. Un an après s’être rongé les cuticules jusqu’au coude lors des Jeux olympiques de Paris, où la seule médaille d’argent de Cyréna Samba-Mayela avait sauvé tout un sport au dernier jour des épreuves, les membres de la FFA devraient passer une nouvelle semaine de stress à Tokyo à l’occasion des Mondiaux, qui commencent ce samedi.
Car il n’est pas sûr que les Bleus voient énormément le soleil se lever dans la capitale nippone. Entre les forfaits de marque (Cyréna Samba-Mayela, Kevin Mayer, Alice Finot, Clément Ducos…), ceux en méforme (Gabriel Tual, Sasha Zoya, Louise Maraval…) ou une jeune génération encore en quête d’expérience, les Tricolores avancent à pas feutrés. Comme souvent lors des Mondiaux. Depuis les premiers championnats du monde organisés en 1983, la France est, seulement, le 15e pays le plus médaillé.
Kpatcha et Habz médaillables ?
Lors des deux dernières éditions, les Français sont repartis avec seulement une médaille. Impossible n’étant pas français, on pourrait même faire pire cette année au Stade national de Tokyo. « C’est un peu dur à voir, car c’est l’une des premières années où l’on voit l’équipe de France aussi fragilisée, on n’a pas d’énormes chances de médaille », regrette Ronald Pognon, champion du monde avec le 4x100 mètres à Helsinki en 2005.
Le premier Français à courir la distance reine sous les dix secondes met quand même une piécette sur Hilary Kpatcha à la longueur et Azeddine Habz sur le 1.500 mètres. Sixième meilleure performance de tous les temps sur la distance, recordman de France et deux victoires en Diamond League (à Rome et à Paris), le fondeur français peut sortir une grosse perf au Japon.
« C’est une chance de médaille, mais aller la chercher, ça va être très très compliqué, tempère Stéphane Caristan, ancien champion d’Europe du 110 m haies. Je pense que ça va être la course la plus disputée en demi-fond. » Avec notamment la présence du Kényan Phanuel Kipkosgei Koech et du Norvégien Jakob Ingebrigtsen. Pour le reste, il peut toujours y avoir quelques surprises (Just Kwaou-Mathey, Anaïs Bourgoin, Marie-Julie Bonnin, Melvin Raffin), mais la France ne battra pas son record de médailles (8), établi à Paris et Helsinki en 2003 et 2005, loin de là.
Souverain aux Europe, inexistant aux Monde
Loin, très loin, aussi, des derniers championnats d’Europe à Rome, où les Bleus étaient repartis d’Italie avec 16 médailles, dont 4 titres, le Colisée et la fontaine de Trevi. « Le niveau européen a régressé par rapport au reste du monde, ou plutôt le reste du monde a progressé énormément par rapport au niveau européen, explique Stéphane Caristan. Et être champion d’Europe ou médaillé européen, ce n’est plus suffisant pour être compétitif au niveau mondial dans certaines disciplines. »
Mais comment expliquer que certains arrivent tout de même à performer dans des gros meetings et ne parviennent pas réitérer pareille performance lors des championnats du monde ? « Pour moi, les one-shots, ce n’est pas représentatif du vrai niveau, estime Caristan. Je pense que la charge d’entraînement des athlètes français n’est pas en rapport avec ce qu’il est nécessaire de fournir dans un championnat où il y a plusieurs efforts à faire et pas dans un meeting où on est sur un one-shot. »
« En 2005 à Helsinki, j’arrivais avec la 5e perf mondiale et, à l’époque, j’ai tout donné en série, en quart et en demi-finale, illustre Ronald Pognon. J’étais déjà cramé. On a un problème en France sur l’enchaînement des courses et la récupération, que ça soit physique et mentale. »
« Un stress d’être confronté aux meilleurs mondiaux »
De mental, il en est aussi question dans la gestion de l’événement, avec une pression importante à supporter. Le cerveau qui cogite, les jambes qui tremblent et vous avez un javelot qui vient percer la jambe du juge placé à dix mètres au lieu de s’envoler à l’autre bout du stade. Et le fait de ne pas participer régulièrement, en raison de bilans mondiaux pas à la hauteur, aux meilleures réunions comme la Diamond League les empêche de s’habituer à un cadre compétitif imposant
« C’est quand même un stress non négligeable de se retrouver face aux meilleurs mondiaux, ajoute Stéphane Caristan. En moyenne, je crois qu’on doit être à 30 % d’athlètes en équipe de France qui, dans un grand championnat comme les Mondiaux, réitèrent le niveau de performance qui leur a permis de se qualifier. A partir de là, aller chercher la médaille, c’est quand même compliqué. Il y a une culture de la gagne qu’on n’a pas. »
Notre dossier sur l'athlétismeEt qui se délite encore davantage quand les premiers jours d’un grand championnat ne démarrent pas de la meilleure des manières. Les heures passent, le compteur de médailles reste bloqué à zéro et ceux qui arrivent sur le tartan se retrouvent avec une enclume sur les épaules. « La dynamique n’est jamais positive et quand ça ne performe pas avant, quand on ne prend pas de médaille, c’est difficile de se sublimer par peur de mal faire », conclut Caristan.


















