Athlétisme: «Jimmy Vicaut peut courir le 100 m dans les 9''7», estime Ronald Pognon

Interview Le premier Français à être descendu sous les dix secondes voit grand pour l'un de ses successeurs...

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Ronald Pognon, ici lors du meeting national indoor de Metz, en 2011.
Ronald Pognon, ici lors du meeting national indoor de Metz, en 2011. — E. Pol / Sipa

Présent à l’inauguration du Stade Robert Poirier, Ronald Pognon aura gratifié le public rennais d’une démonstration sur 60 m, dont il est le recordman de France (6''45).

Quelle a été votre première impression en pénétrant dans l’enceinte ?

Quand je suis entré, j’ai dit : « Ouah ! C’est magnifique ! ». En plus, les couleurs sont assez vives, ce que j’apprécie en tant que sprinter. Et puis, ça fait plaisir que ce stade soit inauguré au nom de Monsieur Robert Poirier. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. C’est grâce à lui si j’ai pu faire mes premiers JO en 2004 [Robert Poirier était à l'époque Directeur technique national].

Une piste orangée dans une salle d’athlé, c’est plutôt rare…

Un bicolore comme ça, c’est à la fois impressionnant et excitant. Ça donne tout de suite envie de courir.

« L'objectif, c'est de finir en beauté avec l'équipe de France aux Jeux olympiques de Rio »

Avec quels autres écrins rivalise-t-il ?

Nantes possède aussi une très belle salle. Il y a également Clermont-Ferrand. On avait une très belle piste à Liévin, mais elle est un peu fermée (sic).

Où en êtes-vous en cette saison 2015 ?

Ça se passe très bien, même si j’ai pris du retard en raison de soucis au tendon d’Achille. Je cours déjà en 6''60. Je serai le 12 juin au meeting de Cesson, où j’espère courir en moins de 10''40 [sur 100 m].

A-t-on des chances de vous voir aux Mondiaux de Pékin, au mois d’août ?

Je privilégie les JO de 2016, car, comme j’ai tout changé par rapport à mon boulot, avec un nouveau coach, etc., c’est assez contraignant de s’entraîner. L’objectif, c’est de finir en beauté avec l’équipe de France à Rio, avant de faire une tournée d’adieux en 2017 ou 2018.



Jimmy Vicaut est passé sous les dix secondes en Diamond League, à Rome (9''98). Devrait-il battre le record de France de Christophe Lemaitre (9''92) dans les semaines à venir ?

Oui, largement. La piste à Rome est super rapide, et il est dommage qu’il ait raté son départ. Sur ses deux premiers appuis, il était assez lent, mais il revient comme une balle. Avec la capacité physique qu’il a, il peut courir dans les 9''7.

Justin Gatlin a encore réalisé un temps canon en Italie (9''75). De quoi alimenter la suspicion…

Il a purgé sa peine [l'Américain a été suspendu pour dopage entre 2006 et 2010], et avec de telles performances, il veut peut-être prouver à tout le monde qu’il est propre. Je le connais très bien, puisqu’en 2003, je devais m’entraîner avec lui dans son groupe. J’ai donc vu son évolution. C’est la première année où je le vois aussi sec, aussi puissant.

Avez-vous des doutes ?

Un proverbe créole dit : « Tu vas toujours taper le chien qui vole ta nourriture sur la table, mais en laissant ta nourriture sur la table, il va toujours la prendre ». On aura toujours des doutes, c’est normal, mais j’espère que l’Agence mondiale antidopage (AMA) fait bien son travail.

« Pourquoi ne pas améliorer mon chrono de 9''99 l'année prochaine ? »

Gatlin peut-il battre Usain Bolt dès cet été en Chine ?

Bien sûr… même si je doute que Bolt participe au 100 m lors des championnats du monde. Il va vouloir se consacrer au 200, pour pouvoir aller chercher le record du monde.

Vous êtes pour l’éternité le premier Français à avoir couru le 100 m en moins de dix secondes. Que reste-t-il de cette fameuse soirée à Lausanne, il y a dix ans ?

Je suis content d’être entré dans l’histoire de l’athlétisme français, et d’avoir donné à d’autres sportifs l’envie de faire de l’athlé. Je n’étais pas prédestiné à être le premier sous les dix secondes, car il y avait de très bons sprinters avant moi, comme David Patros ou Stéphane Cali, et j'étais plus un coureur de 200. Par la suite, j'aurais pu faire beaucoup mieux qu’à Lausanne (9''99). Si j’ai des regrets ? Pas spécialement... Aujourd’hui, je suis bien structuré, je m’entraîne bien. Alors, pourquoi ne pas améliorer mon chrono l’année prochaine ?