800 mètres au-dessus du vide… Les Passagers du vide ont marqué l’histoire de la highline au Mont-Blanc
Exploit extrême•Le collectif d’alpinistes alpin a installé puis traversé la semaine passée une incroyable et inédite slackline de 788 m de long dans le massif du Mont-Blanc, afin de relier la Dent du Géant (4.013 m) au Mont Mallet (3.989 m)Jérémy Laugier
L'essentiel
- Le collectif alpin des Passagers du vide a réalisé la semaine passée une première mondiale en installant une highline de 788 m entre la Dent du Géant et le Mont Mallet, en plein massif du Mont-Blanc. Et ce à plus de 4.000 m d’altitude, avec 800 m de vide sous ces funambules de l’extrême.
- L’exploit en haute altitude a nécessité une logistique extrême avec huit mois de préparation, le transport de 400 kg de matériel à dos d’homme, et cinq jours de bivouac à 3.850 m d’altitude dans des conditions difficiles.
- Cette performance, réalisée par une équipe de 15 alpinistes aux profils variés, vise aussi à sensibiliser à la préservation des glaciers, et elle va déboucher sur un film documentaire. Camille Le Guellaut, qui a traversé cette fascinante ligne, confie cette folle expérience à 20 Minutes.
Simplement songer à installer une highline à plus de 4.000 m, en plein massif du Mont-Blanc, était une pure folie. Mais les funambules de l’extrême qui composent le collectif alpin des Passagers du vide sont eux allés au bout de leur rêve, en reliant mercredi et jeudi la Dent du Géant (4.013 m) au Mont Mallet (3.989 m). Les chiffres suffisent à donner le vertige : 788 m de long entre les deux points, le tout 800 m au-dessus du vide, au niveau du glacier des Périades.
Evidemment une première mondiale dans un contexte de haute montagne aussi engagé. Car l’exploit ne se limite pas à la performance des neuf highlineurs ayant réussi la traversée, mais bien à la logistique extrême en amont, avec huit mois d’intense préparation. Les 15 alpinistes lancés dans ce projet de zinzin n’ont en effet pas eu le moindre recours à l’hélicoptère, afin de respecter l’environnement.
400 kg de matériel à transporter
Ils ont donc acheminé sur leur propre dos plus de 400 kg de matériel (dont 108 kg de sangle), avec au total 29 allers-retours en trois semaines jusqu’au pied de la Dent du Géant, et près de 25 ascensions de cet emblématique colosse haut-savoyard. Ajoutez à cela cinq jours de bivouac à 3.850 m d’altitude, où il a fallu s’acclimater au manque d’oxygène et à des conditions venteuses longtemps extrêmes.
Pas de quoi freiner nos Passagers du vide, qui ont su dompter une sangle de slackline de 20 mm de large. « C’est une première mondiale au niveau des conditions extrêmes d’installation et de traversée, mais aussi des difficultés logistiques, notamment pour obtenir des autorisations, résume Camille Le Guellaut, l’un des highlineurs ayant fait partie de l’aventure. Tout ça en fait sûrement le projet alpin le plus dur jusque-là. »
« Le truc le plus dur que j’ai réalisé dans ma vie »
D’où l’importance d’avoir créé « une véritable cordée de quinze personnes ». « C’est la force du collectif qui nous a tirés vers le haut lorsqu’il nous arrivait d’avoir d’énormes doutes sur l’aboutissement du projet étant donné le nombre d’aléas, confie Camille Le Guellaut. On avait un plan A, B, C et même D, mais là on a plutôt utilisé le plan P. »
La récompense à ces « huit mois de paperasse » a pris forme mercredi après-midi et jeudi matin, lorsque neuf de ces funambules se sont lancés sur ce fil, en profitant d’une rare fenêtre météo plutôt favorable. Camille Le Guellaut en a fait partie, pour une traversée d’environ 45 minutes dans le sens Mont Mulet-Dent du Géant. Avec à la clé des souvenirs pour la vie pour ce highlineur de 27 ans.
« C’est clairement le truc le plus dur que j’ai réalisé dans ma vie. Avec l’énergie mentale accumulée pour l’installation de ce projet, on était rincés. J’ai fondu en larmes, j’ai craqué complet à la fin de ma traversée. Je voyais les copains en dessous et je les remerciais. C’était une décharge d’émotions indélébile et intense, un truc hors du temps. C’est fou comme des moments aussi courts et éphémères peuvent autant se graver en nous. »
Un film documentaire prévu pour 2026
Des ingénieurs, des cordistes, des guides de haute montagne et même une skieuse professionnelle (Coline Ballet-Baz) ont fait partie de cette aventure, en plein survol du glacier des Périades. Un symbole fort pour ce collectif alpin, en pleine année internationale de la préservation des glaciers, de plus en plus fragilisés en cette ère d’urgence climatique, au Mont-Blanc comme ailleurs.
Notre dossier sur le Mont-BlancUn film documentaire verra le jour en 2026 pour retracer l’épopée des Passagers du vide. « Ce film va inscrire dans le temps les émotions de groupe et nos valeurs de cohésion, apprécie Camille Le Guellaut. Ça va permettre de les véhiculer plus loin que le monde de la montagne. Car notre projet va bien au-delà de la performance. » Et celle-ci est pourtant déjà fascinante.



















