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Tendances et fax, dans les coulisses du mercato avec l’agent Jonathan Maarek

Mercato : « Les meilleures opérations se font dans la discrétion »… Dans le monde des transferts avec Jonathan Maarek

transfertsJonathan Maarek, agent et fondateur de l’agence Classico, solidement installé sur le marché français, a ouvert ses portes à « 20 Minutes » avant le coup d’envoi du « vrai » mercato, ce lundi
William Pereira

Propos recueillis par William Pereira

L'essentiel

  • Jonathan Maarek, agent et fondateur de l’agence Classico, qui représente 38 joueurs et coachs, a ouvert ses portes à 20 Minutes avant le coup d’envoi du « vrai » mercato.
  • Il évoque les tendances actuelles du mercato comme l’apparition de contrats très longs (Haaland, etc.), l’impact de l’arrêt Lassana Diarra sur la responsabilité des clubs acquéreurs, et l’importance croissante de la santé mentale des joueurs face à la pression du milieu.
  • Jonathan Maarek revient également sur les mythes et réalités du mercato, des rumeurs au fax envoyé deux minutes trop tard le dernier jour du mercato.

Confortablement installé dans un des grands canapés des locaux parisiens de l’agence Classico, dont il est le fondateur, Jonathan Mareek dégage une forme de tranquillité seulement perturbée par le vibreur de son portable. La légende est donc vraie : le téléphone chauffe à mesure que l’on rentre dans le mercato. « Là, pendant notre discussion, je reçois plein d’appels pour finaliser une négociation avec un dirigeant d’un bon club fançais. »

Classico revendique 38 joueurs et coachs représentés - dont Habib Beye, Bafodé Diakité et Guillaume Restes - pour 400 transferts à travers 50 pays depuis 2011 et un avant-gardisme structurel à 360°, allant des transferts au soin du joueur en passant par le marketing et l’analyse vidéo. Un ancrage dans le marché français qui méritait bien quelques questions sur le mercato, ses mythes et ses tendances.

Les dernières tendances : contrats longs, arrêt Diarra et Mondial des clubs

Une nouvelle fenêtre de transferts a été ouverte à l’occasion de la Coupe du monde des clubs. Qu’est-ce que ce que ça change pour le marché ?

Je pense que les deals qui ont été fait pendant cette fenêtre-là, auraient globalement été faits un petit peu plus tard. Les clubs ne se sont pas, sauf grosses exceptions, renforcés exclusivement pour cette compétition-là. Ils ont juste anticipé certains transferts. Ça peut être intéressant en revanche pour certains clubs français, qui vont avoir besoin de rentrer de l’argent avant le 30 juin pour le passage devant la DNCG, et là je m’inscris dans le cadre de la crise des droits TV. Ça peut avoir un impact à ce niveau-là.

Par exemple pour l’Olympique Lyonnais, qui vend Ryan Cherki à Manchester City…

Oui, mais ce n’est pas que Lyon. En France, pas mal de clubs ont besoin de vendre avant le 30 juin. La DNCG a été particulièrement rigoureuse cette année en prévoyant de ne pas comptabiliser les droits télé, ni les futurs transferts [provisionnés]. Avant, les clubs prévoyaient les transferts qu’ils allaient faire. Ils disaient, sur la fenêtre de mercato, ils disaient « nous, on a prévu de vendre tel joueur, tel joueur, tel joueur, et ça fait 60 millions d’euros selon des valeurs de marché ». Maintenant, il faut que la vente soit faite pour que ce soit acté.

Dans les tendances actuelles, on voit aussi apparaître des contrats de plus en plus longs. Erling Haaland jusqu’en 2034 à City, par exemple. Qu’est-ce que ça raconte ?

Prenons des chiffres ronds. Tu achètes à un joueur 100 millions d’euros et tu lui fais dix ans de contrat dans tes comptes : c’est comme si tu l’avais acheté 10 millions d’euros par an. Si tu lui fais deux ans de contrat, c’est comme si tu l’avais acheté 50 millions d’euros par an. C’est simplement l’amortissement comptable qui fait que les contrats sont de plus longue durée. Chelsea le fait aussi énormément. Aujourd’hui, c’est devenu très important pour les clubs de jouer avec ça, notamment avec le fair-play financier.

Erling Haaland a prolongé son contrat jusqu'en 2034. Une exception ou le début d'une tendance?
Erling Haaland a prolongé son contrat jusqu'en 2034. Une exception ou le début d'une tendance? - Capture d'écran

Autre nouveauté, l’arrêt Lassana Diarra nous a été vendu comme un arrêt Bosman 2.0 censé faciliter encore plus la liberté de circulation des joueurs. Qu’en est-il vraiment ?

J’attends encore une application qui va transformer la pratique. Pour moi, l’arrêt Lassana Diarra est très spécifique, et n’est pas voué à transformer la face des transferts. Simplement, ça ouvre une porte parce que le droit européen a remis en cause certaines pratiques.

En l’occurrence ?

Dans le cas d’un club qui accueillerait un joueur sorti de son club d’origine sans juste cause, le club acquéreur ne sera plus forcément tenu pour co-responsable de la faute du joueur. Exemple : quand Marseille récupère Pape Gueye au moment où ils le récupèrent, ils savaient que selon le droit international et la jurisprudence actuelle, ils étaient dans la position d’être co-responsables parce que Pape Gueye était engagé précédemment par un pré-contrat avec un club anglais (Watford). L’arrêt Lassana Diarra dit qu’il n’y aura pas forcément de co-responsabilité, et que les clubs acquéreurs n’auront plus peur d’accueillir ces joueurs parce qu’ils ne vont pas forcément être co-responsables.

Les préoccupations des joueurs : rythmes et santé mentale

Il a beaucoup été question des calendriers infernaux. Evidemment, ça concerne majoritairement les grands joueurs. Mais à quel point ça préoccupe vos joueurs, et à quel point peuvent-ils en discuter avec vous ?

Ceux qui en parlent le plus, ce sont les coachs lassés de voir leurs joueurs épuisés. Certains joueurs emblématiques vont évidemment porter leur voix, mais, aujourd’hui, peut-on dire que nos joueurs se plaignent de manière générale du nombre de matchs qu’ils ont à jouer ? Pas forcément. En tout cas ce n’est pas le sujet principal.

Quel est le sujet principal ?

La charge mentale est un sujet qui nous touche pas mal parce qu’on a vu certains joueurs rentrer dans des périodes de dépression, des périodes compliquées. Le joueur de foot, tout le monde l’imagine comme le plus chanceux du monde. Il est caricaturé comme le milliardaire qui tape dans un ballon, qui a une vie facile et belle pleine de strass et paillettes. La réalité, c’est qu’il vit dans un monde extrêmement violent et compétitif. Dans les vestiaires de foot, il faut être costaud mentalement, et parfois accepter d’être tout en haut et le lendemain de ne plus être considéré. Il peut y avoir des chutes importantes.

Désormais à Caen, Alexis Beka Beka a souffert de graves troubles dépressifs qui l'avaient poussé à une tentative de suicide
Désormais à Caen, Alexis Beka Beka a souffert de graves troubles dépressifs qui l'avaient poussé à une tentative de suicide - Adil Benayache/SIPA

Comme quoi, par exemple ?

Parfois, sur un dernier jour de mercato, tu te retrouves du jour au lendemain à être transféré dans un club, dans un pays où tu n’avais pas prévu d’aller, à être déraciné, parfois jeune. Même si on essaie d’éviter de le faire trop tôt, il faut vraiment être attentif à ce que le joueur soit capable d’aller vivre à l’étranger. Ce sont des choses qui sont parfois assez violentes pour un humain de manière générale.

Les joueurs ne sont pas tous à plaindre, mais la somme de ces choses-là peut rendre la vie de certains footballeurs assez complexe et c’est beaucoup moins rose qu’on peut l’imaginer. Certains l’ont assumé, ont eu des discours forts. On accompagne Alexis Beka Beka qui a vécu quelque chose de fort, mais d’autres joueurs pourraient aussi en témoigner.

Les clichés du mercato : Fax à 00h02 et rumeurs bidon

Le mercato a un côté fascinant pour beaucoup de suiveurs du football. Parmi les mythes qui l’entourent, il y a la manière dont circulent les rumeurs. Quel est votre rapport aux médias pendant le mercato et à qui profitent les rumeurs ?

Ça peut aller dans tous les sens. Ça peut être un agent qui veut faire mousser son joueur, un club qui veut faire mousser son joueur et augmenter sa cote, un club en négociation avec un joueur, et qui, pour lui montrer qu’il n’est pas seul sur la liste, sort une rumeur sur un autre joueur… Dans l’absolu, tout est possible. Les journalistes ne sont pas idiots, ce ne sont pas des pantins non plus, ils font bien leur travail, et notre rôle en tant qu’agents sérieux et cohérents, c’est de les alimenter en temps voulu avec les bonnes informations. Pendant un mercato, on va rarement voir des choses sortir sur nos joueurs, parce que c’est dans la discrétion que se font les meilleures opérations.

Il y a quand même des choses qui finissent par sortir d’une manière ou d’une autre…

Des médias alimentent ces sujets-là et en vivent. Ce qui me fait rire c’est de voir des rumeurs sortir sur nos joueurs à des années-lumière de la réalité. A contrario, il y a parfois des choses qu’on a à peine eu le temps de partager avec les membres de l’équipe qui sont déjà sur internet. C’est parfois très surprenant, mais bon, il y a des gens bien informés dans les clubs.

La légende du fax qui arrive deux minutes trop tard le dernier jour du mercato, ça vous est déjà arrivé ?

Oui. C’était un deal entre un club belge et un club français. Le dernier jour du Mercato, on était certain que tout était fait à 23h55, que tout était signé. Et finalement, le dernier document envoyé entre les clubs n’était pas le bon. Ils ont renvoyé deux fois le même, et la convention de transfert qui devait être signée ne l’a pas été avant 00h08, parce qu’ils s’en sont rendu compte après coup.

On a le joueur dans notre bureau à ce moment-là. On lui avait fait un gros câlin parce qu’il avait tout signé dans les temps. Nous, on était en mode marathon : cinq personnes derrière l’imprimante, un qui tournait les feuilles, l’autre qui relayait, l’autre qui scannait. On aurait dit qu’on était sur un relais, et on avait réussi notre partie, mais ça a déconné au niveau du club belge. Très gros club belge. Et donc on s’est retrouvé avec un joueur qui avait besoin de partir, et qu’il a fallu consoler.