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JO de Paris 2024 : « J’ai eu des doutes sur ma capacité à revenir », Dimitri Pavadé raconte son combat après sa blessure
ATHLETISME•Sauteur en longueur, catégorie T64, le Français de 34 ans commence seulement à resauter huit mois après son opération des ligaments croisés antérieurs, et aura trois petites chances de se qualifier pour les Jeux paralympiquesLaure Gamaury
«Quand on a été amputé d’une jambe à 18 ans, à la suite d’un accident pendant son premier travail, ce n’est pas juste une opération des ligaments croisés qui va me mettre à terre ». Le très souriant et solaire Dimitri Pavadé, vice-champion paralympique de saut en longueur (catégorie T64) à Tokyo, en a vu d’autres.
De son accident sur les docks à La Réunion en 2007 à sa blessure en juin 2023 sur une compétition valide à Toulouse, l’athlète a explosé au haut niveau en quelques années seulement et figure parmi les cadres de l’équipe de France d’athlétisme paralympique, à 34 ans, et seulement huit ans d’athlé derrière lui. Huit mois après son opération des ligaments croisés antérieurs de la jambe droite, sa jambe amputée sous le genou, Dimitri Pavadé a juste repris les entraînements. Il a raconté à 20 Minutes ses derniers mois entre rééducation et réathlétisation, son éternel sourire aux lèvres et son moral d’acier indéfectible.
Racontez-moi votre blessure. Que s’est-il passé ?
Dimitri Pavadé : J’ai fait un mauvais appui avant de sauter. J’avais une nouvelle lame depuis deux mois et demi. Et l’alignement de cette lame faisait que si on n’est pas positionné au moment où la lame renvoie, ça fait partir en arrière. Quand j’ai écrasé la lame avec ma jambe d’appel et qu’elle a renvoyé, ça m’a renvoyé vers l’arrière alors qu’avec la vitesse, mon corps est passé vers l’avant. Mon genou, avec l’hyperextension due à l’impulsion, est resté en arrière.
Votre blessure est donc due à votre lame ?
Ah ben oui ! La lame que j’avais, était faite pour les grandes personnes. Il y a deux tailles disponibles. Je l’avais coupé mais elle était encore trop grande. J’étais vraiment en décalé par rapport à la taille de mon bassin. J’étais vraiment plus haut sur un côté, j’avais une très grande, trop grande cadence. je réfléchissais beaucoup à comment courir. Aujourd’hui, j’ai la petite lame, bien plus adaptée à ma taille (1m74). Et quand je cours, c’est naturel.
Je m’en étais rendu compte avant cette compétition mais quand mon sponsor me l’a envoyé, je ne savais pas qu’il y avait deux tailles donc je me suis juste dit « je vais devoir m’y habituer ». En fait dès le départ, si j’avais eu la bonne lame, je ne me serai pas blessé.
Comment vivez-vous cette blessure au moment T ?
C’est la première depuis que je suis athlète de haut niveau (2018). En sautant, j’ai compris que quelque chose clochait. J’ai d’abord cru que la prothèse s’était un peu détachée et que j’avais glissé dans la prothèse. Mais en atterrissant, j’ai cru que mon genou s’était déboîté. En retombant dans le sable, je n’ai pas regardé mon genou, je l’ai d’abord touché. En sentant qu’il n’avait pas tourné ou n’était pas sorti de l’axe, j’ai regardé. Mais en pliant et tendant le genou, j’ai senti un gros coup de feu et J’ai dit à mon coach que je ne pouvais plus sauter. Mon genou a gonflé immédiatement, au point que je ne pouvais plus mettre ma prothèse.
Le lendemain, j’ai pris l’avion pour le stage de l’équipe de France pour préparer les mondiaux de para athlé. Et en arrivant à l’Insep, j’ai passé des examens : les ligaments croisés et le ménisque étaient touchés. Dans la foulée, le 17 juillet, je me suis fait opérer. Ça a été très rapide. j’ai enchaîné avec la rééducation jusqu’à début septembre. Et puis, séances avec mon kiné, et là c’est allé très très vite.
En postopératoire, j’ai fait des squats au bout d’un mois, je marchais sans béquille, je faisais de la presse avec mon autre jambe. On m’a enlevé les fils très tôt et depuis c’est réathlétisation. J’ai perdu de la masse musculaire sur ma jambe amputée mais je m’attendais à pire. Ils ont prélevé des ligaments sur le quadri pour réparer mes croisés, donc il fallait retrouver toute la force musculaire à ce niveau-là.
Ca a dû être dur cette blessure à quelques jours des mondiaux d’athlétisme à Paris ?
Oui de ne pas participer un peu mais je me suis régalé en supportant l’équipe de France des tribunes. J’y étais tous les jours, je faisais partie du groupe, je dormais avec eux à l’hôtel.
Est-ce que vous avez aussi ressenti une crainte de rater les Jeux paralympiques ?
Non, pas vraiment. On m’a immédiatement dit que j’étais dans les délais pour me remettre. Comme en plus, rapidement, je suis allé plus vite que prévu dans ma rééducation, je n’ai pas eu le temps de douter.
A cinq mois postopératoires, j’étais super en forme. J’avais déjà franchi plusieurs barrières d’appréhension. Donc non je n’ai pas douté sur le fait d’aller aux Jeux. Des doutes, j’en ai eu sur ma capacité à revenir. Certains exercices ont été douloureux, j’ai eu des moments où je donnais tout ce que j’avais et je n’y arrivais pas, je n’arrivais pas à effectuer les mouvements demandés et j’avais mal. Ça a été le cas pendant ma phase de rééducation en fin d’année dernière.
Quand avez-vous commencé à ressauter ?
Seulement début mars. Avant j’ai enchaîné les séances de musculation, de renforcement musculaire. J’en ai bouffé jusqu’en décembre ! En janvier, j’ai commencé à courir sans intensité. Février, j’ai pu commencer à vraiment mettre de l’intensité et en mars, je reprends à 100 %. Initialement, je devais resprinter en février et ne resauter qu’en avril. Mais je suis en forme, donc on a décidé de décaler.
Ma première séance de saut début mars a été un peu frustrante parce que la lame est molle, je n’arrive pas à prendre de la hauteur comme je le faisais avant. J’ai senti un peu de douleur à l’extension mais mon moignon n’a pas gonflé. C’est vraiment rassurant parce que l’opération est vraiment réussie et la forme est là. Je cours très vite, les sensations sont très bonnes. Ça faisait huit mois que je n’avais pas sauté. Je suis impatient c’est sûr !
Après cette première séance n’était pas axée technique mais plutôt retrouver des sensations de saut. D’ailleurs, je ne sauterai pas avec cette lame. Là c’était pour ménager les ligaments, pour ne pas brusquer ma jambe après l’opération. Mais j’en ai commandé deux plus dures qui vont me permettre de sauter plus haut et en attendant, je vais un peu la modifier pour qu’elle soit un peu plus rigide. Etre orthoprothésiste et athlète paralympique, c’est un combo assez parfait, oui !
Quelles sont vos prochaines échéances ? Votre qualification pour les Jeux, vous l’avez déjà ?
Pas du tout. J’attaque aux championnats du monde au Japon en mai. Je rentre dans le dur direct ! Il me faut un top 4 pour me qualifier pour les Jeux. Sinon ensuite, j’aurais le meeting de Charléty en juin et les France à Albi en juillet. Mais je suis très très confiant. Quand je veux quelque chose, je l’obtiens. Les Jeux ne sont pas une option pour moi donc je fais tout pour y être. Et conserver ma médaille d’argent. Parce que Markus Rehm, c’est une autre dimension.
Y a-t-il eu des moments plus compliqués que d’autres niveau mental ?
Quand on a été amputé d’une jambe à 18 ans, à la suite d’un accident pendant son premier travail, ce n’est pas juste une opération des ligaments croisés qui va me mettre à terre. J’ai réussi à sortir plus fort de l’amputation, donc là, les ressources mentales, je les aies. Je n’ai jamais eu de préparateur mental dans ma carrière, je n’en ressens pas le besoin. Je suis suffisamment entouré : ma famille, mes amis, mes chats, mon lapin. On ne change pas une équipe qui gagne !
En vous blessant, vous avez pensé aux douleurs de votre amputation ?
Non ça n’avait rien à voir. Quand le chariot élévateur est passé sur ma jambe, je n’ai rien senti. Alors que là, oui. J’ai cru que mon genou était à l’envers. Et puis, j’ai été bien entouré, mes proches, mes entraîneurs, les gens de la fédé. Tout le monde m’a dit « tu as le temps, on est là ».
Il y a une saveur particulière pour ces Jeux à domicile ?
Déjà participer aux Jeux paralympiques, c’est vraiment exceptionnel. Un grand waouh ! Je sens que je change de dimension aussi niveau médiatisation avec mes sponsors. C’est excitant, plaisant, et ça donne encore plus envie d’y être. De s’y préparer pour donner le plus beau spectacle possible aux Français.


















