Journée paralympique : Le sport, « meilleur outil d’épanouissement » pour la championne Pauline Deroulède
decouverte•A moins de deux ans des Jeux de Paris, la première journée paralympique se tient ce samedi place de la Bastille, à ParisNicolas Camus
L'essentiel
- Ce samedi a lieu la toute première journée paralympique, place de la Bastille à Paris : de 12 heures à 21 heures, le public peut venir (librement et gratuitement) pour discuter avec des athlètes, assister à des démonstrations et même tester une quinzaine de disciplines.
- Pauline Deroulède, numéro 1 française de tennis fauteuil, sera là parmi la centaine d’athlètes présents pour partager son expérience.
- Amputée d’une jambe en 2018 après avoir été fauchée par une voiture, elle ne cesse depuis de vanter les mérites du sport, d’ouvrir les gens à la culture du handicap et de se battre pour améliorer la Sécurité routière.
Comme elle le fait remarquer d’emblée, pour Pauline Deroulède, « la journée paralympique c’est tous les jours ». Il faut dire que la joueuse de tennis fauteuil a fait d’une participation aux Jeux de Paris un vrai objectif de vie, une promesse pour elle et ses proches, quand en 2018 elle se réveillait amputée d’une jambe après avoir été fauchée par un automobiliste. « J’ai rapidement intégré le fait que j’avais perdu ma jambe, c’est comme si les connexions s’étaient faites tout de suite, que je savais que le seul outil qui allait me permettre de m’en sortir et de survivre, c’était le sport, et au plus haut niveau, explique-t-elle aujourd’hui. J’avais en tête que les JO 2024 auraient lieu à Paris, donc ça a été très vite dans ma tête. »
A désormais moins de deux ans de l’événement, la jeune femme de 31 ans va d’abord participer à une grande première ce samedi : une journée 100 % paralympique, organisée place de la Bastille, à Paris. Jusqu’à présent, les athlètes handisport se joignaient aux réjouissances de la journée olympique, qui a lieu tous les 23 juin. Là, ce sera une journée rien que pour eux, au centre de toutes les attentions du public. « C’est bien de marquer le coup alors que le compte à rebours est lancé, pour sensibiliser les gens et leur donner envie de venir nous soutenir nombreux en 2024. »
De 12 heures à 21 heures, tous ceux qui le souhaitent peuvent venir faire un tour (gratuitement) et papoter avec les athlètes (profitez-en, ils seront une bonne centaine), assister à des démonstrations et même pour les plus curieux tester une quinzaine de disciplines, comme le basket fauteuil, la boccia, le para-athlétisme, l’escrime fauteuil, le para-aviron ou le volley-ball assis. Une expérience intéressante et enrichissante, pour bien mesurer à quel point ces sportifs réalisent des performances exceptionnelles.
Le sport, « meilleur outil possible de construction et d’épanouissement »
Pauline Deroulède en sera, et se fera un plaisir de vous expliquer les spécificités du tennis fauteuil. Passionnant pour quiconque aime le sport et le comprend un peu. Joueuse de bon niveau avant son accident, elle a dû totalement déconstruire ses réflexes pour adopter de nouvelles habitudes. Au-delà de la difficulté d’apprendre à manier son fauteuil à la perfection pour pouvoir s’ajuster par rapport à la trajectoire de la balle, il faut composer avec un élément spécifique au paratennis : le pivot. « C’est ce moment où on tourne le dos au jeu pour se replacer. Ça dure une fraction de seconde, mais on doit quitter la balle des yeux, décrit-elle. Ça n’arrive jamais quand on joue debout. Perdre de vue la balle et la retrouver tout de suite, ça nécessite un œil différent, une tout autre réactivité. »
Le message important transmis à travers ce partage d’expérience, c’est la place que l’on accorde au sport dans sa vie, quels que soient notre situation et notre niveau. « C’est le meilleur outil possible de construction et d’épanouissement pour des gens – et notamment des jeunes – qui se cherchent, qui ne sont pas bien dans leur peau, avec un handicap ou sans », est persuadée Pauline. Et pourquoi ça ? « C’est un moyen de décompresser, de prendre du plaisir [les fameuses endorphines], de s’approprier son corps, de connaître ses limites, d’être dans le dépassement de soi, énumère-t-elle. Quand on fait du sport, la tête va mieux, le corps aussi. Quand j’étais en rééducation, ça a été un moyen salvateur pour remarcher vite, ça m’a permis d’être dans l’action. »
Comme beaucoup d’autres, la jeune femme n’aurait pas pu passer le cap de son accident sans ça. Véritable acharnée, elle s’est donné les moyens d’avancer, de progresser, pour devenir en trois ans sur le circuit la numéro 1 française et numéro 17 mondiale dans sa catégorie. Toujours en recherche de points d’amélioration, elle participe à des expériences scientifiques organisées par l’université de Rennes-II et menées au Centre national d’entraînement de la Fédération. Le principe ? Recueillir des données biomécaniques, cliniques et cognitives personnalisées, notamment concernant le service et le retour de service (les deux coups les plus importants du tennis) pour savoir sur quoi bosser à l’entraînement. « Ça permet de comprendre la mécanique de son propre corps et donc d’optimiser ensuite la performance », raconte-t-elle. Pour aller plus loin sur ce sujet, on ne saurait que trop vous conseiller la lecture de cet article de nos confrères du Monde, qui ont consacré à la joueuse un épisode de leur série sur « les sportifs dotés de capacités physiques et mentales exceptionnelles, scrutés par la science ».
Faire évoluer la « culture du handicap »
Au-delà de ces considérations sportives, la journée paralympique, et par extension les Jeux qui auront lieu bientôt dans notre pays, sont également une occasion unique de « changer le regard sur le handicap ». Une expression un peu clichée, mais toujours d’actualité. « Il faut qu’il y ait un héritage, que ce soit le début d’une ère où la culture sportive est plus riche en France, mais aussi où la culture du handicap évolue, parce que c’est encore trop tabou. Il y a encore beaucoup de progrès à faire, d’étapes, pour s’ouvrir complètement aux personnes en situation de handicap. C’est important d’en parler », assène Pauline Deroulède.
La sportive prend en exemple ces adultes croisés dans la rue et qui se trouvent gênés au moment de devoir expliquer à leurs enfants, évidemment curieux, pourquoi « la dame elle a une jambe de robot ». « Ils ne sont pas toujours à l’aise, ont peur de mal faire, de mal dire. Il suffit d’expliquer, simplement et avec des mots compréhensibles, sans inventer d’histoires, conseille-t-elle. Pas besoin de verser dans les extrêmes, la compassion, la pitié. En plus, les enfants ont cette capacité à intégrer tout de suite les choses. »
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Les Jeux à Paris devront servir à ça, aussi. En attendant, la championne, qui vient de participer à son premier tournoi du Grand Chelem, le mois dernier à l’US Open, continue de se préparer pour se qualifier sans encombres (il faudra être dans les 30 premières mondiales un mois avant) puis « aller chercher un podium ». Les mois à venir s’annoncent chargés, d’autant qu’elle poursuit en parallèle son combat pour la Sécurité routière. Fauchée alors qu’elle se trouvait sur un trottoir par un automobiliste nonagénaire qui a perdu le contrôle de sa voiture, Pauline Deroulède milite pour l’instauration d’un test d’aptitude à la conduite dès l’obtention du permis, avec une fréquence plus régulière à partir de 60 ans. En contact avec le gouvernement et la délégation interministérielle à la Sécurité routière, elle se dit confiante sur une prise de mesure « dans les prochains mois ».
De cette bataille est déjà né un clip de sensibilisation, où on la voit avec une petite fille elle aussi amputée, qui se conclut ainsi : « Si nos conducteurs avaient passé un permis d’aptitude à la conduite : ils n’auraient plus le permis. Et Cléo et moi aurions encore nos deux jambes. » Un second est actuellement en préparation, et sortira début novembre. « On veut faire comprendre par l’image que parfois, on peut ne plus être capable de conduire et que ça peut faire des dégâts, appuie la trentenaire. Peut-être qu’en voyant ça des gens arrêteront d’eux-mêmes, ou en parleront dans leur entourage. » Des histoires comme ça, il s’en cache chez tous les athlètes qui seront présents place de la Bastille ce samedi. Courez-y pour les découvrir.


















