JO Paris 2024 : Comment le Val-d’Oise se prépare à recevoir la délégation américaine
VAL D'OISE•Dans un peu plus de 100 jours, la ville d’Eaubonne (Val-d’Oise) recevra la plus grande délégation des JO 2024, celle des Etats-Unis. Avec enthousiasme et souci du détail pour satisfaire les exigences américainesWilliam Pereira
L'essentiel
- Athletica est le nouveau nom du centre de haute performance d'Eaubonne qui accueillera la délégation américaine pour les JO de Paris 2024.
- La ville attend entre 800 et 1200 athlètes ou membres du staff des USA et des aménagements ont été faits pour répondre à leurs exigences comme la climatisation, la récupération et la diététique.
- Les organisateurs espèrent que la proximité de la délégation américaine inspirera les jeunes, même si certains seront en vacances à ce moment-là. Des autographes de stars comme Katie Ledecky ou Noah Lyles pourraient donner des vocations sportives.
Ne dites plus CDFAS mais Athletica. La présidente du conseil régional du Val d’Oise, Marie-Christine Cavecchi, a encore du mal à se faire au nouveau nom du centre de haute performance d’Eaubonne, camp de base de la délégation américaine lors des Jeux olympiques de Paris 2024, rebaptisé au début du mois. Pour que ça rentre plus vite, l’élue à ses méthodes. « J’ai dit que je mettais dix euros à chaque fois que je me trompais. Il y aura de quoi payer une belle bouteille de champagne à mes collaborateurs », plaisante cette figure politique régionale au pied d’une estrade montée au milieu du stade indoor Stéphane Diagana (icône locale), avant de filer sur le terrain de basket, transformé en immense réfectoire à l’occasion du baptême des lieux.
Athletica, donc. « Un nom à consonance plus internationale », justifie le communiqué de presse, vous parlez d’une litote. La nouvelle identité visuelle se résume à un logo étoilé et un bleu blanc rouge qui n’est pas celui de la France.
Les Etats-Unis, dont le drapeau flotte à l'entrée du complexe, sont logiquement à l’honneur, tout juste manque-t-il un buste de George Washington ou un tableau d’Abraham Lincoln pour compléter le grand chelem. Encore que : les portraits de Simone Biles et LeBron James siègent à l’accueil du site, qui se rêve en camp de base des sportifs américains à Paris au-delà des Jeux. Romain Lachens, directeur engagement Paris 2024, se projette déjà : « peut-être que la délégation américaine sera très heureuse de revenir parce qu’elle y aura ses habitudes ». Ce qui n’empêchera pas Athletica de continuer à former des athlètes français de haut niveau, fonction première un peu mise entre parenthèses devant l’urgence des derniers travaux à boucler avant l’arrivée des invités, dans un plus de 100 jours. Conséquence, certains athlètes en quête de qualif olympique, n’ont ainsi pas pu s’entraîner dans le stade couvert cet hiver.
A Eaubonne comme à Colorado Springs
Il y a des chances pour que Rocky Harris, patron de la délégation américaine, se sente déjà comme à la maison du côté d’Athletica à force de multiplier les allers-retours entre le Val d’Oise et le Colorado. « Nous sommes venus ici la première fois en 2017 et nous sommes revenus depuis entre quinze et vingt fois et à chaque fois, on s’est rendu compte que ce qu’on avait demandé avait été fait et qu’ils s’étaient surpassés. » L’organisation a tout fait pour satisfaire les demandes des Américains, bien que tout le monde s’accorde poliment à dire qu’elles n’étaient pas si élevées que ça. Après tout, ce centre désuet ne méritait-il pas un coup de neuf ?« Il n’y a pas eu d’exigences particulières, si ce n’est pour la climatisation qui leur est chère », illustre Arnaud Zumaglia, le directeur général des lieux. Sans parler des 12 à 24 tonnes de glaçons qui devront être mis à disposition de la Team USA. On ne plaisante pas avec la chaleur.
Au rayon des exigences, on retrouve aussi les installations liées à l’athlétisme, gros point fort des Etats-Unis en tant que nation olympique, la récupération, avec un espace de régénération qui a triplé de volume, faisant part belle à la cryothérapie et autres soins par le froid, ainsi que la diététique. Les cuisines ont été refaites et les cuisiniers de la délégation ont déjà fait du repérage au marché de Rungis. Tout devra être millimétré pour accueillir les 800 à 1.200 membres de la délégation américaine, représentant une cinquantaine de disciplines différentes.
« Inspirer toute une génération de jeunes »
Autour du complexe, qui a rejoint le réseau « grand Insep », Eaubonne reste Eaubonne. Rien de très américain à signaler, si ce n’est le coca en rayon dans les supermarchés. La rue pavillonaire qui fait face à Athletica est conforme à ce qu'on attend d'elle, paisible pour ne pas dire parfaitement silencieuse. Deux riverains à peine retraités ne s'embêtent pas à feindre la joie d'accueillir les Etats-Unis à la maison. « On s'en fiche un peu à vrai dire. Ni chaud ni froid comme on dit. On espère juste qu´il n'y aura pas de bazar. » Un peu plus loin, côté Gare d'Ermont-Eaubonne, un petit groupe d'habitués du bar Le Comptoir que l'on a osé interrompre en pleine session grattage, dit avoir vaguement entendu parler du débarquement des Américains. Sur l'échelle de l'enthousiasme, on est moins haut qu'en 1944. « Ça va changer quoi pour nous, s'interroge l'un des hommes. Si encore on avait des places pour voir les JO en échange... »
L’heure de l’osmose entre les cultures française et US est encore à venir. La ville voisine d’Ermont accueillera mi-juin un « livrodrome » dont une partie sera consacrée à la littérature franco-américaine. Le cinéma sera également célébré. « On profitera de la proximité de nos deux fêtes nationales, le 4 et le 14 juillet, pour célébrer nos deux cultures », résumait Philippe Court, préfet du 95. L’occasion d’exaucer un autre vœu de la délégation olympique américaine sur la période des Jeux, « avoir des moments de convivialité avec le territoire », pour reprendre la formule de Marie-Christine Cavecchi, laquelle espère plus ou moins secrètement des retombées et « un petit coup de pub » pour le département.
La question de l’héritage, qu’il soit économique, social ou humain, se veut centrale dans une zone certes privée d’épreuves olympiques mais prisée des délégations étrangères et traversée par la flamme le 18 juillet. « Quand j’ai dit à mes enfants que les États-Unis seraient près de nous ils étaient éblouis, on est très fiers de vous avoir ici, racontait Romain Lachens à Rocky Harris. Vous ne vous rendez pas compte combien vous allez inspirer toute une génération de jeunes. » « Ce qui me coince un peu c’est la période, nuance Cavecchi. Certains jeunes seront en vacances. Mais pas tous. Ça peut être bien, en revanche, pour tous ceux qui n’ont pas cette chance-là. » A défaut de remplacer des vacances en bord de mer, un autographe de Katie Ledecky ou Noah Lyles peut susciter des vocations. A quoi ça tient, finalement, de former un nouveau Stéphane Diagana ou Luc Abalo ?


















