JO Paris 2024 : « Ne pas refaire les mêmes erreurs qu’à Tokyo », Aurélien Giraud à l’âge de raison
INTERVIEW•La star du skate français et mondial Aurélien Giraud a fait son entrée au Musée Grévin jeudi soir, à la veille du week-end de Street League Skateboarding, qui s’établit pour la première fois à Paris. Avec, forcément, un peu la tête aux JOPropos recueillis par William Pereira
L'essentiel
- Aurélien Giraud, champion du monde de skateboard street, est devenu jeudi soir le premier skateur à avoir statue au musée Grévin. Un honneur en forme de boost à la veille de la prestigieuse Street League Skateboarding qui a lieu ce samedi pour la première fois à Paris.
- Une compétition en forme de répétition pour les JO de Paris 2024, les deuxièmes pour Giraud, déjà présent à Tokyo, où il avait échoué à la 6e place. La faute à « un excès de confiance ».
- Le champion du monde de street 2023 revient pour « 20 Minutes » sur son rapport aux Jeux et son statut d’ambassadeur du skate en France
Un événement exceptionnel peut en cacher un autre. Jeudi soir, Aurélien Giraud devenait le premier skateur à entrer au musée Grévin, avec l’émotion et l’humilité de celui qui ouvre la voie. « J’ai même cru que Joséphine Ange Gardien me regardait », souriait-il en jetant un air amusé à la statue de cire de Mimie Mathy. Si le champion du monde de skateboard street 2023 est heureux d’ouvrir de nouveaux horizons au-delà de la rue et des skateparks, il s’y sentira toujours moins à l’aise que dans son élément naturel.
Ça tombe bien, Giraud remontera sur sa planche ce samedi, à Paris, à l’occasion de la Street League Skateboarding, qui pose ses valises pour la première fois en 14 ans dans la capitale. A cinq mois des Jeux olympiques 2024, cette compétition majeure de skate street professionnelle fera office de répétition pour la principale chance de médaille française dans la discipline au côté de Vincent Milou, également présent ce week-end.
Votre entrée au musée Grévin se fait à la veille de la SLS, qui s’établit pour la première fois à Paris. Parlez-nous de cette compétition.
C’est le circuit de qualification olympique qui est aussi maintenant le circuit officiel pour les Coupes du monde. C’est une finale de Champions League du skate en quelque sorte.
Vous allez vous servir de cette étape de Street League Skateboarding à domicile comme d’une préparation aux JO, notamment sur tout ce qui est gestion de la pression ?
Ça sera un bon entraînement, tous mes proches et mes amis seront présents. Ça sera un bel événement mais ça ne sera pas comme les Jeux olympiques, parce que les JO sont grandioses par rapport à n’importe quelle compétition, et c’est valable pour n’importe quel sport. On essayera de ne pas décevoir. De la pression, il y en a toujours, on est habitué. On veut surtout rendre fier.
Cette statue va vous motiver encore plus ce week-end et dans votre préparation ?
Ça va clairement me motiver, c’est incroyable. C’est du bonus. Et c’est clair que le fait que ça arrive à ce moment-là va me booster un peu plus. La statue est très bien réussie, les équipes ont fait un travail de dingue et je comprends pourquoi ils travaillent pour le musée Grévin.
Vous avez déjà disputé des JO, à Tokyo, ça ne s’était pas tout à fait passé comme vous le souhaitiez notamment sur la gestion entre les deux runs. C’est une expérience qui pourra peser pendant les Jeux de Paris cet été ?
J’essayerai de ne pas faire les mêmes erreurs, de ne pas me laisser distraire par les réseaux sociaux, où tout monte, tout le monde pense que tu vas gagner donc tu reçois des millions de messages. Ça fait chaud au cœur mais ça donne un excès de confiance, au final on finit par y croire. Ce sont des erreurs et c’est clair qu’aujourd’hui, je ne les referai pas. Je vais rester focus sur ma compétition, je sais où je veux aller et ce que je vise. Ce n’est pas parce qu’on gagne la première manche qu’on va gagner la deuxième. C’est une bonne leçon de vie, j’en ai beaucoup appris. J’ai regardé la compétition, j’ai regardé comment j’avais agi, ce que j’avais fait entretemps. J’ai pu grandir sur cet aspect.
Les JO, c’est le graal, c’est au-dessus de tout ?
Je ne dirais pas que c’est incomparable, car au fond, ce sont les mêmes compétitions, on y voit les mêmes personnes. Sur le moment, ça reste une compétition comme une autre. Mais médiatiquement, c’est clair que c’est autre chose qu’un Fise ou des championnats du monde même si ces événements font aussi énormément de bruit. Les JO, tout le monde les regarde. Une personne qui a 50 ans va peut-être tomber sur du skate aux JO alors qu’elle ne serait pas allée chercher spontanément sur Internet « championnats du monde de skate ». C’est une autre dimension.
Ça vous fait plaisir d’incarner le skate en France à ce point-là ?
Ça ne me dérange pas, je reste moi-même, je reste toujours avec mes potes, je vais aux mêmes endroits. Il ne faut pas oublier qu’on est des personnes normales, j’ai fait du skate toute ma vie. Il n’y a pas de quoi s’enflammer. C’est une fierté de représenter la France et j’espère surtout que ça va booster les jeunes.
Où en est-on du débat du skate aux JO ? La discipline est-elle mieux acceptée qu’à son apparition aux Jeux à Tokyo ?
C’est un peu mieux accepté. On voit beaucoup de mairies, de villes qui font de plus en plus de skateparks, de plus en plus de choses pour les skateurs. Ça reste un débat à l’heure actuelle, il y en a toujours qui n’y sont pas favorables. On respecte leur avis, mais je pense que ce débat existera toujours. Mais ça s’est bien calmé.
Le site de la Concorde vous plaît ?
C’est un endroit magnifique. Un des plus beaux endroits de Paris, les nouveaux sports seront là-bas. C’est une opportunité et une grande fierté de pouvoir être à cet endroit en plein cœur de Paris et qui est touristiquement magnifique. On est très heureux dans nos sports respectifs d’être là-bas.
A quoi vous vous attendez en matière d'ambiance ?
Ça va être une ambiance incroyable ; j’ai vu que les places étaient parties extrêmement vite. Je pense que c’est un des sports qui avaient le plus plu à Tokyo, donc je pense que niveau ambiance on va être servis.
Qu’est-ce que ça vous fait de représenter la France ? Vous portez souvent le maillot de l’équipe de France de foot dans vos vidéos.
Je suis très attaché à la France, c’est mon pays, je donnerais tout pour ce pays. A chaque fois que je suis en compétition, j’ai toujours un rapport spécial à la France. Avec mes designers, on trouve toujours un moyen de glisser un drapeau de la France quelque part sur ma planche. J’adore ce pays, c’est là où j’ai acquis mon niveau, c’est là où j’ai grandi. Je suis prêt à tout donner et c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour représenter la France et montrer qu’il n’y a pas que dans d’autres pays que ça se passe le skate. En France, on est bien aussi.
Comment définir justement la place de la France dans le skate ?
On n’est pas en pole position mais je pense que c’est un travail qui va se faire dans le temps. Ça n’a jamais été un sport très populaire. Quand je faisais du skate, les amis de ma mère ne me félicitaient pas comme si je jouais aux échecs ou quoi (rires). Mais aujourd’hui, grâce à l’entrée au musée, aux compétitions qui se déroulent en France, les JO, tout ça aide à redorer l’image du sport et dans les années à venir ça sera quelque chose de très grand. On a hâte de voir ça.


















