Roland-Garros 2022 : Comment Ruud a tout appris de la terre battue grâce à Nadal

TENNIS Le Norvégien dispute sa première finale de grand chelem à Roland-Garros face à Rafael Nadal, son idole, chez qui il s’entraîne le reste de l’année

François Launay
Casper Ruud est en finale de Roland-Garros
Casper Ruud est en finale de Roland-Garros — UPI/Newscom/SIPA
  • Casper Ruud dispute dimanche sa première finale de Grand chelem.
  • Il y affrontera Rafael Nadal, son idole depuis tout petit.
  • Le Norvégien espère entrer dans la légende dès sa première finale.

A Roland-Garros,

Quatre ans après, la vidéo fait sourire quand on pense que les deux joueurs vont se retrouver ce dimanche en finale de Roland-Garros. Nous sommes le 30 mai 2018, le tournoi bat déjà son plein et un inconnu norvégien prénommé Casper Ruud vient s’entraîner au stade Jean Bouin, juste après  Rafael Nadal.

Tout timide, le gamin, 19 ans à l’époque, s’en va serrer la main du champion et va même le prendre en photo avec une petite fille. Nadal ne le sait pas encore, mais il a en face de lui, l’un de ses plus grands fans. Du genre à se souvenir parfaitement de toutes ses victoires à Roland-Garros. « Je crois que j’ai vu toutes les finales où il a joué et où il a gagné, parce que j’ai tout regardé à la télé », a reconnu Casper Ruud à l’issue de sa demi-finale remportée face à Marin Cilic.

Il débarque en 2018 à la Rafa Nadal Academy

A la base, quand on est Norvégien et qu’on veut briller sur terre battue, c’est un peu comme être un Esquimau qui se met au surf à Hossegor : c’est pas gagné. Alors, pour mettre toutes les chances de son côté, le joueur a décidé en août 2018 de pousser l’idolâtrie jusqu’à s’entraîner à Majorque, en plein cœur de la Rafa Nadal Académy.

« Casper est venu chez nous pour s’inspirer des valeurs et de l’état d’esprit de Rafael Nadal. On retrouve d’ailleurs chez lui des qualités communes à Rafa, dans son tennis comme dans sa personnalité », expliquait récemment Pedro Clar, son coach à l’académie Nadal, sur le site de Roland-Garros.

Un style de jeu similaire sur terre battue

Question tennis, si son passeport est bien scandinave, le jeu de Ruud est avant tout espagnol, voire même d’inspiration nadalienne comme le raconte encore son Pedro Clar. « Ce qui fait la grande force de Casper sur terre battue, ce sont ses jambes et son coup droit. À côté de ça, c’est aussi un joueur qui sert très bien. Son schéma de jeu est simple : prendre l’avantage tout de suite dans l’échange avec son service, puis diriger le jeu avec son coup droit ».

Un style clairement proche de l’Espagnol dont se méfie déjà Carlos Moya, le coach de Nadal « C’est un joueur qui essaie de dominer avec son coup droit et qui s’est beaucoup amélioré ces dernières années. Il arrive avec beaucoup de confiance. On verra une bataille de fond de court avec des rallyes, des longs rallyes », annonce déjà avant la finale le vainqueur de Roland-Garros 1998.

Les deux hommes s’apprécient

Mais il n’y a pas que dans le jeu que Ruud ressemble beaucoup à Nadal. Travail, humilité, personnalité introvertie, famille, le Norvégien, coaché sur le circuit par son père, ne fait pas non plus beaucoup de bruit en dehors des courts « Je ne suis pas très connu en Norvège, parce que je suis toujours en déplacement », reconnaît un joueur très apprécié. « C’est un des joueurs les mieux éduqués du circuit professionnel », assure même Toni Nadal, l’oncle de Rafa, qui l’a accueilli à l’académie.

Des qualités qu’aime aussi la légende aux 21 titres du grand chelem. « Son caractère est très bon, il est très humble également. Il est toujours positif, il cherche à apprendre. . En plus, comme je le dis à chaque fois, ce que j’aime, c’est voir des personnes qui sont bonnes, quand ces personnes arrivent à décrocher leurs rêves. Je suis content pour Casper, pour son père, pour sa mère. Je les connais très bien. Ce sont des gens fabuleux » a carrément lâché Rafael Nadal après sa demie écourtée vendredi contre Zverev.

Ils ne se sont affrontés qu’à l’entraînement

Mais après tant de courbettes et de politesses entre familles, va-t-on quand même assister à un vrai affrontement dimanche en finale ? Pour le spectacle, ce serait tout de même bien que Ruud laisse son respect au vestiaire et ne se laisse pas impressionner par un maître qu’il n’a jamais affronté en match officiel. Leurs seules références communes sont pour l’instant des matchs d’entraînement à l’académie.

« On s’est entraîné quelques manches à Majorque. Je l’ai donc vu hors circuit. Il m’a quasiment toujours battu. Parfois, on était à 7-6, 7-5, mais ça, c’est parce qu’on joue à l’académie, je veux être gentil avec Rafa, je lui donne ces sets volontiers ! », se marre le Norvégien. Pas sûr cependant que Ruud lui fasse autant de cadeaux dimanche sur le central. Comme tout le monde, le joueur de 23 a constaté que Rafa commençait à faire ses 36 ans.

Aucune finale de grand chelem pour Ruud contre 29 pour Nadal

Mais l’inexpérience du Norvégien qui va jouer sa première finale en Grand Chelem, pourrait bien peser lourd face au patron des lieux « Tout peut arriver. Mais ce n’est généralement pas facile pour un joueur qui vient d’atteindre sa première finale face un joueur qui a l’habitude de ça », constate Carlos Moya conscient qu’avec ses 29 finales du grand chelem, Nadal a clairement un avantage sur son élève novice à ce niveau. Mais puisqu’il faudra bien un jour tuer le père tennistiquement, quoi de mieux que le central de Roland-Garros pour commencer à s’émanciper.