Equipe de France : Olivier Giroud peut-il redevenir indispensable en Bleu jusqu'au Mondial ?

FOOTBALL Profitant de la blessure de Karim Benzema, Olivier Giroud a été rappelé pour les deux matchs amicaux des Bleus. Mais peut-il être davantage qu'une simple solution de rechange ?

Antoine Huot de Saint Albin
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Vous connaissez quelqu'un de plus heureux qu'Olivier Giroud ?
Vous connaissez quelqu'un de plus heureux qu'Olivier Giroud ? — Franck FIFE / AFP
  • Absent des listes de Deschamps depuis la fin de l'Euro, Olivier Giroud a été rappelé pour les matchs face à la Côte d'Ivoire et l'Afrique du Sud.
  • Le Milanais remplace Karim Benzema, blessé.
  • L'attaquant a une carte à jouer dans un système a priori pas ideal pour lui.

Les murs de Clairefontaine ont tremblé lundi matin. Surprise, le rire gras et fort d’Olivier Giroud a résonné partout dans le château au moment de saluer Antoine Griezmann : « Ça va mon biquet ? » Dents et cheveux bien brossés, sweet à capuche Dior qui va bien, visage teinté par le soleil de Milanello… On n’avait pas l’odeur, mais nul doute que l’attaquant du Milan AC s’était aspergé de sa douce eau de Cologne. Il fallait bien ça pour effectuer sa rentrée en grandes pompes en équipe de France après des mois d’absence.

Cantonné au banc des remplaçants pendant l’Euro, après le retour de Karim Benzema, Olivier Giroud avait même disparu des listes de Didier Deschamps depuis le début de la saison. Pourtant, le mannequin des Alpilles revit à Milan où il enchaîne les buts, comme face à l’Inter ou Naples, et est adulé par les supporteurs rossoneri. Profitant de l’absence de Benzema, blessé, Giroud a donc été rappelé, sans plus de conviction par DD. Mais on connaît le garçon : une fois qu’il a (re) mis le pied dans la porte, il ne repart plus jamais.



> Capable d’être titulaire dans cette équipe de France ?

Depuis la fin de l’Euro, la France vibre avec ce 3-4-3 (3-5-2, comme vous voulez) installé par Didier Deschamps. Des pistons, du mouvement devant, du jeu, on se régale. Alors, en l’absence de Benzema, Giroud peut-il être dans le trio de devant avec Mbappé et Griezmann ? « Je suis prêt à composer avec tout le monde et dans tous les systèmes. On est tous de grands professionnels, racontait l’intéressé dans une interview à L’Equipe. Je suis comme un caméléon, je m’adapte. »

Mais, fatalement, si l’ancien Montpelliérain évolue à la pointe de l’attaque des Bleus, la comparaison avec KB9 va venir lui chatouiller les oreilles. « Olivier, il est bien en place dans l’axe, pour les centres qui arriveront des pistons, il n’y a pas de problèmes, explique Elie Baup, l’ancien entraîneur des Girondins ou de l’OM. Après, il faudra que ça bouge bien autour de lui, avec des joueurs qui ne restent pas forcément sur les côtés. Il doit avoir de la proximité, des relais proches, pour combiner, créer des brèches, ouvrir des espaces. Il faudra qu’il s’adapte. »

Alain Perrin est, lui, un peu plus dubitatif sur la possibilité qu’à Giroud de s’adapter à ce système de jeu. « On ne peut pas demander la même chose à Benzema, qui dézone beaucoup, qu’à Giroud, détaille l’ancien coach troyen. Il faut voir comment il se comporte. Mais il n’est pas dit que Deschamps ne change pas de système non plus. Une tactique s’adapte souvent aux hommes que l’on a à disposition. Je suis persuadé que Didier sait où il va avec Giroud. »

Alors va falloir se donner du mal quand même : Interrogé sur un changement de système éventuel pour mettre son ancien avant-centre préféré dans les meilleures conditions, le sélectionneur a mimé la surprise : « Oh là, c’est lui donner beaucoup d’importance ». Quel enthousiasme.

> Capable de retrouver sa place dans le groupe ?

Si Giroud n’était plus appelé par Deschamps, c’était, dixit le sélectionneur, à cause du nouveau statut de l’attaquant en sélection, plus vraiment titulaire, mais pas vraiment remplaçant non plus : « Quand un joueur a un statut, et a mérité ce statut, c’est très difficile à vivre, pour ne pas dire impossible, de revenir et d’avoir un autre statut en étant là, a expliqué DD. C’est humain : Quand on est habitué à avoir 100, c’est très compliqué d’avoir 20, 30, et même 50. Avoir moins [de temps de jeu], psychologiquement, cela a des conséquences sur lui-même et le groupe. Un joueur avec ce statut a besoin d’avoir un rôle important à jouer, j’en suis convaincu. »

Ça nous a de suite fait penser à notre copain en 6e qui, trustant les premières places dans la classe, s’était mis à bouder parce que le professeur ne lui avait mis qu’un 14 sur un contrôle. Heureusement, Giroud n’est pas de ceux-là. On l’a vu rayonnant à son arrivée à Clairefontaine, prenant notamment Griezmann dans les bras, rigoler à table autour de Lloris et Lucas Hernandez. Bref, la belle vie. « C’est quelqu’un de costaud mentalement, assure Baup. Il est sur la fin de sa carrière internationale, il prend tout ce qu’il y a à prendre. Il n’a pas d’états d’âme. Il y a plein de joueurs qui l’adorent. »

L’intéressé, qui a dû se refaire tous les versets de la Bible sur le pardon, veut profiter de tous les instants avec les Bleus et cette question de statut est à ranger bien au fond du tiroir : « Aujourd’hui, avec la maturité et mon expérience, le coach doit savoir que je reviens avec une grande motivation. Il peut compter sur moi, quel que soit le rôle qu’il me donnera. » Façon de dire que la minuscule embrouille avec Mbappé qui avait animé les rédactions avant l’Euro ne se reproduira pas. D’ailleurs, Giroud n’avait pas bougé une oreille pendant la compétition, irréprochable dans son comportement jusqu’au bout.

> Capable de disputer le Mondial au Qatar en fin d’année ?

On serait Olivier Giroud, on profiterait bien de ce rassemblement printanier pour se montrer et claquer un quintuplé contre la Côte d’Ivoire. « Clairement, si Karim est là, Giroud n’est pas appelé en sélection », résume Elie Baup. Mais l’homme à la casquette, lui, veut que Giroud aille jusqu’au Mondial au Qatar : « C’est intéressant que les deux soient là dans une équipe. Olivier a un profil différent qui apporte quelque chose de nouveau, qui peut modifier le système de jeu, les initiatives générales. C’est important dans une compétition. »

Même son de cloche du côté d’Alain Perrin : « Il a sa place dans ce groupe. Après, je pense que Deschamps ne le prend pas juste pour lui faire plaisir. Il sait ce qu’Olivier peut apporter à un moment T. L’important, c’est la forme du moment. Et, en ce moment, il est en très grande forme. Son challenge va être de le rester. » Et puis, garder Giroud, c’est aussi l’occasion pour lui de dépasser (enfin) Thierry Henry au classement des buteurs en Bleus. Le Milanais n’est plus qu’à cinq unités du désormais consultant pour Prime Video.

Mais il ne faudra pas tarder, Olivier, parce que DD n’a pas l’air d’être chaud pour une autre date à l’automne : « Olivier a fait partie de cette équipe de France très performante, qui l’a aussi été sans lui ». Des deux, on sait celle qui a gagné un titre qui compte, tout de même.