F1 : « Progresser et rattraper ce déficit qu’on a par rapport aux meilleurs », Ocon ambitieux, mais réaliste avant la nouvelle saison

INTERVIEW Le pilote français de Formule 1, Esteban Ocon, a découvert sa nouvelle Alpine A522, fruit de la nouvelle réglementation, lors des essais de pré-saison à Barcelone

Propos recueillis par Adrien Max
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Le pilote de F1 Esteban Ocon, lors des essais de pré-saison à Barcelone.
Le pilote de F1 Esteban Ocon, lors des essais de pré-saison à Barcelone. — Alessio De Marco/LiveMedia/Shutt/SIPA
  • Esteban Ocon, le pilote de l’écurie française Alpine se confie sur la découverte de sa nouvelle Alpine A522.
  • L’objectif de la saison pour le pilote français, et son écurie, est de se rapprocher des meilleurs de F1, Mercedes et RedBull.
  • Mais le jeune pilote de 25 ans voit plus loin et ambitionne de devenir champion du Monde à moyen terme.

De notre envoyé spécial à Barcelone,

Un Esteban Ocon radieux dans sa combinaison bleue et rose, aux couleurs de sa nouvelle Alpine A522. Le pilote Français s’est prêté, pour 20 Minutes, au jeu des questions-réponses, dont certaines de nos lecteurs, en marge des premiers essais de pré-saison en fin de semaine dernière à Barcelone. L’occasion pour lui de nous parler des conséquences de la nouvelle réglementation sur les F1, des ambitions de son écurie Alpine cette saison, de ses propres ambitions et de la nouvelle génération, dont il fait partie, en Formule 1.

Comment se passe l’adaptation à votre nouvelle voiture ?

On a fait 125 tours le jeudi, et une dizaine lors du jour promotionnel. On commence à avoir quelques tours maintenant avec cette nouvelle voiture, on commence à très bien la comprendre.

Pourquoi est-ce le plus important d’enchaîner les tours, plus que la performance en elle-même ?

C’est ce qui a de plus important, certes, mais il faut aussi comprendre la voiture, il ne faut pas faire que des tours bêtement. Mais c’est important pour la fiabilité de la voiture, voir si tout se passe comme prévu. Donc le plus de tours on va faire, le plus de petits problèmes on va voir tôt. Mais oui, le plus de runs on va faire, le plus de pneus neufs on va mettre, le plus de compréhension on va avoir. 

Aviez-vous anticipé fameux marsouinage [effet de rebond de la F1 sur la piste] ?

Alors celui-là non, c’est la seule chose qu’on n’a pas anticipée, non. Je pense que personne ne l’avait vu venir ce phénomène-là. Il s’explique, après moi je ne suis pas ingénieur aéro, mais j’ai commencé à comprendre d’où ça pouvait venir. On a réussi à le calmer dans la journée. Si ça arrive à tout le monde, c’est que ce sont les caractéristiques de la voiture. Si ça n’arrive pas en virage, ça ne sera pas un problème.

Pouvez-vous nous décrire ce que vous ressentez dans la voiture avec ce phénomène ?

C’est clair que c’est surprenant, oui. Après c’est quelque chose que j’avais déjà eu dans ma carrière quand je roulais au championnat allemand de voiture de tourisme. On avait ce phénomène de bouncing à l’avant comme ça, où la voiture ne s’arrêtait pas. Ca commence faiblement, et avec l’inertie, ça ne s’arrête plus. C’est vraiment toute la voiture qui tape, ça tape très fort, ça écrase le sol, il faut être bien accroché.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est « El Plan », qui guide l'écurie Alpine ?

El Plan c’est la route vers le top. La progression, réussir à se retrouver dans des belles positions, des Top 5, sur les podiums, sur les victoires. Comme on a réussi à le faire, rarement l’année dernière, mais on a quand même réussi à se positionner là quelques fois. Le plan de marche est beaucoup plus complexe, et long, en vérité. Donc voilà c’est une petite phrase pour dire qu’on travaille dur pour y arriver.

C’est l’ambition de la saison, d’être plus régulier ?

Oui. En tout cas on ne sait pas exactement où on sera. Pour l’instant c’est trop tôt pour le dire. C’est tôt pour avoir une visibilité sur la hiérarchie. L’important, c’est d’où on commencera, continuer à grimper et se rapprocher du top.

Sur quelle partie peut se faire la différence avec la nouvelle voiture, est ce que vous le savez déjà ?

Il y a tout à travailler parce que tout est nouveau. La seule chose qu’on a gardée c’est le volant et les pédales, il n’y a rien d’autre qui a été conservé. On a un nouveau moteur, un nouveau châssis, un nouvel aéro, des nouveaux pneus, des nouvelles jantes, des nouveaux freins, tout est nouveau. Il n’y a plus rien qu’on a gardé des anciennes voitures donc c’est hyperintéressant. Il y a beaucoup à comprendre.

Esteban Ocon dans sa nouvelle Alpine A522 lors des essais de pré-saison à Barcelone.
Esteban Ocon dans sa nouvelle Alpine A522 lors des essais de pré-saison à Barcelone. - Marco Canoniero/Shutterstock/SIPA

Et concernant le moteur, certaines rumeurs disent qu’Alpine a mis le paquet sur la puissance, peut-être au détriment de la fiabilité ?

On est supposé avoir une essence moins performante avec l’éthanol et le bio carburant, donc je pense que pour tout le monde c’est un petit coup sur la puissance. Mais pour l’instant le moteur se comporte très bien, il n’y a pas eu de problème et je touche du bois. 

Comment percevez-vous l’attrait grandissant pour la F1, est-ce un des effets de la série Netflix ?

Oui c’est super que la F1 redevienne un sport qui plaît autant dans le monde, et en France. Oui la série Netflix a énormément aidé. Je fais partie de quelques saisons, ça a aidé à la notoriété, mais ce n’est pas quelque chose qui me change personnellement. Je reste le même, je fréquente toujours les mêmes personnes, là-dessus il n’y a pas de souci. Mais quand on arrive à l’aéroport, ou que je vais au supermarché, des gens me reconnaissent. Mais c’est toujours bienveillant et hyper sympa.

Est-ce que la série a contribué à votre signature chez Renault, devenu Alpine depuis ?

Alors je ne vais pas dire que c’est tout grâce à Netflix, mais oui je pense que ça m’a remis dans la lumière à un moment où c’était un peu sombre. La série est sortie en décaler, à un moment où on ne parlait pas beaucoup de moi. Tout simplement parce que j’étais dans le simulateur, que je travaillais dans l’ombre. Ça m’a fait ressortir un petit peu.

Est-ce que la nouvelle génération participe à cet attrait pour la F1 ? Est-ce que c’est la même approche que les anciens ?

Fernando Alonso, mon équipier, a une approche assez jeune. Mais oui, la F1 est la plus jeune qu’elle a été depuis un certain moment. C’est clair qu’on a eu une génération dans laquelle on s’est battu très trop avec Charles, Max, avec Pierre, avec Alex Albon, Lando Norris. On était tous dans les mêmes catégories, dans les mêmes paddocks, au même moment depuis 2010. On se bat sans relâche dans toutes les catégories. Ça nous a forgés, à devenir qui on est maintenant, et maintenant on est tous en F1 donc c’est excellent. Mais oui il y a une nouvelle mentalité en F1 qui arrive de plus en plus.

C’est quoi cette nouvelle mentalité ?

Moi par exemple je ne compte pas mes heures, tout simplement. Si je dois aller trois fois par semaine au simulateur j’y vais, si je dois aller faire quelque chose pour la marque, à l’usine à Dieppe, je vais y aller sans problème. On se sent privilégié d’être en F1 et puis on prend du plaisir.

Les F1 ont encore pris 40 kg par rapport à la saison dernière, n’est-ce pas frustrant pour les pilotes, à la recherche de la performance maximale ?

Oui c’est vrai que ça prend du poids depuis quelques années, avec l’hybridation, la sécurité, avec ces nouveaux pneus, ces nouvelles jantes, ça fait que oui, les F1 deviennent de plus en plus lourdes. Mais c’est le futur qui est comme ça, même les voitures de route sont comme ça. Il n’y a plus que l’Alpine A110 qui est très légère, sinon elles sont toutes au-dessus d’1.3, 1.4 tonnes. Pour l’instant ces voitures sont un peu moins rapides que les anciennes, mais elles vont très rapidement devenir plus rapides que la règle précédente.

Est-ce que votre victoire en Hongrie l’année dernière vous donne l’ambition de retrouver la plus haute marche du podium cette saison ? 

C’est toujours l’objectif, c’est toujours ce que je veux accomplir. Je ne suis pas là pour participer, mon objectif c’est de gagner et, à terme, être champion du monde. Mais c’est clair qu’on a beaucoup de travail. On ne sera pas champion du monde cette année, mais ce qu’on veut c’est progresser et rattraper ce déficit qu’on a par rapport aux meilleurs. J’ai la chance d’être là pendant quelques années, ça, c’est signé, c’est acté. Il faut qu’on construise ces performances-là, c’est l’objectif. Mais c’est clair que la course en Hongrie, c’est 20 ans de travail pour en arriver ici et se procurer cette position. Ça m’a fait hyper plaisir et ça restera gravé.

Comme la façon dont Alonso s'est défendu devant Hamilton pour l'empêcher de vous rattraper ?

Fernando, ce n’est pas pour moi qu’il a fait ça, ce n’est pas non plus pour l’équipe, c’est pour se battre parce qu’il a l’âme d’un compétiteur et il ne voulait pas se faire doubler. Il a fait ce qu’il a pu et ce qu’il a voulu, et il est très dur à passer. Il a fait une défense exceptionnelle, on a gagné cette course et c’est le plus important.