Open d’Australie : « Je devais lutter jusqu’au bout », Nadal et les 21 Grands Chelems, un record hommage à sa résilience

TENNIS – L’Espagnol a réussi à renverser Medvedev dans une finale gigantesque, dépassant Federer et Djokovic avec 21 Grands Chelems dans son armoire à trophée

Julien Laloye
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Rafael Nadal peut mordre dans ce trophée bien mérité.
Rafael Nadal peut mordre dans ce trophée bien mérité. — FIONA HAMILTON / TENNIS AUSTRALIA / AFP
  • Rafael Nadal est venu à bout de Daniil Medvedev à l'issue d'une finale d'anthlogie, remportée 7-5 au cinquième set après plus de cinq heures de jeu.
  • L'Espagnol devient le premier joueur à dépasser la barre mythique des 20 Grands Chelems, une longueur devant Federer et Djokovic.
  • Un record dont il ne fait pas une obsession, même s'il aura l'occasion de creuser un peu plus l'écart à Roland-Garros.

S’il faut raconter un jour Rafael Nadal à nos petits-enfants, on commencera par ce chef d’oeuvre-là. Qu’il finisse à 21, 22, ou 23 Grands Chelems, que Djokovic repasse devant ou pas, peu importe. On commencera par ça. Et par se souvenir qu’à deux manches à rien pour Medvedev dans cette finale de l’Open d’Australie 0222, les statistiques donnaient 4 % de chances à Nadal de l’emporter.

Et même un peu moins à 0-40 sur son service et 3-2 pour le grand escogriffe russe qui le martyrisait dans tous les coins du court. Croire en Nadal et ses dix ans de plus à ce degré de solitude, malgré le souvenir de sa vieille complicité avec la victoire, c’était risquer l’internement à l’hôpital Sainte-Anne sans préavis.


Dire qu’il sort de six mois sans jouer

On sait depuis longtemps que l’Espagnol n’est pas le genre d’homme à cultiver la résignation, mais quand même. Rappelons d’où il vient, juste comme ça : six mois sans jouer à cause de cette foutue douleur au pied gauche qui empoisonne son existence depuis ses jeunes années. Le syndrome de Muller-Weiss que ça s’appelle, une sorte de nécrose des os du pied, qui avait valu à un médecin clairvoyant d’annoncer au jeune homme qu’il ne ferait jamais carrière à haut niveau.

Bref, le pied gauche n’en menait pas large l’été dernier, et on se souvient encore d’avoir vu Nadal en béquilles à la rentrée. Il paraît même que le Majorquin s’est tâté à venir après le Covid Long qui a fichu en l’air une préparation déjà tronquée fin décembre. Une bonne tranche de rigolade, oui.

5h24 de jeu dimanche et devinez qui gambadait comme un prisonnier en permission dans le cinquième set, pendant que le numéro 2 mondial ahanait comme une vieille carne à chaque échange un peu long ? Don Rafael Nadal lui-même, monument de résilience quand les matchs s’étendent dans des longueurs Proustiennes. A le voir sulfater le court en coup droit sur le dernier jeu, on s’est mêmes surpris à penser qu’il en avait encore sous le biceps, le bougre. 21 Grands Chelems, donc, devant Federer et Djokovic, qui s’ils ont peut-être jalousé Rafa devant leur télé, n’ont pas montré une once d’aigreur sur les réseaux.

Les félicitations de Federer et Djokovic

Le premier a salué « l’incroyable éthique de travail, l’engagement, et la combativité » de Nadal, « un exemple pour moi et pour tant d’autres » quand le second, renvoyé dans ses pénates après le sketch administratif que l’on sait, a félicité l’Ibère pour cet « exploit incroyable, où son impressionnante combativité a prévalu une nouvelle fois ». C’était dur de dire autre chose, évidemment.


Même Medvedev a réussi à en rigoler sur le court lors de la cérémonie protocolaire : « On a fait un super match et tu as réussi à élever encore ton niveau dans les deux derniers sets, mais j’ai envie de te demander, tu n’es pas fatigué ? ».

Fatigué, certainement, vu comment il s’est écroulé sur le tapis de récupération en rentrant aux vestiaires, mais toujours un peu moins que l’adversaire. « Il y a eu plusieurs moments critiques, reconnaissait le héros de Melbourne. Mais j’ai été tant de fois dans la situation inverse ici, devant au score et finalement perdant [en 2012 et en 2017], que je me suis dit tout le match que je n’avais pas le droit de ne pas lutter jusqu’au bout ».

Pour ce qui est du record dont tout le monde parle, il ne fallait pas s’attendre à un coming out plein d’arrogance du champion le plus humble du circuit ou pas loin, rapport titres/caprices de diva. « Je vais être clair, si je veux terminer ma carrière avec plus de Grands Chelems au palmarès que les autres. Mais je crois aussi qu’on ne peut pas passer son temps à regarder si le voisin a une maison plus grande que la tienne ». Pour l’instant, la plus grande est dans son jardin, avec possibilité d’extension au printemps dans le 16e arrondissement de Paris.