PSG - Leipzig : Encore blessé, Neymar est-il cuit bouilli pour le très haut niveau ?

FOOTBALL Le Brésilien, touché aux adducteurs, a confié son usure mentale avant ce qui pourrait être la dernière Coupe du monde de sa carrière dans un an

Julien Laloye
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Neymar face à Manchester City, en septembre 2021.
Neymar face à Manchester City, en septembre 2021. — Matt Impey/Shutterstock/SIPA
  • Neymar, revenu touché de la trêve internationale, ne sera pas disponible pour le match de C1 contre Leipzig ce mercredi.
  • Le Brésilien, qui a confié un certain mal-être dans un documentaire tourné récemment, ne fait plus les mêmes différences qu’avant.
  • De quoi s’interroger sur son rendement, alors que le PSG vient de le prolonger jusqu’en 2026.

Un mot sur l’autre grande affaire qui occupe le vestiaire parisien, étant plus entendu que la première, le cirque de la prolongation de Mbappé, risque de nous consterner encore un petit moment. Enfin, un communiqué médical, plutôt : « Neymar Jr présente des douleurs aux adducteurs depuis son retour de sélection et devra prolonger une période de soins de quelques jours avant un retour normal avec le groupe ».

Douleur qui s’est réveillée au cours de la séance de lundi, a pris le soin de préciser en conf Pochettino, dans un souci du détail rare chez lui. On avait pourtant vu le Brésilien tout guilleret avec son bonnet lors des petits toros d’échauffement au Camp des Loges, en fin de matinée.

Incertain pour le « classique »

Une absence imprévue qui a le mérite d’être raccord avec sa fragilité du moment, énoncée par la star elle-même dans un extrait d’un documentaire paru ces jours-ci sur la plateforme DAZN, partenaire commercial privilégié de Neymar. L’athlète, en plein blues, y évoque un phénomène « d’usure mentale », sous-entendant clairement qu’après la coupe du monde 2022, ce sera direction l’écurie, tout du moins en équipe nationale.

Notez que ladite déclaration sent un peu la naphtaline, ce qui fait dire à notre consœur Isabelle Pagliari, proche du clan brésilien à Paris, qu’on brasse plus de vent qu’un parc d’éolienne en Cornouailles. « Le documentaire a été tourné au mois d’avril. Neymar n’avait pas prolongé et Lionel Messi n’était pas là. Il faut se remettre dans le contexte d’il y a six mois ».

Pour qui est familier des humeurs changeantes du « Ney », capable de forcer son départ pour Barcelone un jour et prolonger le lendemain, ou inversement, des états d’âme vieux de six moins, ça ne vaut pas tripette, en effet. Cela n’empêche pas les dirigeants parisiens de se faire du mouron en haut lieu, jusqu’à venir aux nouvelles pendant la trêve selon la presse brésilienne pour s’enquérir de la part de vérité du dit documentaire.

Des dirigeants parisiens inquiets ?

Neymar vient d’être prolongé jusqu’en 2026 contre une petite fortune, même à l’échelle qatarie, et si tout le monde s’est fait à l’idée que le génie ne fonctionnait plus que partiellement, Neymar facturant à peine 20/25 matchs de L1 par an depuis son arrivée, il était tout de même convenu que l’ancien prodige du Barça vole sur la pelouse, le reste du temps.

Or, ce n’est pas une soirée inspirée face au cadavre de l’Uruguay qui est de nature à changer une dynamique profonde, et sa perception. Neymar, trois buts en 2021 si on enlève les penaltys et les cadeaux de la VAR, n’avance plus. Encore meilleur dribbleur de L1 avec deux trains d’avance la saison du confinement, le Brésilien tombe désormais régulièrement en-dessous des 50 % de réussite en championnat, où son déficit athlétique chronique le rend de plus en plus impuissant en un contre un, comparé aux petits jeunes qui arrivent, style Doku ou Sulemana.

Parlant de comparaison, à ce point de l’article, que vaut le parallèle souvent convoqué avec la déchéance de Ronaldinho, le dernier grand « malandro » brésilien ? On s’est replongés par curiosité dans un épisode génial de l’émission espagnole Informe Robinson, qui détricotait la fin de l’histoire d’amour entre « Ronnie » et le Camp nou. Un témoignage plus profond que les autres, celui de l’ancien directeur technique du Barça, Txeki Begiristain :

« Tout a commencé à se compliquer après la coupe du monde 2006. C’était des petits détails à chaque fois : il prenait plus de coups et mettait à chaque fois plus de temps à revenir, il réussissait de moins en moins de dribbles, et ne marquait plus que sur coup de pied arrêté ». Le fameux coup de rein qui s’évapore l’air de rien, permettant au défenseur lambda de se refaire la cerise sur dix mètres. Damien Da Silva l’an passé, par exemple, dans une séquence très commentée.

« Il est déjà en passe de perdre sa vitesse »

Neymar en serait là, lui dont l’hygiène de nuit certes discutable ne peut en aucun cas être assimiliée aux lupanars orgiaques organisés pour son aîné au mitan des années 2000. Un magicien déshabillé par ses adversaires à même pas 30 ans, loin de ce Ballon d’or qui devait le consacrer après Messi et CR7. Pas grand monde ne l’épargne, au juste. Samir Nasri, début septembre, après un nul insipide à Bruges. « On sent qu’il n’est pas encore bien physiquement. On le sent dans ses courses. D’habitude, c’est quelqu’un qui a une facilité pour éliminer. Et même dans la vitesse. A un moment, Paredes lui met un ballon dans la profondeur, on avait l’impression qu’il n’avançait pas trop ».

Tout est dans le « pas encore bien physiquement » : lui arrive-t-il encore de l’être, alors que chaque pépin le condamne à courir derrière une condition physique optimale, et que chaque blessure de longue durée rend illusoire l’espoir de la rattraper, un cercle vicieux qui peut le rapprocher des malheurs d’Eden Hazard, à Madrid ? Et quand bien même, que vaudrait le Neymar de 29 ans à 100 % de ses capacités, après des centaines de matchs à se faire martyriser les chevilles depuis ses 16 ans ?

« Il est déjà en passe de perdre sa vitesse, son agilité, estime l’ancien bordelais Jussié, chez nos confrères de l’Equipe. Il sent venir le truc, il est comme l’animal qui sent la présence du chasseur. C’est un provocateur, un créateur, qui est en train de perdre tout ça. Il sent la bascule arriver, donc il va changer quelque chose ». Un plus grand investissement défensif les soirs qui comptent, comme face à City, un recentrage plus proche du but, peut-être, comme tous les grands attaquants qui vieillissent. Voilà pour le regard extérieur.

Messi et Neymar sont dans un bateau, un seul tombe à l'eau.
Messi et Neymar sont dans un bateau, un seul tombe à l'eau. - Michel Euler/AP/SIPA

Le souvenir du Bayern (et de l’Atalanta)

Et le sien ? Les habitués racontent un joueur épanoui dans son quotidien parisien, fou de joie d’être de nouveau réuni avec Lionel Messi, et tout entier concerné par la conquête de la Ligue des champions. La remise à plat du fonctionnement du club, notamment la meilleure collaboration entre staff médical et performance, ces améliorations « invisibles pour vous les journalistes mais qui sont la preuve que les choses se font correctement », selon Pochettino, est aussi de nature à rassurer le Brésilien sur ses dispositions physiques, lui qui n’hésite pas à s’afficher dans une chambre hyperbare sur ses réseaux sociaux, quand il n’utilise pas des bottes de pressothérapie, pour aider au drainage et favoriser la circulation sanguine.

Et nous concernant, on se gardera de tout jugement définitif. La dernière fois qu’on avait joué de la mandoline sur sa date de péremption au très haut niveau, Neymar avait estourbi le grand Bayern à l’aller et au retour. Sans doute sa plus belle performance depuis ce quart de finale irréel contre l’Atalanta Bergame à l’été 2020, record de dribbles explosé sur un match de Ligue des champions. Peut-être un peu tôt pour le ranger dans le placard à vieilleries, non ?