Leipzig - PSG : « On fait pas le même sport »... Neymar plus que jamais au sommet de l'art du dribble

FOOTBALL Contre l'Atalanta, Neymar a hissé l'art du dribble à des sommets jamais atteints en Ligue des champions

William Pereira

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Neymar, do Brasil
Neymar, do Brasil — Rafael Marchante/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Lisbonne,

Loin de nous l’idée de vouloir blasphémer, mais quand on repense au bandana « 100% Jesus » de Neymar aux Jeux Olympiques de Rio, on se demande s’il faisait allusion à sa foi ou sa propre capacité à marcher sur l’eau. Aptitude dont il fait régulièrement preuve quand il s’en donne les moyens, comme mercredi dernier à Lisbonne pour détruire l'Atalanta​ et palier toutes les carences collectives de son milieu de terrain. 16 dribbles réussis sur 22 tentés, 70 % de réussite, un record en Ligue des champions. Une masterclass, comme il est d’usage de dire, pour asseoir son statut de roi du dribble. Comme le dirait Karim Benzema : « Top 5 des meilleurs dribbleurs au monde ? Neymar. Je vais m’arrêter à Neymar. »

« C’est un magicien, le mec ! »

Tout ceci ressemble à un gros enfonçage de portes ouvertes, mais il est important de rappeler qu’à son niveau et dans son style, Neymar n’a pas d’égal. On se permettra d’ignorer la statistique qui veut que Sofiane Boufal soit le meilleur dribbleur européen en 2020 devant Neymar selon un décompte de L’Equipe (11,5 contre 10,9), d’autant plus qu’il s’agit là de dribbles tentés et non réussis.

Dans la caste des joueurs fantasques, non plus, on n’hésite pas. Le meilleur dans cet art, c’est bien Neymar (t). Nicolas Lansalot, réalisateur de Dribbleurs diffusé cette année sur RMC Sport : « c’est une référence à l’heure actuelle sur le circuit. Sur les joueurs et anciens joueurs à qui on a parlé c’est vrai que Neymar est assez souvent et parfois spontanément cité comme étant le meilleur dribbleur. » Un constat partagé par Jérôme Rothen, qui commente en ce moment le Final 8 sur la chaîne.

« Franchement quand je vois Neymar sur le terrain je me dis "mais merde, on n’a pas fait le même sport". Encore, le un contre un, tu peux mystifier tes adversaires, ok. Mais quand tu commences à dribbler deux, voire trois mecs qui viennent sur toi, parce que contre l’Atalanta c’est ce qu’il se passait. Parfois ils venaient à trois sur lui et il arrivait à s’en sortir. T’imagines tout ce qu’il faut mettre en place pour dans un petit périmètre éliminer trois joueurs ? Il faut aller vite, allier la technique, le talent, la vista, la vision. Parce qu’il y a la vision, c’est surtout ça. Quand t’es sur le terrain ça va beaucoup plus vite qu’à la télé. Et t’as pas la même vision, c’est beaucoup plus resserré. Donc imagine toutes ces facultés rassemblées en un seul joueur. Que veux-tu que je dise ? C’est un magicien le mec. »

Contrairement à un joueur comme Lionel Messi, qui ne s’en sert « que » pour avancer vers le but – c’est déjà pas mal – Neymar utilise le dribble à plusieurs fins. Avancer, exprimer son leadership technique et même se venger des taquets qu’il bouffe à longueur de matchs. Lansalot : « Ce qu’on voulait aborder dans le doc, c’est l’insolence du dribble. Il y a eu beaucoup de polémiques autour de ses supposées provocations. Il y a toujours eu deux écoles qui s’affrontaient sur le cas Neymar. Ceux qui disent qu’il dribble presque toujours au détriment de la simplicité du jeu, et ses partisans à lui. Aucun dribbleur ne dit qu’il manque de respect à l’adversaire. Les dribbleurs sont assez extatiques sur sa capacité à faire le spectacle et à répondre à la provocation par le spectacle. »

Dribble = carton jaune ?

Les arbitres en sont un peu moins friands dans nos contrées, et pour rebondir sur le sujet de la polémique, on peut difficilement ne pas parler de ce fameux PSG-Montpellier où le Ney s’était fait remonter les bretelles pour excès de dribbles. Absurde. « Tu peux lui reprocher d’avoir des dribbles superflus, de vouloir en rajouter et de vouloir humilier l’adversaire, nous dit Rothen. Mais je pense que lui c’est pas son intention à lui. Lui, il a juste envie de s’amuser. »

L’ancien finaliste de la Ligue des champions à Monaco est dans le vrai. Les personnes qui l’ont côtoyé de près ou de loin vous le diront, Neymar cherche toujours à se faire plaisir sur un terrain. « Neymar a besoin de s’amuser pour être à 100 % », nous disait Dhonatan, un ancien coéquipier au centre de formation de Santos, l’année de sa signature à Paris. Les pièces du puzzle s’emboîtent. Rothen, encore : « Le PSG ne pourra gagner la Ligue des champions qu’avec un Neymar à ce niveau. » Avec un Neymar heureux, donc. Et un Neymar qui dribble. Forcément.