PSG-Barça : Entre nuits blanches et gaming, la convalescence relax qui renvoie Neymar à ses vieux démons

FOOTBALL A bientôt 30 ans, l'éternelle adolescence de Neymar demeure un frein à sa route vers le sommet, y compris quand il s'agit de soigner ses blessures

William Pereira

— 

Neymar
Neymar — David Vincent/AP/SIPA
  • Neymar sera absent contre le Barça au Parc des Princes mercredi.
  • Une vieille habitude pour le Brésilien en 8es de finale de Ligue des champions depuis son arrivée à Paris.
  • Au vu de ses données de sommeil, le crack du PSG n'a pas vraiment mis toutes les chances de son côté pour être sur pattes et aider Mbappé et les autres.

Fausse stupeur au Camp des Loges, où la nouvelle est tombée mardi matin comme un mauvais feuilleton. Neymar ne figurera pas dans le groupe pour le 8e de finale retour de Ligue des champions face au Barça, une vieille habitude à ce stade de la compétition. On ne saura jamais s’il se serait remis à temps de sa blessure aux adducteurs vieille d’un mois avec l’hygiène de vie de Cristiano Ronaldo​, en revanche, on peut affirmer que le Brésilien n’a pas mis toutes les chances de son côté pour aider ses potes à terminer la besogne contre son ancien club. Car oui, même quand son seul boulot consiste à bien se reposer, le Ney a du mal à s’y tenir.

Il n’y a qu’à fouiller son profil Face It, une plateforme indépendante pour les compétitions de jeux vidéo en multijoueur, pour constater l’incompatibilité entre les heures auxquelles la star parisienne succombe à son péché mignon et la vie que devrait être celle d’un homme approchant la trentaine désireux de dominer son sport. Car au risque de passer pour des boomers, on est à peu près sûr que le secret de la récupération physique ne se trouve pas dans des parties de CS:GO en 5v5 à 2h04. Où dans les live-tweets de la saison 21 de Big Brother do Brazil à quatre du mat’.

Une pensée pour les non-lusophones qui ont d’abord cru voir passer des messages codés sur l’avenir du Ney au PSG sur Twitter, avant de comprendre que le blessé de guerre balançait juste ses meilleures vannes sur les rares personnes à respecter un confinement dans le Brésil de Bolsonaro. Pour l’anecdote, le Parisien a eu son petit rôle à jouer dans l’élimination à 99 % de voix de la rappeuse Karol Conka, laquelle s’était attirée ses foudres après avoir mené une cabale contre un autre candidat. Neymar a ensuite fêté l'éviction de la pestiférée en grande pompe, en postant une photo de son tataouage « 99% de foi, 1% de chance », qui correspond à sa devise pré-remontada de 2017 (contre son employeur actuel). Bref, le genre d’histoire qui élève bien haut l’humanité et dont on se demande si elle valait bien la peine de foutre en l’air sa convalescence.

L'ennemie numéro 1 de Neymar pendant sa convalescence
L'ennemie numéro 1 de Neymar pendant sa convalescence - Fotoarena/Sipa USA/SIPA

Nuit de sommeil vs gadgets hypersophistiqués

On grossit le trait, mais en fait pas trop. Car lorsqu’il s’agit de récupération musculaire, le sommeil est la base de tout, nous dit Xavier Frezza, préparateur physique chargé d’une vingtaine de joueurs professionnels en Ligue 1 et à l’étranger. « S’il n’y a qu’une chose à garder, c’est le sommeil. Et c’est ce que beaucoup de sportifs peuvent parfois oublier. Ils peuvent avoir l’impression d’avoir bien fait les choses parce qu’ils ont fait un bain froid, un massage, etc., tout en se couchant très tard. Mais c’est faire les choses à l’envers. »

Neymar fait donc les choses à l’envers quand il veut réduire ses détracteurs au silence en partageant un article explicatif sur son site officiel à propos de sa thérapie miracle à base d’oxygène dans une chambre hyperbare où la pression interne est, peut-on lire, supérieure à la pression atmosphérique et favorise la récupération. Non pas qu’elle soit en soi inefficace, de même que les siestes qu’il revendique pour contrebalancer ses nuits d’étudiant en fac de socio. Simplement, le fait d’être déphasé amenuise le rendement du cérémonial. Frezza :

« En caricaturant un peu, si un joueur se couche à 4h du mat et qu’il doit être au centre d’entraînement à 10h, que fera-t-il ? Il sera debout à 8h, 8h30, ce qui correspond à une nuit de quatre heures. C’est très insuffisant. Ensuite, il va rentrer chez lui en milieu d’après-midi et redormir en journée les quatre ou cinq heures qui lui manquent. Et il va commencer sa journée à 20h. On ne peut pas aller à l’encontre de la nature, l’être humain est constitué pour dormir la nuit. D’autre part, la base de l’entraînement c’est d’affaiblir le corps pendant la séance, pour qu’il redevienne plus fort quand il se régénère. Mais pour ça il lui faut de la récupération par le sommeil et l’alimentation. Si on l’affaiblit en ne lui donnant pas ce dont il a besoin, au mieux on restera au même niveau, au pire on l’affaiblira jusqu’à la blessure, parfois à répétition. »

La théorie du bonheur

Le volet joie de vivre a toujours empiété sur la santé de Neymar… parait-il pour son bien. L’une des grandes théories avancées par l’entourage du joueur veut que celui-ci doive être heureux pour exprimer pleinement son potentiel d’artiste sur le terrain, et qu’une vie monacale aurait de terribles conséquences sur son moral. « La vie d’un footballeur ce n’est pas que le football, et le père de Neymar l’a très vite compris, illustrait ainsi Dhonatan, ancien coéquipier du centre de formation de Santos. Il acceptait toujours qu’il y ait des amis à la maison, il voulait qu’il ait du temps libre, qu’il s’amuse, qu’il décompresse. »

Cette vieille habitude a de toute évidence résisté à l’adolescence : le Ney ne s’est jamais défait des « Toiz » avec qui il mène une vie de telenovela. Une relation au mieux un peu malsaine, au pire toxique où tout le monde veut faire la fête en espérant que l’apogée du mega-crack dure le plus longtemps possible, et que l’ancien entraîneur du Brésilien Muricy Ramalho met sur le compte d’une amitié à la Sud-Am que nous, européens, ne pouvons pas comprendre. Bah voyons.

« Le Neymar qui ne joue pas éclipse celui qui joue »

Tout ceci ressemble fort à une bien belle excuse. Les meilleures années du périple européen de Neymar – au Barça – restent celles où il a fait les choses à peu près correctement (à son échelle personnelle). Tendance reflétée par le nombre de matchs joués par saison : sa meilleure saison en Ligue 1 (20) n’égale même pas de près sa pire en Liga (26). La liberté et le bonheur des années parisiennes nous gratifient bien de quelques masterclass européennes, sans pour autant permettre au Ney d’aspirer à la continuité. Et on en vient au grand drame de ce joueur.

Comme l’écrivait il y a deux ans le journaliste d’O Globo, Carlos Eduardo Mansur, « le Neymar qui ne joue pas crée des souvenirs qui éclipsent le Neymar qui joue. » C’était vrai après l’élimination contre Manchester, ça le sera toujours mercredi soir en cas de nouveau désastre. Son récital à Old Trafford ou son gros match au Parc contre Basaksehir seraient éclipsés par la énième blessure l’ayant empêché de défendre les ambitions de son club en 8es. Et à 29 ans, il sera peut-être temps de se demander si le Ney ne passe pas sa carrière à gâcher le plus beau talent d’une génération.

Neymar en pleine séance de cryothérapie
Neymar en pleine séance de cryothérapie - Christophe Ena/AP/SIPA

Tout est bien sûr loin d’être fini, et le scénario probable, celui d’une qualification du PSG en quarts lui redonnerait une chance de poursuivre sa quête du Ballon d’Or. Mais un vent de résignation souffle déjà au Brésil, où l’on est d’avis à dire qu’il a déjà perdu beaucoup de temps. Felipe Saad, en mode ambassadeur : « A force, les Brésiliens ne sont même pas en colère, ils ont juste de la peine pour Ney. C’est notre meilleur joueur et de loin, tout le monde le kiffe mais avec l’enchaînement des épisodes négatifs en termes d’image… les gens trouvent ça dommage pour lui. Ils rêvaient qu’il soit élu meilleur joueur du monde et tout le monde pensait que c’était inéluctable. Et là, il arrive à la trentaine. »

Passée la barre symbolique, il ne sera plus question d’être le meilleur mais de longévité. Xavier Frezza : « il a un tout petit peu de marge dans le sens où il n’a pas encore 32-33 ans, mais plus on vieillit et plus le sommeil a de l’impact sur les performances ». Tout n’est donc pas cuit pour Neymar, mais il ne faudrait pas repousser davantage la date du passage à l’âge adulte sous peine de passer directement au temps des regrets. Bientôt, il sera trop tard pour poser la manette et quitter le fuseau horaire de Rio.