« Du talent partout »… Pourquoi la Ligue 1 est particulièrement emballante cette saison

FOOTBALL Et on ne parle pas de l'arrivée de Lionel Messi, promis

Nicolas Camus et Antoine Huot
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La joie des Lensois, deuxièmes de Ligue 1 après 9 journées disputées.
La joie des Lensois, deuxièmes de Ligue 1 après 9 journées disputées. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Après neuf journées, la Ligue 1 affiche une moyenne de buts bien plus élevée que les saisons précédentes.
  • Au-delà de ce constat chiffré, le jeu proposé par la grande majorité des équipes est de qualité, ce qui n’a pas toujours été le cas dans notre championnat.
  • Entre le retour du public et des entraîneurs aux idées bien arrêtées, « 20 Minutes » fait le tour des explications possibles à cette embellie.

On ne sait pas vous, mais nous on l’aime beaucoup cette « saison d’après ». Avec moins de moyens mais un public de retour, enfin quand certains énergumènes veulent bien laisser les vrais supporters tranquilles, la Ligue 1 version 2021-2022 est partie sur de sacrées bonnes bases. Beaucoup de buts, peu d’amendes pour stationnement de bus illégal dans sa surface, de beaux talents qui émergent… On fait le tour des bonnes nouvelles de ce premier quart de championnat, en laissant un peu de côté le PSG, pour une fois, mais avec l’éclairage d’Edouard Cissé, qui écume les terrains de L1 cette saison en tant que consultant Amazon Prime Video.

> Les stats ne mentent pas

Commençons par quelques chiffres, histoire de poser le débat. Tous les indicateurs montrent un spectacle en hausse sur les pelouses françaises en ce début de saison. Le nombre de buts, déjà, avec 258 réalisations dont en neuf journées (seulement trois 0-0 relevés par nos services), contre 244 la saison passée. Pour ne rien gâcher, ils ont été davantage inscrits dans le jeu puisqu’on compte 11 penalties de moins cette saison. La moyenne de buts par match (2,87) est ainsi la plus élevée depuis 10 ans, et – au passage - supérieure à celle de la Premier League, par exemple (2,6 après sept journées).

Autre donnée intéressante, relevée par L’Equipe samedi, on voit en moyenne 40 ballons disputés par match dans la surface adverse, contre 32 il y a 10 ans. Loin d’être anodin. Et la Ligue 1 ne doit pas tout ça qu’au PSG de Messi, Neymar et Mbappé. Pour l’instant, les meilleurs buteurs se nomment Laborde, Bayo, Gouiri ou Blas, avec les plus attendus Ben Yedder et David.

> Des supporteurs dans un stade, ça change tout

Quelle plus belle nouvelle que la fin des huis clos ? Réentendre les chants, les applaudissements, même les insultes, allez, ça nous a mis les poils. « Jouer dans un stade plein, ça motive et transcende les joueurs, assurait le coach brestois Michel Der Zakarian en août. Ils ont tendance à se sublimer et aller chercher le plus loin possible dans leurs tripes. » Pas étonnant, donc, que certaines équipes à domicile fassent le spectacle en toute fin de match, comme Saint-Etienne face à Lyon ou Angers contre Metz, rien que pour le dernier week-end. « Ça galvanise les joueurs, mais ça pousse aussi les entraîneurs à produire du jeu pour les supporters, ne pas être gagne-petit, souligne Edouard Cissé. On prend plus de risque devant du public et c’est une bonne chose. »

> Nos coachs ont du talent

Franck Haise à Lens, Christophe Pélissier à Lorient, Laurent Batlles à Troyes, Pascal Gastien à Clermont… Avec ces entraîneurs, on ne s’ennuie plus lors du multiplex du dimanche après-midi. Les deux premiers nommés confirment tout le bien qu’on pensait d’eux, les deux derniers ne sont pas montés en L1 pour fermer le jeu. « Haise, il galvanise son équipe, c’est très structuré, avec l’ajout de recrues qui sont faites pour ce club. Tout ça se révèle par le jeu, dans un système clair pour libérer les énergies de chacun », analyse Cissé, qui salue également « l’état d’esprit » des promus.

« C’est leur ADN de jouer ainsi. Maintenant, il faut juste bien intégrer le fait que chaque occase concédée ça peut faire but en face, contrairement à la Ligue 2. Mais on peut gagner en rigueur sans se renier, et il ne faut surtout pas qu’ils le fassent », juge-t-il. A priori, on peut être rassuré. La fin des discours sur le bétonnage à tout prix pour rivaliser, on achète tous les jours.

> L’OM et l’OL ont des projets bien identifiés

On peut saluer le boulot des techniciens de chez nous tout en reconnaissant la qualité d’idées venant de l’étranger – on ne vise personne bien sûr. Les Lyonnais sont 10e avec 13 points, mais le sentiment général est que le plan de jeu de Peter Bosz, obnubilé par l’occupation du camp adverse, finira par porter ses fruits. L’OM de Sampaoli, fait de polyvalence et de pressing tout terrain, est lui capable de tout, mais l’avantage du panache est qu’on retient plus les fois où ça marche que l’inverse.

« Il fallait du caractère et de la personnalité pour prendre ces deux équipes. Ce sont des entraîneurs qui emmènent leurs joueurs avec eux, qui ont besoin d’une adhésion totale, note le consultant. C’est une mentalité un peu différente, avec ce côté tout ou rien, mais c’est excitant. » Ces deux coachs ont en commun d’avoir réussi à s’acheter un peu de temps pour s’installer.

> La jeunesse est éternelle

L’Angleterre ou l’Allemagne pourront, chaque année, venir dépouiller nos clubs de leurs plus belles pépites, rien n’y fera. Niveau développement durable, la Ligue 1 est un cran au-dessus. Dia parti à Villarreal ? Faites entrer Kebbal (23 ans) et Ekitike (19 ans). Hilton à la retraite ? Une petite place pour Estève (19 ans) s’il vous plaît. Bahoken et Diony pas au niveau ? Sortons du chapeau Cho (17 ans). Cette saison, peut-être plus que les autres, notamment pour des raisons économiques, les entraîneurs de nombreux clubs n’hésitent pas à faire confiance aux jeunes du centre de formation. 

L’ancien milieu du PSG, de Monaco ou de l’OM est d’accord avec ce constat, mais fait jouer son droit de réserve. « Je préfère ne pas les citer pour les laisser tranquille, dit-il. Mais c’est sûr que j’ai au moins 15 noms en tête qui ont moins de 24 ans et qui sont de très bons joueurs. Ça passe par une confirmation dans les deux, trois saisons à venir, bien sûr, et d’ailleurs ce serait top de les garder en France. Beaucoup ne sont pas dans les gros clubs, ils peuvent aller dans une équipe plus huppée, qui joue l’Europe, s’en servir comme tremplin et ne partir qu’après. »

> Ça joue de partout

Franchement, la saison dernière, on préférait se faire en replay « Le Jour du Seigneur » plutôt que regarder certaines équipes de L1, comme Nantes, Angers, Strasbourg ou Bordeaux. Alors, rien n’a changé pour les Girondins, mais pour les autres… Même un City-Liverpool ne nous ferait pas flancher. « Arrêtons le french bashing, lance Cissé. J’ai pas mal tourné dans les stades, j’ai vu du talent partout. Il y a de la matière en France, et pour faire mieux encore. »

Le Joga Bonito du FCN, le tiki-taka du SCO et le Bayern de Strasbourg nous régalent. Si on ne sait pas par quel miracle Nantes a changé à ce point sans rien changer (même entraîneur, même joueurs), Angers et le Racing ont fait appel à Baticle et Stéphan pour guider les peuples, en remplaçant les traditionnels Moulin et Laurey, repartis en L2. Et puis, il fallait bien que des jugadorazos comme Blas, Fulgini ou Ajorque aient enfin leur heure de gloire.

> Les gros se réveillent enfin

Il était arrivé avec une énooooorme défiance des supporteurs, après le départ de Christophe Galtier. Et les premiers résultats n’ont rien arrangé (défaite face à Lorient et dans le derby contre Lens). Mais, petit à petit, Jocelyn Gourvennec et le Losc reviennent dans la course à l’Europe, portés par la renaissance de Jonathan David : un but en huit matchs, puis cinq lors des quatre derniers matchs. 

Même chose à Monaco. Hormis les difficultés de son nouveau gardien à faire des arrêts, on n’avait pas bien compris pourquoi l’ASM 5 étoiles de la saison passée, qui n’a pas beaucoup changé, avait connu un début de championnat compliqué. Mais Aurélien Pogba Tchouameni et consorts semblent à nouveau dans le droit chemin. « La Ligue 1 a besoin d’équipes fortes et régulières. Ça densifie vraiment le championnat, et fait monter le degré d’exigence pour tout le monde. » On n’est peut-être pas encore en Premier League, mais pour une Ligue 1 dont on aime se moquer, pour l’instant on se régale.