XV de France : Mais qu’est-ce qui sépare encore nos jeunes Bleus du top niveau mondial ?

RUGBY Après une décennie noire, les Bleus font de nouveau peur à l’approche de la Coupe du monde 2023 en France. Mais il leur manque encore quelques éléments pour rivaliser avec les meilleurs

Nicolas Stival
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Anthony Jelonch et le XV de France, après une nouvelle défaite encourageante face à l'Australie, le 17 juillet 2021 à Brisbane.
Anthony Jelonch et le XV de France, après une nouvelle défaite encourageante face à l'Australie, le 17 juillet 2021 à Brisbane. — Patrick Hamilton / AFP
  • Avec une équipe B voire C, le XV de France a tenu la dragée haute aux Australiens en tournée. Mais elle a encore perdu deux matchs dans les derniers instants.
  • Les test-matchs de novembre, en particulier le choc contre la Nouvelle-Zélande, permettront d’en savoir plus sur le réel niveau d’une formation régulièrement chamboulée par les spécificités du rugby français et la crise sanitaire.

Un jeu enthousiasmant, un incroyable vivier dans lequel il suffit de plonger la main pour pêcher un ouvreur ou un 3e ligne de talent et, par conséquent, des compliments qui pleuvent du monde entier. Depuis le début de l’ère Fabien Galthié, lors du Tournoi des VI Nations 2020, le XV de France n’est plus l’homme malade de l’ovalie, qui avait glissé à une pitoyable 10e place mondiale en 2018 puis en 2019. Du jamais vu dans une discipline où l’élite planétaire est historiquement resserrée.

Finis les nuls contre le Japon ou les défaites contre les Fidji. La tournée en Australie a encore prouvé qu’avec les 3e voire 4e choix (pour ne pas dire plus à certains postes), l’équipe tricolore, désormais cinquième au classement de World Rugby, pouvait rivaliser. « Elle est de nouveau parmi les meilleures du monde, assène le sélectionneur, le torse bombé, dans un entretien à l’AFP. Depuis deux ans, elle a gagné en Ecosse, au pays de Galles, en Irlande, en Australie, et quand elle s’incline en Angleterre c’est sur la dernière action. On nous appelait « le géant qui dort », ce n’est plus le cas. »

Mais ce n’est pas encore non plus « le géant qui gagne ». Le dernier titre des Bleus remonte au Tournoi 2010, conclu sur un Grand Chelem avec les Servat (désormais adjoint de Galthié), Dusautoir, Harinordoquy et Jauzion, désormais tous fringants quadras. Lancé dans sa quête d’une première Coupe du monde à décrocher à la maison, dans un peu plus de deux ans, le XV de France n’en a pas encore fini avec les fameuses défaites encourageantes.

Une question d’expérience ?

En Australie, il a chaviré dans les derniers instants lors des premier et troisième tests, avec une victoire historique aux forceps au milieu, la première depuis 31 ans. En 19 matchs disputés depuis la Coupe du monde 2019, on compte six défaites, dont cinq dans le « money time », comme on ne dit pas à Gaillac ou à Vic-Fezensac. Interrogé par 20 Minutes, Yann Delaigue met en exergue « l’inexpérience » pour expliquer ces récurrentes fins de matchs en eau de boudin.

« Sur le premier Tournoi, ça se joue à rien avec l’Angleterre, explique l’ex-ouvreur ou centre international. Notre équipe manque d’expérience à ce moment-là. Puis pour la Coupe d’Automne, de par les obligations par rapport à la LNR, on n’envoie pas l’équipe la plus compétitive à Twickenham en finale et malgré ça, elle va en prolongations [défaite, 22-19]. C’est encore une question d’inexpérience. Le Tournoi cette année a été très bizarre avec le Covid mais c’est quand même une bonne compétition, même si on loupe peut-être le coche [défaites dans les derniers instants  contre l'Ecosse puis en Angleterre]. Enfin, on croit aller « à poil » en Australie, et finalement on rivalise à fond, encore une fois avec beaucoup de jeunes. »

Le « petit Mozart », champion de France 1992 avec Toulon, à 19 ans à peine, est résolument optimiste et convaincu que les Bleus vont profiter « dès l’automne » des enseignements ingurgités jusqu’à présent. Si les blessures, compagnes indésirables mais incontournables des joueurs de rugby, ne s’en mêlent pas trop, Galthié pourra compter contre l’Argentine, la Géorgie et la Nouvelle-Zélande sur le retour de ces cadres ménagés cet été : de Dulin à Baille en passant par Fickou, Vakatawa, Aldritt, Ntamack, Jalibert ou Marchand.

Le Covid trouble la hiérarchie mondiale

Il « manquait 35 joueurs » aux antipodes, observe le sélectionneur, pas insensible aux performances de « Captain » Jelonch, Jaminet, Barlot, Woki, Danty et autres pendant cette campagne sous bulle sanitaire de l’autre côté du globe.

Les Bleus devront aussi s’améliorer dans la discipline, l’un des points noirs de la récente tournée, avant le rendez-vous crucial de 2023 pour espérer rivaliser avec les champions du monde Springboks et les inoxydables All Blacks. « Avec le Covid, c’est difficile de dresser un état des lieux du rugby mondial, indique Yann Delaigue. Avant d’accueillir les Lions britanniques, l’Afrique du Sud n’a plus joué depuis la Coupe du monde 2019. La Nouvelle-Zélande semble un peu au-dessus de tout le monde. »

Jeunesse dorée

Avec une jeunesse dorée, championne du monde U20 en 2018 et 2019, tous les espoirs semblent enfin permis après une décennie 2010 que les supporteurs tricolores ont passée à gémir de peine et de honte devant leur télé, leur chapeau coq sur les yeux. Même si certains postes (2e ligne surtout, ailiers à la rigueur) semblent moins fournis que tous les autres… Le match face aux Blacks, le 20 novembre au Stade de France devrait servir de sacré révélateur, à moins d’un an des retrouvailles en poules lors du Mondial.