Australie-France : Mais comment les Bleus ont-ils réussi à perdre ce match, sur une dernière action déjà légendaire ?

RUGBY Après avoir mené tout le match, les Bleus ont cédé sur une dernière action totalement cafouillée (23-21), ce mercredi à Brisbane

Nicolas Stival
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Grosse déception chez les Bleus, battus sur le fil après avoir mené tout le match.
Grosse déception chez les Bleus, battus sur le fil après avoir mené tout le match. — Tertius Pickard / AP / Sipa
  • Avec une équipe très remaniée, la France a frôlé l’exploit ce mardi à Brisbane, face à l’Australie.
  • Les Bleus ont mené tout le match, avant de chuter sur une incroyable dernière action (23-21).
  • Touchés mais pas coulés, Fabien Galthié et ses joueurs donnent rendez-vous mardi prochain à Melbourne, pour le deuxième des trois test-matchs face aux Wallabies.

Le coup paraissait parfait, l’exploit assuré. Après 31 ans d’insuccès, un XV de France totalement remanié allait s’imposer ce mercredi en Australie, dans le Suncorp Stadium de Brisbane. Le cap des 80 minutes était franchi depuis quinze secondes. Et puis, plus de son, plus de lumière. « Le match se joue à rien, sur une touche mal conservée, regrette Anthony Jelonch, capitaine exemplaire d’une Bleusaille qui comptait six sélections par tête en moyenne. Derrière, les Wallabies regagnent le ballon, on défend comme on peut. Ce soir [heure australienne], ils ont été plus tueurs que nous. »



Quelques charges des avants adverses, une faute française et une pénalité de l’ouvreur Noah Lolesio plus tard, les locaux passaient devant pour la première fois du match (23-21). La seule qui compte, après la sirène. La vidéo de l’action fatale a très vite inondé le Net.

Néophytes sous pression

Jelonch rembobine le film : « On annonce une touche déviée pour le numéro 9, pour ensuite sortir le ballon en touche. Les Australiens nous embêtent. Teddy [Iribaren, le demi de mêlée remplaçant] est un peu sur la reculade, il fait la passe à Damian [Penaud, l’ailier] et c’est intercepté entre les deux. Ensuite, on savait que ça allait être compliqué. » On pardonnera le Castrais et futur Toulousain de s’être un peu perdu les oies au moment de décrire l’action, tout au bout de 80 minutes de combat (et un peu plus, donc…).

Sur le lancer d’Anthony Etrillard dévié par Dylan Cretin, Iribaren sert en fait Melvyn Jaminet, l’arrière totalement néophyte à ce niveau comme cinq de ses coéquipiers ce mardi (le titulaire Barlot, les remplaçants Falatea, Etrillard, Walcker et Iribaren). Le Perpignanais veut passer à Penaud, mais le ballon part dans le vide car le Clermontois a déserté son aile. Tate McDermott peut alors s’en saisir et la légende de la lose à la française s’écrire.

Maudites dernières minutes

« Depuis qu’on a pris l’équipe de France, toutes nos défaites se sont jouées sur la dernière action, mis à part la défaite en Ecosse il y a deux ans (28-17) », observe Fabien Galthié, qui pense sûrement au France-Ecosse du dernier Tournoi des VI Nations (23-27), lorsque l’arrière Brice Dulin avait omis d’expédier un ballon en touche alors que la partie était gagnée.

Là, cela fait partie des scénarios qu’on n’avait pas travaillés »

Sur l’action en elle-même, « on va dire qu’il fallait jouer une touche plus courte, un maul, c’est vrai, remarque le sélectionneur. Mais beaucoup de joueurs venaient de rentrer, avec peu de vécu. Il y a peut-être eu un manque d’expérience collective. » Trop indisciplinés (16 pénalités concédées), malmenés en mêlée surtout vers la fin d’un match terminé avec une première ligne Falatea-Etrillard-Walcker et un numéro 9 (Iribaren) à zéro sélection, les Bleus ont opposé une résistance admirable à des Australiens qui ont attendu d’être menés 15-0 pour sortir de leur torpeur.

La bande à Galthié, qui sortait d’une quatorzaine entamée à son arrivée sur l’île-continent, était pourtant privée de ses tout meilleurs joueurs, finalistes toulousains et rochelais du Top 14, mais aussi blessés ou ménagés. On parle ici, entre autres, des Dupont, Ntamack, Jalibert, Vakatawa et Fickou derrière, d’Ollivon, Alldritt, Marchand, Chat et Baille devant. Une paille.

Rendez-vous mardi prochain à Melbourne

D’où la légitime « fierté » de Jelonch, et les nombreux « éléments de satisfaction » relevés par le demi de mêlée titulaire Baptiste Couilloud, malgré « la frustration et la déception ». Tous donnent déjà rendez-vous à Melbourne, le 13 juillet, pour le deuxième des trois test-matchs de la tournée (le dernier est programmé le 17 juillet à Brisbane).

« Il faut garder la frustration et la lâcher mardi prochain », tonne Jelonch. « On sera présents au prochain match », promet Couilloud. « C’est un test de caractère, on est focus sur la suite, ajoute Galthié. Ce type d’expérience nous apprend beaucoup. » Rappelons toutefois que le concept de « défaite encourageante » ne vaut que si elle est suivie assez rapidement d’un succès.