Rennes-FC Nantes : « Fou », « irréel »… Ils racontent l’épilogue du dernier derby au Roazhon Park

FOOTBALL Le FC Nantes (19e) se déplace à Rennes (7e) dimanche à 13 heures. Le 31 janvier 2020, le dernier derby breton au Roazhon Park avait accouché d’un scénario surréaliste

David Phelippeau

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Raphinha apprend que le 3e but rennais est validé et chambre Lafont.
Raphinha apprend que le 3e but rennais est validé et chambre Lafont. — Damien Meyer / AFP
  • Dimanche, à 13 heures, au Roazhon Park, c’est derby breton entre Rennes et Nantes.
  • Lors du dernier match là-bas, il y avait eu un renversement de situation complètement fou.
  • Les acteurs de l’époque racontent ce moment d’incroyables émotions.

Dans le brouhaha d’un Roazhon Park en ébullition, Imran Louza s’approche du micro de Canal+. Tête baissée puis regard noir, le milieu de terrain nantais lance, désabusé : « Je n’ai rien à dire, je n’ai rien à dire… C’est triste. Comment on peut mener 2-1 à dix minutes de la fin et en prendre deux [buts] sur la fin ? Ce n’est pas normal, ce n’est pas normal… » Le joueur s’éclipse sans un mot de plus. Le 31 janvier 2020, Rennes s’impose 3-2 contre le FC Nantes au bout d’un temps additionnel resté dans toutes les mémoires. Les Canaris de Christian Gourcuff, qui menaient 2-1, sont renversés en trois minutes. A la 90e + 5, Benjamin Bourigeaud égalise. A peine deux minutes plus tard, l’impensable survient. Le but de Raphinha, pourtant d’abord signalé hors-jeu, est finalement validé par l’assistance vidéo puis l’arbitre de la rencontre Monsieur Benoît Millot. La folie s’empare du Roazhon Park, le ciel tombe sur les têtes nantaises.

« Les deux buts se passent complètement de l’autre côté du terrain, raconte aujourd’hui Camille, un supporteur rennais présent dans le Roazhon Celtic Kop ce soir-là. C’était surréaliste, parce que personne ne savait trop ce qui se tramait. Si Raphinha était hors-jeu, on n’en savait rien. J’ai l’impression que personne n’y croyait vraiment. Quand l’arbitre a validé le but, c’était une dinguerie, les mecs sautaient dans tous les sens. Un pote m’a attrapé le maillot, il était hystérique. »

Dans sa cabine de commentateur, François Marchal, accompagné du consultant Sidney Govou, n’a pas oublié ce Rennes-Nantes, « l’un des derniers matchs autorisé avec du public ». « Dans mes souvenirs, nous non plus, nous n’avions pas vu de ralenti. On était comme tout le monde suspendu à la décision du VAR et de Monsieur Millot. » François Marchal ne s’était pas égosillé sur le but de Raphinha car il avait « tout de suite vu le drapeau se lever ». Une image lui revient aujourd’hui : « Celle de l’arbitre qui montre le rond central. Là, ça bascule dans un truc irrationnel. Il y a une émotion folle. Il y a des gens qui courent dans tous les sens. »

« Un manque de respect », selon Patrick Collot

Dans l’euphorie, Raphinha se lance dans une course effrénée et en profite pour tirer la langue à Alban Lafont, créant une petite échauffourée. « Il y avait même des membres de la direction rennaise sur le terrain, c’était un vrai manque de respect par rapport à nous, raconte Patrick Collot, ancien adjoint de Christian Gourcuff. J’ai vraiment mal vécu ça. C’est un de mes plus mauvais souvenirs avec le FCN [de septembre 2018 à février 2021]. C’était irréel. » D’autant plus que les Canaris, avec pourtant « une équipe décimée et une défense new-look [Khrin-Wague en défense centrale] », avaient eu plusieurs « possibilités de tuer le match ».

Raphinha inscrit le 3e but, mais les Nantais réclament un hors-jeu...
Raphinha inscrit le 3e but, mais les Nantais réclament un hors-jeu... - DAMIEN MEYER / AFP

Alain Rousseau, le speaker, reconnaît s’être « un peu plus lâché sur le troisième but validé finalement par l’arbitre ». « J’étais entre les deux bancs, je n’osais pas y croire. C’était comme une pièce de théâtre avec d’un côté une déception énorme et Christian Gourcuff qui s’enfonçait dans son siège, et de l’autre l’euphorie de Julien Stéphan [ex-coach de Rennes]. » Au micro de Canal+, François Marchal est sur un fil. « Il faut retranscrire deux émotions : la folie rennaise d’un côté, et le chaos nantais, avec notamment Gourcuff, de l’autre. » Un coach nantais qui déclarera à l’époque : « En quarante ans de carrière, je n’ai jamais vu ça ! »