Ligue des champions : « Back to basics », comment Guardiola et City se sont remis à écraser tout le monde

FOOTBALL Voilà trois mois que Pep Guardiola a retrouvé la formule sur le banc de Manchester City

William Pereira
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Alors c'est qui le numéro 1?
Alors c'est qui le numéro 1? — Martin Rickett/AP/SIPA
  • Manchester City est en ballotage favorable avant le match retour de 8es de finale de Ligue des champions contre Mönchengladbach (2-0).
  • Les Citizens de Guardiola sont de retour à leur top après avoir été au fond du trou lors du Final 8 de Lisbonne.
  • Le Pep est revenu aux fondamentaux pour relancer la machine.

Un vent de liberté soufflait sur la planète Covid la dernière fois que nous avons vu Pep Guardiola. C’était à la fin de l’été lisboète, pendant le Final 8. Souvenir heureux pour le football français mais douloureux pour Manchester City, une fois de plus terrassé par l’OL de l’inénarrable Maxwel Cornet. Pep nous était alors apparu abattu en conférence de presse, dégoûté du foot et même de la vie dans tout ce qu’elle avait à lui proposer.

Nous était alors venue une question, celle de savoir si le temps de Guardiola à City était révolu, alors même qu’une prolongation de contrat était sur la table. Ce match avait, semblait-il, cassé un truc. « Il y a eu des incompréhensions sur sa tactique, nous confie Thibaud Leplat, auteur de Guardiola, éloge du style​. Ça s’est mal passé avec certains. Perdre dans de telles circonstances contre Lyon c’était un peu vexant. »

Six mois plus tard, nous avons la réponse, et pas forcément celle à laquelle on s’attendait. Les Citizens se sont remis à piétiner la Premier League comme à la belle époque : 71 points, soit 14 de plus que le rival et dauphin d’United, rien que ça. En Ligue des champions, c’est pas mal non plus. Avant le retour contre Monchengladbach, les Skyblues n’ont perdu aucun match et n’ont plus encaissé le moindre but depuis la première rencontre de la phase de poules, lors de laquelle Porto avait eu l’indélicatesse de planter un (joli) but.

Le prof de Pep à la rescousse

Entre les deux, Pep Guardiola a fait ce que tout homme qui se veut être la référence mondiale en termes de coaching aurait fait : se remettre en question. D’ailleurs, Lyon ou pas, il avait déjà prévu de le faire en appelant à son secours Juanma Lillo​, son mentor, au mois de juin. Une anomalie, comme le fait remarquer Leplat. « Guardiola est allé chercher comme adjoint son prof de football. C’est complètement inédit. Il va le chercher pour l’aider à regarder un peu contre ses propres préjugés. »

Précisons avant d’entrer dans le théorique que l’apport de Lillo n’a pas été immédiat. Les joueurs sont partis pour trois semaines de vacances après l’échec du Final 8 avant de rebasculer sans préparation physique sur une nouvelle saison surchargée. Match, récup, match, récup… Difficile de bosser tactiquement dans ces conditions, avec des joueurs limites burn-out. Stuart Brennan, référence du Manchester Evening News : « Hors du terrain il y avait beaucoup de réunions, d’analyses vidéo. Les joueurs avaient de plus en plus de mal avec ça. Donc Guardiola a arrêté. À la place, il a donné plus d’air aux joueurs, plus de temps pour eux, de sorte à relâcher la pression du foot. »

Enfin épargné par les blessures, Ilkay Gundogan est dans la forme de sa vie
Enfin épargné par les blessures, Ilkay Gundogan est dans la forme de sa vie - Jon Super/AP/SIPA

C1 mise à part, le processus de retour à la vie des Citizens est ponctué de nombreux échecs. En 12 journées, City perd deux fois, ne gagne que cinq matchs pour autant de nuls, dont un ultime chef-d’œuvre de médiocrité contre WBA à la mi-décembre qui, dit-on, fait dérailler Pep. Mais plutôt que l’affrontement, celui-ci profite de sa relation privilégiée avec Fernandinho pour faire passer son message. Brennan :

« Fernandinho a appelé ses coéquipiers tous en même temps en décembre après West Brom. À la fin, tout le monde était d’accord avec lui pour dire qu’ils n’étaient pas assez bons, que Manchester City valait mieux que ça. C’est un effectif de mecs bien. Il n’y a pas de mauvais gars et ils se sont tous mis d’accord pour aller dans le même sens. »

Avec effet immédiat puisque les Skyblues enchaînent sur 21 victoires, dont 15 en Premier League, série uniquement interrompue par l’opportunisme de Manchester United.

Repenser l’attaque

Le terrain, donc. Sur le plan tactique, tout le monde s’accorde à dire que la renaissance de Guardiola rime avec « back to basics ». Leplat : « L’apport de Lillo auprès de Pep, c’est aussi d’avoir réussi à sortir City d’un jeu mécanisé. Contre Lyon c’était criant, c’était un football presque caricatural. Peu de mouvement, le ballon qui tourne mais c’est tout, rien que des passes latérales et des joueurs qui ont une vision un peu bureaucratique du jeu de position, qui restent à leur place. La démarche a donc été de se réorganiser pour mieux attaquer. Et mieux attaquer chez Pep Guardiola c’est avoir toujours un joueur en plus sur un espace donné. »

Qui dit surnombre dit dépassement de fonctions aussi bien en attaque qu’en défense. Un exemple, João Cancelo. Le latéral portugais, fort de son bagage technique et de son impact offensif, est capable d’occuper trois ou quatre postes sur une même séquence, forçant dans le même cas Bernardo Silva, pourtant milieu offensif, à couvrir ses arrières. Autrement dit, la notion de poste devient superflue et le mouvement, base du succès du football selon Guardiola, redevient le centre du jeu. 

L’insoluble équation du manque de caractère

Petite mention, avant de clore le chapitre, à la caution sérénité de Manchester City. Ironie de l’histoire, elle vient de Lisbonne et s’appelle Rúben Dias. L’ancien défenseur de Benfica s’impose comme le successeur tant attendu de Vincent Kompany et peut-être plus encore. « Beaucoup de gens pensent qu’il sera le joueur de l’année en Premier League, nous dit le journaliste anglais. Il transforme la défense comme Van Dijk a transformé celle de Liverpool. Il est agressif, bon dans les airs, il est bon au sol. Il a tout. On sent que les joueurs sont moins préoccupés par leurs craintes d’être contre-attaqués en grande partie grâce à Dias parce qu’il est bon sur ces séquences aussi. »

Joli physique de 3e ligne pour Ruben Dias
Joli physique de 3e ligne pour Ruben Dias - Jon Super/Shutterstock/SIPA

Le Portugais détient peut-être même en lui ce qu’il manque à City dans le fond du fond : l'art du vice. Car tout le monde chez les suiveurs des Skyblues est d’accord pour dire que cette équipe pèche par manque de caractère quand la route s’élève. La belle forme de l’équipe n’offre donc aucune garantie sur la scène européenne, car au fond, le point faible reste le même. Marquez avant Manchester City et vous aurez fait 90 % du chemin. « Contre les gros d’Europe, si vous ne changez pas ça vous ne pouvez pas vous en sortir ». Et Thibaud Leplat de conclure. « Le problème de Guardiola c’est que la question du caractère est insoluble, elle ne s’achète pas en magasin. » Le grand drame d’un club dont la fortune du propriétaire se compte en milliards.