JO 2020 : « Ça va être la guerre pendant trois jours »… Les Bleus en mode commando pour voir Tokyo

HANDBALL L’équipe de France va affronter la Croatie, la Tunisie puis le Portugal dans un mini tournoi de vendredi à dimanche pour décrocher son billet pour les Jeux olympiques de Tokyo

Nicolas Camus
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Les Bleus ont terminé à la 4e place du Mondial égyptien en janvier 2021.
Les Bleus ont terminé à la 4e place du Mondial égyptien en janvier 2021. — Anne-Christine Poujoulat/AP/SIPA
  • L'équipe de France de handball affronte ce vendredi soir la Croatie, premier de ses trois adversaires d'ici à dimanche pour le compte du Tournoi de qualification olympique. 
  • Les Bleus doivent terminer dans les deux premiers de ce mini championnat pour décrocher leur billet pour Tokyo. 
  • Quatrièmes du Mondial en Egypte en janvier, ils sont repartis du bon pied après le fiasco de l'Euro 2020 et le départ de Didier Dinart. 

Déjà qu’il faudra faire sans spectateurs - venus de l’étranger tout du moins -, on espère très fort qu’on ne va pas non plus devoir se passer de l’équipe de France de hand à Tokyo. Parce que là, vraiment, tous nos repères olympiques seraient définitivement envolés. Les Bleus, qui n’ont pas raté une édition depuis l’acte de naissance bronzé des Barjots en 1992, sont une boussole pour le sport français à l’heure d’affiner les prévisions de médailles. Alors on compte sur les doubles champions olympiques (2008 et 2012) pour sortir indemne du piégeux tournoi de qualification qui démarre à Montpellier ce vendredi.

Qualifier la mission qui attend les joueurs de Guillaume Gille de périlleuse serait oublier un peu vite le vécu et le palmarès long comme une pandémie mondiale de cette équipe. Il n’empêche, rien ne sera facile. Pour valider son billet, la France, qui n’avait plus eu besoin d’en passer par là depuis 2008, doit terminer dans les deux premiers d’un mini-tournoi avec la Croatie, la Tunisie et le Portugal, que des nations qui lui ont déjà posé (à des degrés divers) quelques problèmes. Surtout, l’enchaînement des trois matchs en trois jours ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre.

Les (bonnes) bases du Mondial en Egypte

« Le TQO reste la seule compétition sur ce format-là, ce qui est incompréhensible parce qu’elle impose une grosse charge aux athlètes dans un moment de la saison déjà très compliqué », peste le sélectionneur Guillaume Gille, qui n’avait pas hésité à qualifier cette organisation de « boucherie » dans un entretien à France Info il y a quelques jours.

Il va donc falloir aller à l’essentiel, et s’appuyer sur ce qui a bien fonctionné lors du Mondial en Egypte en janvier. Les Bleus en sont repartis avec la médaille en chocolat, mais se sont tout de même rassurés après le naufrage de l’Euro 2020 (élimination dès le premier tour). « Il y a beaucoup de chantiers et d’axes sur lesquels on aimerait travailler avec le staff, mais on a très peu de temps en commun, souligne celui qui a succédé à Didier Dinart dans la foulée du fiasco européen. On va se baser sur ce qui a fait notre force en janvier, à savoir notre solidité défensive et notre variété en attaque, avec beaucoup de possibilités. »

Guillaume Gille est content.
Guillaume Gille est content. - Petr David Josek/AP/SIPA

Toujours privée de Nikola Karabatic, en convalescence après une opération du genou fin octobre, l’équipe de France peut tout de même compter sur l’ossature du dernier grand titre en date, le Mondial 2017. De glorieux anciens sont toujours là (Abalo, Guigou, Luka Karabatic), les petits jeunes commencent à prendre de la bouteille (Fabregas, Remili, Mem, Richardson) et ceux qui font la jonction entre les deux générations sont désormais habitués aux responsabilités (Porte, Mahé).

Si « notre irrégularité oblige à beaucoup de prudence et d’humilité », dixit Gille, tout le monde est en place et sait ce qu’il a à faire. Il n’y a pas eu de grande révolution lors de la semaine de stage accordée pour préparer ce rendez-vous. « L’idée était surtout de rafraîchir la mémoire des joueurs et de se mettre en mode combat pour enchaîner trois fantastiques duels », explique le sélectionneur.

Le bonheur de retrouver la Croatie (non)

Le mot d’ordre est passé. « Ça va être la guerre pendant trois jours, avec en plus un premier match contre la Croatie. Il va falloir être fort physiquement et mentalement », prévient Michaël Guigou. Du haut de ses 39 ans, le capitaine sait de quoi il parle pour avoir connu une bonne pelletée de bastons contre le grand rival des années 2000. Certes, les Croates sortent d’un Mondial raté et ne sont plus aussi flamboyants que lors des années Ivano Balic, mais ils étaient encore capables il y a un an de ramener une médaille d’argent européenne. Et puis ils adorent nous pourrir la vie, tout simplement.

« C’est l’équipe qui possède le plus de références au niveau international, avec des solistes incroyables et trois des meilleurs demi-centres du monde », rappelle Guillaume Gille. « Sur ces dernières années, ils nous ont plus battus [JO 2016, Mondial 2019], ce serait peut-être le moment d’inverser tout ça », appuie Valentin Porte. Car une défaite d’entrée de jeu rendrait les deux matchs suivants irrespirables. Et face à la Tunisie et au Portugal - certes ébranlé par la mort tragique de son gardien Alfredo Quintana -, qui sait ce qu’il peut se passer. Si les vice-champions d’Afrique semblent un cran en dessous, le Portugal, longtemps considéré comme une nation mineure du hand européen, est en net progrès depuis quelques années.

« Les JO, c’est au-dessus de tout »

Les Bleus, battus deux fois lors des quatre dernières confrontations entre les deux pays, sont bien placés pour le savoir. « Honnêtement, ce match m’inquiète un peu. Je n’ai pas envie de me retrouver dans la situation de jouer une finale et la qualification contre le Portugal », avertit Porte. Si ceux qu’il ne faut plus appeler les Experts pouvaient nous éviter ça, on ne dit pas non. Après, même s’il faut l’emporter 30-29 sur un but de raccroc à la sirène, l’essentiel reste de voir Tokyo.

« Les Jeux olympiques, c’est le Graal », assène Guillaume Gille. L’ancien demi-centre, qui a touché deux fois l’or après deux échecs frustrants en quarts de finale, a l’œil qui pétille dès qu’on parle de cette compétition. « C’est au-dessus de tout. Il y a une atmosphère particulière… ça demande quelque chose de plus dans l’engagement de chacun », décrit-il. La plupart de ses joueurs le savent déjà, mais un petit rappel ne peut pas faire de mal à l’entame d’un week-end comme celui-là.