Mondial de hand : Comment le caractère de Guillaume Gille influe sur le style des Bleus
HANDBALL•Malgré les matchs parfois chaotiques de ses joueurs en Egypte, le nouveau sélectionneur des Bleus diffuse une forme de sérénité à toute épreuve dans le groupeAymeric Le Gall
L'essentiel
- Les Bleus ont dû batailler fort face à la Hongrie, mercredi, pour arracher leur place en demi-finale du Mondial égyptien.
- Opposés à la Suède ce vendredi, les hommes de Guillaume Gille ne sont plus qu’à un pas d’une finale qui semblait inespérée en début de compétition.
- Pour y parvenir, le nouveau style du staff de l’équipe de France, tout en contrôle et en mesure, semble porter ses fruits auprès du groupe.
«Ne nous énervez pas le coach s’il vous plaît ! ». Depuis la petite salle de visioconférence de l’hôtel de l’équipe de France à Gizeh, à la veille de la demi-finale contre la Suède, l’attaché de presse des Bleus se marre. Alors qu’un de nos confrères vient de poser une question à Guillaume Gille sur l’espèce de sensation de tranquillité qui l’accompagne en toutes circonstances depuis le début du Mondial, le nouveau taulier s’agace.
« Vous savez, je ne suis pas en train de porter un costume durant cette mission. Si vous me voyez comme ça, vous mettez les qualificatifs que vous voulez…, balaye-t-il. C’est moi, ce n’est pas une autre personne. Quand je serai énervé ou quand j’aurais de l’émotion, vous allez aussi vous en rendre compte. Il n’y a pas forcément à me coller une étiquette. » Voyons cette petite mise au point soudaine comme l’exception qui confirme la règle. Car depuis le début de la compétition, chez l’ancien adjoint de Didier Dinart, tout est luxe, calme et volupté. En Angleterre, il existe une expression pour qualifier ce flegme : « Cool as a cucumber ». « Tranquille comme un concombre », donc, qui s’emploie pour désigner quelqu’un de particulièrement serein quand la situation ne s’y prête pas forcément.
« C’est leur manière de fonctionner [à Guillaume Gille et son adjoint Eric Mathé], ce sont deux tempéraments assez calmes, posés, sereins, note Michaël Guigou en conférence de presse. Ce n’est pas plus mal car quand on fait un début de match comme celui contre la Hongrie, il faut savoir prendre les choses avec un peu de recul pour ensuite prendre les bonnes décisions. C’est vrai qu’en plus on a eu beaucoup de matchs à couteaux tirés depuis le début et ils arrivent quand même à garder cet état d’esprit. Si c’est leur marque de fabrique et qu’elle nous amène cette sérénité et ce calme dans les moments importants, c’est tant mieux. »
Le calme malgré la tempête
Le début du quart de finale cataclysmique des Bleus auquel fait certainement allusion Guigou en est le meilleur exemple. Alors que la baraque prenait l’eau de toute part (7-1 pour la Hongrie au bout de la 11e minute) et qu’on commençait déjà à checker les horaires du prochain Gizeh-Paris CDG, Guillaume Gille a su faire les bons choix aux bons moments. Comme de sortir très tôt dans le match son leader Kentin Mahé, en perdition face aux Hongrois.
« Quand on se retrouve largué au niveau du score, qu’on rate la plupart de nos premières actions en attaque, que défensivement on peine à trouver du rythme et de l’agressivité et qu’on se retrouve très vite sous pression, mon but c’est de chercher un semblant de stabilité et de regain de confiance, détaille-t-il. L’idée à ce moment-là, c’est de trouver le bon équilibre entre le moment où il faut agir, le moment où il faut donner de la sérénité, de la confiance, pour que le groupe soit en mesure de se relever. »
Et si on écoute Valentin Porte au micro de beIN Sport, ça ne marche pas trop mal. « Même à 9-3 pour eux, alors qu’on vient de prendre un coup sur la tête, je ne nous ai pas sentis paniquer. C’est déjà une bonne chose si on a ça pour nous. » « C’est important, au niveau du staff, dans ce qu’on transmet aux joueurs comme énergie, comme attitude, d’être en capacité d’amener le bon ton, le bon message. Après, bon ou pas bon, c’est ma manière de faire, c’est tout », auto-analyse Guillaume Gille.
« Il dégage quelque chose de très serein »
Pour Mario Cavalli, l’ancien coach de Chambéry qui connaît bien l’homme pour l’avoir côtoyé dès son arrivée au club, en sport-études en 1994, cela n’a rien surprenant. « C’est son caractère. Il est calme, posé, réfléchi mais aussi fédérateur. Dans tous les groupes dans lesquels il est passé, il a toujours été ainsi, juge-t-il. Que ce soit d’abord en tant que joueur puis en tant que capitaine, ensuite en tant qu’adjoint puis maintenant en tant que sélectionneur. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a gardé en équipe de France sur la fin de sa carrière, même s’il ne jouait pas beaucoup. Il était là parce qu’il apporte quelque chose en plus au groupe dans sa façon d’être, de se comporter ».
Avec neuf petits matchs sur le CV de sélectionneur, Guillaume Gille est encore en phase d’apprentissage. Mais le métier rentre vite. « Je trouve que sa posture a changé depuis le départ de la compétition, note Cavalli. Au départ, quand ça vacillait un petit peu sur le terrain, on voyait dans ses mimiques ou sa gestuelle que ce n’était pas facile à vivre. Et là je trouve qu’il dégage quelque chose de très serein, comme quelqu’un sûr de son fait. Le projet de jeu devient aussi de plus en plus cohérent. Et dans ses choix, dans son discours durant les temps morts, on voit qu’il y a une vraie confiance qui s’est établie entre lui, son staff et le groupe. »
A l’heure d’affronter la Suède pour une place en finale d’une compétition internationale qui passe sous le nez des Bleus depuis trois ans, le coach est serein. Il ne ne croit pas vraiment aux fantômes du passé qui reviennent vous hanter les mollets. « Ces demi-finales perdues [contre le Danemark à l’Euro 2018 et contre l’Allemagne au Mondial 2019] c’est l’histoire d’une partie de cette équipe, c’est vrai, mais c’est derrière nous, dit-il. Et gagner vendredi ne nous ramènera pas les places qu’on n’a pas obtenues lors des dernières compétitions. L’objectif c’est simplement de continuer à grandir et de voir ce que ce groupe a pu tirer comme leçon des expériences passées. » Responsable au même titre que Didier Dinart, de son propre aveux, du dernier fiasco tricolore à l’Euro, lui a déjà en partie tiré les siennes.



















