VIDEO. Equipe de France : « Choc », « état d’urgence »… Si peu habituée aux crises, la fédé de hand en plein drama

HANDBALL Joël Delplanque et Philippe Bana ont annoncé mardi le remplacement de Didier Dinart par son adjoint, Guillaume Gille

William Pereira
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Didier Dinart cède sa place à Guillaume Gille
Didier Dinart cède sa place à Guillaume Gille — Schmidt/Pixathlon/SIPA
  • Les pontes de la Fédération de handball ont annoncé le remplacement de Didier Dinart par Guillaume Gille à la tête de l'équipe de France
  • Le patron de la fédé et son DTN sont apparus abattus et désolés de devoir se séparer de leur sélectionneur
  • Un « drama » qui nous rappelle à quel point le handball est peu habitué aux périodes de crises

Mardi matin, à la maison du handball, deux hommes font face à la presse. Joël Delplanque, patron de la fédé, et Philippe Bana, le DTN. Un coup d’œil à gauche, à droite, on balaye la salle du regard. Rien. Pas de Didier Dinart. L’ambiance est tendue, le silence de cathédrale. Delplanque plante la première banderille sur un ton grave, presque théâtral : « L’élimination prématurée de l’équipe de France à l’Euro, je l’ai personnellement mal vécue et même ressentie comme un véritable choc. »

Pire performance de l’équipe masculine depuis 1978, on a connu mieux pour terminer un mandat de président, dont on sait déjà qu’il ne sera pas reconduit. Le bonhomme est tellement remonté qu’il déprogramme son voyage en Tunisie en marge de la CAN pour recevoir le groupe honteusement éliminé après seulement deux matchs en Norvège. A l’époque, il est question de faire le point, voir ce qui ne va pas dans l’équipe, dans le staff, se coller deux-trois baffes puis repartir de l’avant pour arracher la qualif pour les JO 2020 tous ensemble, Didier Dinart compris. L’éviction du coach, Philippe Bana ne voulait pas en entendre parler.

« La crispation de Didier l’avait amené à s’isoler »

Deux semaines plus tard, nous y voilà pourtant : le sélectionneur est remercié et son adjoint, Guillaume Gille, nommé à sa place. Face aux déroutes de l’équipe féminine et masculine « l’état d’urgence » est décrété par le boss de la Fédé. De toute évidence, les deux loustics donnent l’impression d’en faire beaucoup trop, comme à chaque (rare) crise du handball français. Tomber sur un frigo vide quand on vit dans l’opulence, ça choque, forcément. L’émotion et l’abattement n’en demeurent pas moins sincères. Pour trois raisons majeures.

  • Le pire reste peut-être à venir pour cette équipe (risque réel de rater les JO 2020)
  • Guillaume Gille a même pas deux mois pour réveiller cette équipe
  • Virer un coach, c’est contre-nature pour la FFHB

Petit saut dans le temps, 15 ans en arrière. Claude Onesta n’est pas encore la légende vivante qu’on connaît, et peine même à prendre la suite de Daniel Costantini. Une 6e place à l’Euro 2002, une troisième place aux Mondiaux de 2003 et un quart aux JO 2004 le mettent dans une position délicate à l’aube de la Coupe du monde 2005. « Je ne sais pas quel aurait été son avenir si on n’arrivait pas à terminer sur le podium (3e) », nous confiait Jackson Richardson en 2015. D’aucuns disent qu’il se serait fait virer. Philipe Bana jurait l’inverse il y a cinq ans : « On n’allait pas le virer, réfute Philippe Bana, le DTN. Mais le vrai danger n’était pas avec l’institution, il était avec son groupe. C’est lui qui décide si la fusion passe ou pas. » En 2020, le groupe a donc décidé, après moult entretiens entre joueurs, staff et pontes de la fédé, de couper la tête du roi. Bana, dans le présent:

« On a identifié une souffrance réelle interpersonnelle avec les athlètes qui montrait un émiettement. J’ai trouvé des vrais déchirements, une rupture de liens parce que la crispation de Didier l’avait amené à s’isoler, et qu’on n’a pas été capables de le sortir de cette spirale presque conflictuelle. Cette perte de sens et de lien, on l’a trouvée en discutant avec tout le monde mais elle posait la question de la cassure d’un lien sacré. Est-ce que cette équipe était capable de relever le challenge olympique dans cet état de fracturation, de doute ? »

Pour durer, Guillaume Gille doit emmener la France à Tokyo

Face à l’évidence, il fallait agir. Ce que la FFHB s’est résignée à faire un peu contre-nature, comme nous le rappellent l’hommage appuyé du DTN au désormais ex-sélectionneur (« cette rupture relationnelle n’enlève rien à ce qu’est Didier Dinart, un des plus grands entraîneurs de ce sport ») et les premiers mots de Gille, à deux doigts de s’excuser d’avoir été nommé coach des Experts. « Mon état d’esprit est relativement ambigu car en premier lieu j’ai une pensée pour Didier qui est dans une situation délicate. Faire de cet euro l’échec de Didier Dinart est absurde. »

Pour éviter une nouvelle rupture douloureuse et un énième drama, Joël Delplanque a refusé d’inscrire Guillaume Gille sur le long terme. Il a même intimement lié son avenir à la tête des Bleus au résultat de l’équipe lors du TQO​ (17-19 avril contre la Croatie, la Tunisie et le Portugal). « On fera le bilan dès le lendemain », dixit Delplanque. S’il se loupe, l’ex-adjoint de Dinart sera celui qui n’aura pas réussi à qualifier l’équipe masculine de hand pour les JO et on l’imagine mal survivre à un tel désastre. En plus d’avoir été, comme il le rappelle, partie prenante du naufrage précédant. « J’ai participé à cet échec, j’y ai œuvré, je me suis planté aussi. » Deux bateaux coulés en trois mois, ça la foutrait mal pour un capitaine. Presque autant que virer deux coachs en si peu de temps pour une fédé réputée fidèle. Joies d’un sport en crise.