Mondial de hand : Avec son « conseil de jeu », Guillaume Gille choisit la voie du management participatif

HANDBALL Le nouveau sélectionneur des Bleus et son staff s’appuient sur quelques joueurs d’expérience pour élaborer le nouveau style de jeu des Bleus

Aymeric Le Gall

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Guillaume Gille et les Bleus affronteront la Hongrie en quart de finale mercredi.
Guillaume Gille et les Bleus affronteront la Hongrie en quart de finale mercredi. — Petr David Josek / POOL / AFP
  • Novice au poste de sélectionneur et privé de son leader Nikola Karabatic, Guillaume Gille cherche à responsabiliser au maximum ses joueurs.
  • Avec son staff, il a mis en place le « conseil de jeu », une réunion en petit comité avec les cadres du vestiaire pour fluidifier la communication dans le groupe.

C’est un détail qui était passé sous nos radars mais pas chez ceux de nos confrères. Dans le planning que l’équipe de France de hand​ envoie chaque semaine aux différents médias, on constate qu’un créneau est régulièrement réservé pour le « conseil de jeu ». Interrogé à ce sujet en conférence de presse à la veille du match contre le Portugal, Luka Karabatic a dévoilé les contours de ce mystérieux projet.

« Ce sont des réunions vidéos comme on peut le faire avec toute l’équipe, mais avec un nombre plus restreint de joueurs, avec des référents à chaque poste, en attaque, en défense. Le staff veut avoir notre feedback sur ses méthodes, ses stratégies. On va dire que c’est une sorte de pré-réunion à la réunion qu’on a par la suite, souvent dans l’après-midi, avec tout le groupe, où là, on définit clairement toutes les stratégies et tout le plan de jeu. »

« Ça correspond complètement à la personnalité de Guillaume Gille »

Sorte de Haut Conseil Jedi, cette réunion en petit comité permet au staff de définir une direction et des axes de travail en accord avec les voix qui portent dans le vestiaire, charge à eux ensuite de faire redescendre l’information. Quant à sa composition exacte, c’est secret-défense. « C’est un truc qui nous appartient, on préfère garder ça pour nous », explique Karabatic. On sait juste que celui-ci est constitué d’une « dizaine de personnes » et qu’il en fait partie avec Kentin Mahé.

S’il n’a rien inventé de particulièrement révolutionnaire (ce genre de pratiques existaient occasionnellement avec Claude Onesta), Guillaume Gille a tout de même poussé la chose au point d’en faire désormais un rendez-vous quasi quotidien. En cela, il est fidèle à la ligne qu’il s’était fixée au moment de prendre en mains l’équipe de France il y a un an, à savoir adapter son management à sa faible expérience en tant que coach, et donc à beaucoup écouter les retours de ses cadres afin de bâtir un projet commun accepté par tous.

« Même si à la fin c’est lui et son staff qui ont le dernier mot », pense l’ancien international Jérôme Fernandez. « Ça correspond complètement à la personnalité de Guillaume Gille, qui manque un peu de repères à ce poste de sélectionneur et ça lui permet de tirer le maximum de ses cadres, constate l’ancien sélectionneur Daniel Costantini. Au niveau de la dynamique de groupe, ça peut être une très bonne opération. Comme le leadership ne peut plus être incarné par une seule personne, c’est bien que les responsabilités soient partagées ».

Costantini adoube le petit nouveau

« Il y a des joueurs qui évoluent dans des systèmes différents en fonction des clubs dans lesquels ils sont, du coup c’est intéressant de libérer la parole afin de progresser dans certains aspects du jeu », poursuit Fernandez. « L’idée de départ de Guillaume c’était de responsabiliser au maximum les joueurs, notamment du fait de l’absence de Nikola Karabatic », précise le nouveau président de la Fédé Philippe Bana.

« Ça permet de recentrer nos intérêts et nos idées, c’est plus simple de le faire en petit comité. Le staff nous donne pas mal de liberté pour nous exprimer et mettre des trucs en place, détaille Kentin Mahé, lui aussi membre de ce petit club privé. Ça nous arrive par exemple de discuter entre nous de certains mouvements de jeu lors des longs trajets qu’on fait pour aller aux entraînements ou aux matchs. Il y a certaines choses qu’on a envie de tenter, on les soumet au staff et à lui ensuite de les valider ou non. On se complète bien et ça contribue à diffuser une forme de sérénité dans ce groupe. »

Un temps sceptique dans la capacité du nouveau staff à remettre sur pied cette équipe après la bouillie servie lors du dernier Euro, Daniel Costantini se réjouit de voir que la mayonnaise est finalement en train de prendre. « J’avais quelques craintes avant le Mondial par rapport à la personnalité de Guillaume à ce poste, mais il est en train de trouver son style propre, c’est super », valide l’ancien Costaud avant la prochaine session du conseil des sages, mercredi, à quelques heures du quart de finale contre la Hongrie.