Mondial de hand : « Il se met au service de ses garçons »… Guillaume Gille a-t-il les épaules pour secouer l’équipe de France ?

HANDBALL L'équipe de France et son nouveau sélectionneur Guillaume Gille entament leur Mondial contre la Norvège jeudi soir 

Aymeric Le Gall

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Le nouveau sélectionneur Guillaume Gille en conférence de presse après le nul contre la Serbie, le 9 janvier 2021.
Le nouveau sélectionneur Guillaume Gille en conférence de presse après le nul contre la Serbie, le 9 janvier 2021. — ALAIN JOCARD / AFP
  • L’équipe de France de handball entame jeudi soir, contre la Norvège, son Mondial égyptien.
  • Guillaume Gille a remplacé Didier Dinart au poste de sélectionneur après l’élimination au tour préliminaire de l’Euro 2020 en janvier dernier.
  • Après une année particulière marquée par la pandémie mondiale, l’ancien international n’a pas vraiment pu travailler avec son groupe en 2020.

Il existe dans le monde du handball français une loi toute simple, encore jamais contredite, et que l’on pourrait résumer ainsi : tout changement de sélectionneur à la tête de l’équipe de France ne pourra se faire que dans la douleur et le fracas. Pas besoin de chercher, vous ne trouverez pas de contre-exemple à cela dans l’époque moderne (à savoir depuis que le hand intéresse un tant soit peu le grand public). Que ce soit entre Daniel Constantini et Claude Onesta en 2001 ou entre Claude Onesta et Didier Dinart en 2016, les deux dernières passations de témoins se sont faites non sans difficultés. Au point que Constantini lui-même se demandait dans nos colonnes s’il n’y avait pas « une malédiction de la transmission du hand français ».

L’an passé, Guillaume Gille n’a pas échappé à la règle. Appelé pour remplacer un Dinart en rupture avec son groupe après le fiasco norvégien – auquel il a lui-même participé en tant qu’adjoint –, l’ancien demi-centre a eu droit à son petit baiser de la mort en guise de bienvenue. Longtemps muré dans le silence après son éviction, Dinart accorde finalement une interview à L’Equipe en juin dernier dans laquelle il n’oublie pas son ancien coéquipier. « C’était mon adjoint. À ce titre, il aurait pu être plus solidaire. Après, les valeurs dans la vie et leurs applications sont propres à chacun. Moi, je n’aurais pas été capable de prendre la place d’un entraîneur principal de cette manière », sanctionne-t-il.

Un manque d’expérience qui interroge

« Je le laisse libre de ses propos. Je n’ai pas besoin de justifier ni qui je suis, ni ce que je fais », lui répond laconiquement Guillaume Gille quelques jours plus tard. Si l’ancien n°2 n’a pas souhaité envenimer la situation, c’est qu’il a d’autres chats à fouetter. On vient de lui donner pour mission de régénérer un groupe en perte d’identité et de confiance et de qualifier les Bleus aux JO de Tokyo, en liant par la même occasion son avenir à ce poste à la réussite ou non de cet objectif. Manque de pot (ou coup de bol, c’est selon), la crise du Covid passe par là et change radicalement les plans tricolores. A l’arrivée, après une année quasi blanche, Guillaume Gille a seulement vécu son premier match (et sa première défaite) en tant que sélectionneur il y a quelques jours en Serbie. Pas l’idéal pour repartir sur un nouveau cycle.

Quand on l’interroge sur le contexte forcément particulier qui a entouré sa prise de fonction et ses premiers mois de travail, l’intéressé ne s’éternise pas et préfère se projeter sur le Mondial à venir : « Dans cette mission-là, je n’ai pas de références, je découvre, j’expérimente, j’avance. On travaille beaucoup avec le staff, je m’appuie sur les gens qui ont la compétence, l’habitude du terrain pour affronter ce type d’échéance. Mais j’y vais avec beaucoup d’envie et avec l’ambition de pouvoir porter un projet qui soit le plus clair et le plus partagé possible afin que cette équipe soit à nouveau en condition de performer. Je suis guidé par ça. » Un peu de com’et beaucoup de sincérité, donc, surtout quand il évoque son inexpérience au poste.

Compliqué en effet de ranger son passage en tant que n°1 à Aix-en-Savoie, entre 2014 et 2016, en Nationale 1 (quatrième division !), dans la case « expérience de haut niveau ». Actuel directeur sportif de Chambéry et ancien coéquipier du petit frère en équipe de France, Bertrand Gille ne nous contredit pas : « A Aix, j’ai vu à quel point les gens qui collaboraient avec lui étaient enchantés, mais je ne découvre pas mon frère et je ne suis pas surpris par ça. Après, de quoi parle-t-on ? D’un club de niveau Nationale 1, ce n’est pas du tout la même chose que l’équipe de France, il ne faut pas tout confondre. »

« Il a beaucoup de qualités qui peuvent permettre à cette équipe de retrouver de sa superbe. Le seul point faible c’est qu’il n’a jamais entraîné d’équipe et que ça fait un an qu’il est en poste mais il n’a eu ses joueurs qu’une quinzaine de jours en tout et pour tout, analyse l’ancien arrière-gauche Jérôme Fernandez. Même si Guillaume a beaucoup de qualité, il se retrouve quand même dans un contexte très particulier qui aurait peut-être nécessité quelqu’un ayant plus d’expérience pour amener de la confiance et un projet de jeu clair et précis. Là, entre son manque d’expérience et son manque de temps, c’est très compliqué. »

Réussir la transition entre les générations

« Le contexte il est ce qu’il est, philosophe le frangin. Guillaume a eu la liberté de refuser la proposition qui lui a été faite. Il a dit oui en parfaite connaissance de cause. Bon, il ne savait pas encore tout ce qui allait se passer dans le monde dans les mois suivants mais ça ne sert pas à grand-chose de se plaindre. » La priorité est ailleurs, en effet : reconstruire un groupe en quête d’identité et a cheval entre plusieurs générations. Après les retraites des Thierry Omeyer ou Daniel Narcisse et avec le forfait de Nikola Karabatic, l’équipe de France est en quête de leaders pour ce Mondial 2021. Or, pour François-Xavier Houlet, les nouvelles têtes tardent à émerger.

« Sur le leadership on devrait être en rupture avec le passé, mais je n’ai pas l’impression qu’on veuille vraiment la consommer cette rupture, analyse l’ancien international aujourd’hui consultant pour beIN Sport. On a les grandes légendes qui se sont arrêtées, Niko n’est pas là, Sorhaindo non plus [il n’a pas été sélectionné par Gille]… On a deux anciens, les deux ailiers (Guigou et Abalo), qui ne sont pas contestés au niveau du jeu mais on se dit quand même qu’il y en a d’autres derrière qui pourraient prendre la place. Et puis ce ne sont pas des leaders nés… »

« Je pense qu’il va falloir que certains jeunes joueurs – ceux de la génération des Rémili, Mahé, Porte, ou alors celle d’après, je ne sais pas – prennent le leadership parce que même si on a encore du talent dans cette équipe, à l’arrivée il faut des gens qui dirigent, qui guident », prévient-il. Les deux matchs très moyens contre la Serbie début janvier n’ont fait que confirmer ce manque. « Effectivement quand on voit ça, on se dit qu’on va avoir besoin de temps, concède Bertrand Gille. Après la réalité n’est jamais la même d’une compétition à une autre. »

S’il admet qu’« aucun cadeau ne sera fait » à son frère, l’ancien pivot des Bleus croit cependant qu’il a les épaules pour relever le défi et bâtir un groupe capable de ramener l’équipe de France à un niveau plus digne de son rang. « L’expérience qu’il a du haut niveau est forte, d’autant plus forte que sa philosophie est basée sur un travail collaboratif : il se met au service de ses garçons afin qu’ils aillent chercher quelque chose ensemble. A un moment donné, la question c’est : comment est-ce qu’il devient un facilitateur, comment est-ce qu’il permet de tirer la quintessence de chacun des garçons, tout en ménageant les états d’âme des uns et des autres ? Je ne suis peut-être pas très objectif car je parle en tant que frère et supporters de cette équipe de France, mais je pense sincèrement qu’il peut y arriver et que sa nomination est une bonne chose pour le handball français. »