Mondial de hand : Après la gamelle à l’Euro, l’équipe de France fait-elle encore peur à quelqu’un ?

HANDBALL L’équipe de France aborde ce Mondial en Egypte sans grandes ambitions mais avec la volonté de construire l’avenir

Aymeric Le Gall

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Dika Mem et les Bleus restent sur une triste élimination dès le tour préliminaire du dernier Euro en Norvège.
Dika Mem et les Bleus restent sur une triste élimination dès le tour préliminaire du dernier Euro en Norvège. — AFP
  • Le Mondial de handball se tient en Egypte du 13 au 31 janvier 2021.
  • L’équipe de France affronte la Norvège jeudi (20h30).
  • Les Bleus, en plein marasme après la piteuse élimination dès le tour préliminaire du dernier Euro, doivent se reconstruire avec le nouveau sélectionneur Guillaume Gille.

On a eu beau se pincer à s’en faire rougir la peau devant notre télé, rien à faire, c’est bel et bien l’équipe de France de handball qui est allée s’incliner début janvier en Serbie dans le cadre des qualifications à l’Euro 2022, pour la première de Guillaume Gille en tant que sélectionneur. Mais après un an sans jouer – quand bien même cette équipe s’était déjà rétamée lors des championnats d’Europe en Norvège début 2020 – on pouvait encore mettre cela sur le coup du contexte sanitaire et de l’absence de vécu commun. Le problème c’est que les Bleus ne sont pas passés loin d’un deuxième affront de rang, toujours face à ces mêmes Serbes, samedi lors du round 2 à Créteil. A l’arrivée, un match nul arraché de justesse qui permet d’éviter la cata, mais pas de quoi non plus sauter au plafond. Le tout à la veille du début du Mondial en Egypte qui débute par un France-Norvège jeudi, on a connu contexte plus réjouissant autour des Bleus.

« Je m’attendais à beaucoup mieux de la part des Français, je les voyais même gagner assez aisément mais ça n’a pas du tout été le cas, souffle François-Xavier Houlet, ancien international aujourd’hui commentateur pour beIN Sports. Ils ont été balbutiants. Il n’y a pas eu de révoltes et dans le jeu je n’ai pas vu beaucoup de mieux par rapport au premier match en Serbie. Ça aurait été pourtant intéressant de partir en Égypte avec quelques certitudes… Peut-être que le staff trouvera tout de même des motifs de satisfaction ou d’espoir, mais pour nous, de l’extérieur, c’était pas évident d’en voir beaucoup. » Nous revient alors cette phrase de Valentin Porte après la défaite inaugurale face au Portugal il y a un an : « C’est un problème de fond (…) On ne fait clairement plus peur et tout le monde joue l’équipe de France en se disant « on peut les battre » ».

Une équipe en perte de repères et en manque de confiance

Habitués de par leur glorieux passé à coller les miquettes à leurs adversaires à la simple évocation des mots « équipe de France de handball », les Bleus semblent aujourd’hui avoir totalement perdu de leur modjo. Au point carrément de ranger au placard leur étiquette d’« Experts » ? S’il ne va pas (encore) jusque-là, l’ancien arrière gauche Jérôme Fernandez valide le constat : « C’est vrai, on ne fait plus peur, pas même aux nations qui ne font pas partie de l’élite européenne ou mondiale. » « Aujourd’hui, n’importe qui va jouer l’équipe de France en se disant qu’il a une chance, ce qui n’était pas le cas par le passé », appuie Houlet.

Interrogé à ce sujet fin décembre, le nouveau sélectionneur Guillaume Gille ne cherchait pas à cacher la misère : « On s’est fait éliminer au tour préliminaire d’une grande compétition internationale, donc à ce titre, bien évidemment qu’on a été en dessous de tous nos standards et qu’on a péché dans beaucoup de domaines. Mais aujourd’hui, vous dire où l’on se situe alors qu’on a eu zéro regroupement avant novembre et zéro match officiel… Il y a encore besoin de travail, on a besoin de s’étalonner. » Ça, c’était avant les deux matchs moyens tendance médiocres face aux Serbes.

« Je continue d’être persuadé que tous les adversaires de l’équipe de France entament les matchs contre elle avec un respect maximal, tempère l’ancien international (et frère du nouveau sélectionneur) Bertrand Gille. Pour moi c’est un faux débat. La question c’est : quel est le niveau de confiance que l’on a entre coéquipiers ? Quand il y a de la confiance dans un groupe, la performance n’est plus très loin, qu’elle soit individuelle ou collective. Mais c’est vrai qu’on sent que c’est compliqué en ce moment sur ces thématiques-là. »

Les raisons sont nombreuses : une passation de pouvoir entre Didier Dinart et Claude Onesta qui n’avait rien à envier à celle en cours à la Maison Blanche entre Trump et Biden, des relations fraîches pour ne pas dire glaciales entre l’ancien sélectionneur et certains cadres en Norvège, la retraite des mastodontes du vestiaire. Ajoutez à cela les tambouilles internes à la fédé (exacerbées par les élections du nouveau président), l’épisode de la dédicace d’Onesta à Dinart, le nouveau changement de sélectionneur et une petite pandémie mondiale et vous avez un tableau assez complet du bazar qui chahute la maison France depuis plus d’un an.

L’éloge de la patience

Alors, on fait quoi ? « La meilleure des façons c’est d’arriver sur la pointe de pieds, avec beaucoup d’humilité, pose Valentin Porte. Ne nous fixons pas d’objectif, préparons ce premier tour comme il le faut en prenant les matchs les uns après les autres. » Le ton est donné. Au fond, pour la véritable première expérience de Gille en tant qu’entraîneur principal avec une équipe en perte totale de repères et de confiance, les Français pouvaient-ils nous vendre autre chose ? Pour l’heure, les Bleus n’ont d’autres choix que de se faire les plus pragmatiques possible, quitte dans un premier temps à manquer un poil d’ambition. Même si du temps, l’ancien demi-centre n’en aura pas non plus à foison. « Si on faisait du basket, les gens auraient la patience adéquate, mais on fait du hand… », regrette le frangin, aujourd’hui directeur sportif du club de Chambéry.

C’est pourtant ce qu’il va falloir apprendre. Jérôme Fernandez : « Essayons de nous montrer patient. On a des joueurs qui psychologiquement et physiquement ne sont pas à 100 % et qui ont du mal à briller. C’est une équipe en reconstruction, avec une majorité de joueurs qui ont peu d’expérience ensemble et très peu de cadres aguerris aux joutes internationales. Cette équipe a besoin d’un technicien qui remette un projet de jeu en place avec des joueurs qui peuvent apporter aujourd’hui mais qui, surtout, vont apporter demain. J’ai bien connu ça : quand ma génération est passée derrière les Barjots, il a fallu plusieurs saisons pour qu’on se sente légitime et qu’on aille chercher des résultats. Cette équipe aujourd’hui a besoin de construire sa propre histoire. »

« Le plus important ce n’est pas de savoir si on peut finir dans le top 4 au Mondial mais plutôt de savoir où l’on va sur le moyen et le long terme. Personne ne voudra à cette équipe de ne pas finir dans le dernier carré si ce qu’elle a montré était encourageant. Mais il faut qu’il y ait un sens à tout ça », acquiesce François-Xavier Houlet. C’est justement ce sur quoi planchent Guillaume Gille et son staff, non sans y trouver des motifs d’espoirs. « J’ai trouvé un groupe qui avait envie de se retrouver, ça s’est matérialisé par beaucoup d’échanges, de plaisir à se relancer dans un nouveau projet, beaucoup d’engagement, beaucoup de contributions, l’énergie est positive, a-t-il expliqué. Ce qui est certain, c’est que notre envie n’est pas de rester dans ces sphères-là. L’équipe de France reste une équipe qui se doit d’être ambitieuse car elle a du talent, mais elle se doit aussi de beaucoup travailler pour retrouver une place plus conforme à son histoire et à son palmarès. »