Mondial de hand : Kentin Mahé est-il le vrai leader des Bleus en Egypte ?

HANDBALL Avec l’absence de Niko Karabatic en Egypte, Kentin Mahé à l’occasion de reprendre le flambeau du joueur du PSG

Aymeric Le Gall

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Kentin Mahé prend chaque fois un peu plus de poids en équipe de France.
Kentin Mahé prend chaque fois un peu plus de poids en équipe de France. — Anne-Christine POUJOULAT / POOL / AFP

Après un premier tour maîtrisé sans réelles fausses notes, et malgré ​quelques suées contre l'Algérie mercredi soir avec une victoire arrachée dans la douleur, l’équipe de France est bien au rendez-vous en ce début de Mondial égyptien. Et si elle peut évidemment compter sur un collectif dont les rouages s'ajustent progressivement sous les ordres de Guillaume Gille, elle le doit quand même en grande partie à la forme de son meneur de jeu Kentin Mahé.

Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. « Il y avait des doutes après les deux matchs face à la Serbie, il faut bien le dire », admet volontiers son agent et ami, l’ancien international François-Xavier Houlet. Oui, mais non. Arrivé au Caire sans réelle préparation au lendemain de son élimination en demi-finale de Ligue des champions avec Veszprem contre Kiel, et après une année blanche marquée à la fois par une opération au genou fin 2019 (qui lui a fait manquer le dernier Euro) et l’arrêt des compét avec la crise sanitaire, le garçon a fait comme si tout cela glissait sur lui.

Un rôle de meneur qu’il prend très à cœur sur le terrain

Résultat, le voilà meilleur buteur des Bleus après cinq matchs (22 buts), avec un taux de réussite au tir pas vilain (79 %). Rien de surprenant nous direz-vous puisque le joueur nous a déjà habitués à ce niveau de perf' lors de l’Euro 2018 et des championnats du monde 2019, deux compétitions desquelles il est sorti avec le titre de meilleur scoreur. Il n’empêche. Habitué ces derniers temps à jouer à contre-emploi au poste d’ailier gauche en club, Kentin Mahé aurait eu le droit de demander un peu de temps avant de prendre en main le jeu d’attaque de l’équipe de France comme demi-centre. Christian Gaudin, son ancien coach à Hambourg en 2014, ne cache pas son étonnement.

« C’est ça qui est fort avec Kentin, c’est que même sans avoir trop de repères ces derniers temps à ce poste, il parvient très vite à retrouver un gros, gros niveau, dit-il, admiratif. Après, on pourra toujours dire que c’est comme le vélo, que ça ne s’oublie pas. Ok mais il y a quand même des automatismes à avoir et je dois dire que j’ai été surpris de le voir aussi à l’aise aussi rapidement en équipe de France à ce poste-là. »

Aux commentaires du prochain match des Bleus sur beIN Sports, vendredi soir contre l’Islande (18h), François-Xavier Houlet n’est quant à lui pas tombé de sa chaise. « Kentin c’est un électron libre, mais depuis toujours, depuis qu’il est gamin. D’ailleurs il est un peu comme ça dans la vie aussi (même s’il s’est bien calmé avec le temps), c’est quelqu’un qui veut tout découvrir, le monde, les gens, les activités, il est touche-à-tout. Et sur le terrain c’est pareil. Lui, ça l’importe peu d’être à gauche ou au centre. C’est pas un souci. Ce qui a changé en revanche, c’est que quand on lui donne ce rôle de meneur de jeu, hé ben il mène véritablement le jeu, il prend ce rôle très à cœur et on peut compter sur lui. »

Un leader par l’exemple plus qu’un aboyeur de vestiaires

Sur le terrain, Kentin Mahé semble donc avoir réussi le pari de combler l’immense vide laissé par Nikola Karabatic, forfait en Egypte à cause d’une saloperie de rupture du ligament croisé antérieur du genou droit. Mais qu’en est-il en dehors ? Doit-il aussi s’imposer dans le vestiaire comme peut le faire le meneur du PSG habituellement ? Pour son père, l’ancien Barjot Pascal Mahé, cela ne fait aucun doute. Au téléphone depuis le parking du Pôle Espoir où ses U18 vont débuter leur match, celui-ci est catégorique : « Par rapport à sa personnalité, à ce qu’il est capable de faire, ce qu’il a produit et ce qu’il est encore en capacité de produire, bien sûr qu’il a la stature d’un leader ».

Sur ce point, Christian Gaudin se veut un peu plus réservé. « Pour moi Kentin, même si ce n’est pas le même jeu, je le comparerais plus à Jackson [Richardson] qu’à Nikola. C’est plutôt un leader comportemental sur le terrain, de par ce qu’il apporte à cette équipe dans le jeu. Je ne pense pas que ce soit un leader de vestiaires, c’est quelqu’un d’assez réservé, juge-t-il. Il est surtout dans le travail, il est d’une opiniâtreté dingue et, forcément, inconsciemment il montre l’exemple aux autres. »

Le demi-centre de Veszprem est le meilleur buteurs français du Mondial en Egypte.
Le demi-centre de Veszprem est le meilleur buteurs français du Mondial en Egypte. - Anne-Christine POUJOULAT / POOL / AFP

Pour le consultant beIN, « le leadership au sens large du terme ça va au-delà du jeu et de la réussite, c’est autre chose. Ça se passe pendant les temps morts, en amont des matchs dans les vestiaires. » « Je sais qu’ils se sont bien réparti les tâches dans le groupe à ce niveau-là ça mais je ne sais pas si Kentin a vraiment ce rôle, avance-t-il. Ce n’est pas dans son ADN. Ça ne veut pas dire qu’il s’en fout mais… [il réfléchit]. C’est marrant, il va avoir 30 ans cette année mais il a encore cette image de… Pas de gamin, mais un peu de feu follet. Il n’a pas l’image patriarcale qu’on peut se faire d’un demi-centre leader. Ce qui est très important pour lui, c’est qu’il a conquis la confiance de ses coéquipiers. Ça c’est primordial. » Ça lui permet à ce titre de poser les bases pour s’imposer à l’avenir comme le joueur qui pèse à la fois sur et en dehors des terrains.

Pour savoir si le meneur des Bleus a les épaules pour, le mieux c’est encore de donner la parole au paternel. « De toute façon, il y a un devoir à partir du moment où tu portes le maillot de l‘équipe de France, prévient-il. Peut-être que parfois il faut forcer un peu le trait, mais Kentin est une personne à fort caractère et je pense qu’il n’a pas forcément besoin de surjouer dans ce registre-là. On voit qu’il a envie d’en découdre, de transmettre, de partager avec ses copains. C’était important de le voir dans cet exercice-là, ça renvoie des images positives à tout le groupe, c’est de bon augure pour la suite. » Depuis ce coup de fil, les Bleus ont malheureusement livré une copie plus que fade jeudi face à l'Algérie, même si l'entrée en jeu de Mahé en deuxième période leur a permis de s'en sortir sans trop de bobos. C'est aussi à ça que doit servir un leader.