Mondial de hand : « On n’avait plus le choix, fallait se lâcher »… Comment les Bleus se sont métamorphosés en un rien de temps

HANDBALL Arrivée sur la pointe des pieds en Egypte, l'équipe de France progresse à une vitesse folle lors de ce Mondial 2021

Aymeric Le Gall

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L'Equipe de France affronte la Suisse lundi pour son troisième et dernier match de poule.
L'Equipe de France affronte la Suisse lundi pour son troisième et dernier match de poule. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP / POOL
  • Après ces deux succès contre la Norvège et l’Autriche, les Bleus sont qualifiés pour le tour suivant avant même d’affronter la Suisse lundi soir.
  • Pourtant, après deux matchs compliqués début janvier en qualif pour l’Euro 2022, l’équipe de France semblait un cran en dessous des favoris.
  • Avec une défense retrouvée, deux gardiens en feu et un état d’esprit collectif idéal, les Bleus peuvent aujourd’hui nourrir de grandes ambitions dans ce Mondial.

L’équipe de France du nouveau sélectionneur Guillaume Gille maîtrise à merveille l’art du contre-pied. Arrivés en Egypte après deux matchs très compliqués contre la Serbie début janvier en éliminatoire du prochain Euro, c’est rien de dire que les Bleus n’avaient pas pas la faveur des pronostics pour ce Mondial 2020, comme nous avions pu le constater dans un précédent article. Mais après deux succès probants contre le vice-champion du monde norvégien et contre l’Autriche et une qualif' déjà en poche pour le prochain tour - avant-même de jouer la Suisse ce lundi - force est de constater que l’on s’était planté dans les grandes largeurs.

Pour comprendre ce qui a bien pu se passer entre-temps, il suffit d’écouter les joueurs et le sélectionneur dans les minutes qui ont suivi la victoire contre la Norvège. « Clairement, ce match a été un déclic, n’a pas hésité à dire Kentin Mahé. Notre préparation n’a pas été la meilleure, on a été en difficulté dans beaucoup de secteurs. Gagner avec la manière contre une équipe de Norvège favorite, ça nous redonne la banane et ça nous lance très bien dans ce championnat du monde. Les deux rencontres contre la Serbie nous ont mis en garde. Tactiquement, on était en place, maintenant il fallait aussi mettre le nez dedans, mettre la tête par terre et c’est ce qu’on a fait. »

La Norvège comme déclic

Luka Karabatic va plus loin en parlant d’un groupe qui a eu « peur » après les matchs face aux Serbes. Une peur « qui nous a poussés à nous lancer, à ne plus se poser de questions. On n’avait plus le choix, il fallait se lâcher », confiait-il au micro de beIN Sport jeudi. Sans aller jusqu’à dire que cette équipe a pris ses deux premiers matchs de l’année à la légère, le nouveau boss Guillaume Gille affirme que ses joueurs sont passés « en mode compétition, en mode Mondial ». « On est entrés dans ce championnat du monde sans arrière-pensées, sans calculer, en se livrant totalement et je crois que c’étaient les ingrédients essentiels pour que l’attitude ou l’image qu’on a pu renvoyer, qui étaient un peu mauvaises, s’effacent progressivement et qu’on retrouve un certain niveau de performance. »

Voilà pour les sensations immédiates. Après un deuxième succès de rang contre l’Autriche samedi, entrons dans le détails pour comprendre ce qui a réellement changé dans ce groupe. On peut déjà dire que les joueurs ont enfin eu un peu de temps pour travailler avec une bande au complet, ce qui n’avait pas été le cas avec les absences de certains cadres engagés avec leurs clubs dans le Final 4 de la Ligue des champions fin décembre. S’il estimait dimanche soir lors de la conférence de presse d’avant-match que « chacun au sein de ce groupe a besoin de s’affirmer un peu plus, de défendre ses convictions et de prendre la parole, tout ça au service du collectif et du projet », Guillaume Gille estimait aussi être satisfait « du travail fourni ces derniers jours » par son groupe. « Il y a eu une remise en cause de la part des joueurs et je sens aujourd’hui beaucoup d’envie de leur part d’entrer dans ce nouveau projet. » Installé derrière son ordi en visio, on sent Guillaume Gille clairement plus détendu et souriant qu’avant le départ en Egypte.

Chacun trouve sa place

Au rang des réelles satisfactions, une certaine solidité défensive retrouvée. « C’est ça qui fait gagner des compétitions comme celle-là, et de tout temps l’équipe de France s’est appuyée sur une bonne défense, précise le coach. On voulait donc retrouver cette solidité, cette base de lancement. C’est un chantier qui continue d’être en jachère, il y a encore plein de choses à faire évoluer, mais on avance dans le bon sens ». Lui et son staff ont également pu s’appuyer sur l’intégralité des 16 joueurs envoyés en Égypte, ce qui a permis à ce groupe en déficit d’expérience de goûter à la réalité des matchs, de se faire une petite expérience et d’engrener un paquet de confiance pour la suite. 

« Le banc, pour moi ,c’est une notion un peu obsolète, explique le sélectionneur. On a un groupe de 16, cette compétition à 32 équipes est un vrai marathon (on peut disputer jusqu’à neuf matchs en un peu plus de neuf semaines si on va au bout). Pouvoir bénéficier de l’ensemble effectif quand on a un groupe d’une telle qualité c’est essentiel. » « Je pense que les rotations ont permis à tout le monde de se découvrir dans ce championnat du monde à l’image de Jean-Jacques Acquevillo dont c’était les premiers pas [contre l’Autriche] et ça nous a fait vraiment plaisir, embraye Remili. On a pu le voir sur son premier but, on a vraiment tous sauté parce qu’on est content que tout le monde puisse apporter sa pierre à l’édifice et à l’équipe. »

Un groupe soudé qui tire dans le même sens

Cette explosion de joie depuis le banc, un peu à la sauce de ce qui se fait en NBA, dit aussi beaucoup de l’état d’esprit du groupe que Guillaume Gille est en train de façonner. « J’adore l’état d’esprit qu’il y a dans cette équipe », confiait Luc Abalo en conf dimanche soir, suivi de près par Nicolas Tournat, qui dispute simplement sa deuxième grande compétition après l’Euro 2018 en Croatie. « On sent un groupe uni, on s’entend vraiment très bien, on bosse super bien ensemble, il faut continuer dans cette voie », dit-il avant d’évoquer les parties endiablées de « de coinche et de tarot » lors des longs trajets en bus entre leur hôtel et le centre d’entraînement. 

Un mot sur les gardiens enfin, sans qui rien ne serait possible en cas de défaillance. Après le match héroïque du petit bleu de 31 ans Wesley Pardin jeudi, Vincent Gérard a pris la relève contre l’Autriche en terminant lui aussi homme du match. « Ça fait plaisir de voir que nos deux gardiens se tirent la bourre dans le bon sens du terme », se félicitait Nedim Remili après le deuxième succès français. « On est tous projetés vers un objectif commun, c’est lui qui doit prédominer, notait le gardien parisien samedi soir. En fin de compte, ça m’importe peu [d’être n°1 ou n°2), pour peu que ça se passe bien pour tout le monde et qu’on aille au bout. » C’est tout ce qu’on leur souhaite en tout les cas.