Mondial de hand : « Les Experts, c’est mort »… Comment faut-il appeler cette nouvelle équipe de France ?

HANDBALL Après les Barjots, les Costauds et les Experts, l'équipe de France de Guillaume Gille va devoir se trouver un surnom qui correspond mieux à son nouveau style

Aymeric Le Gall

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L'Equipe de France affronte la Hongrie mercredi en quart de finale du Mondial en Egypte.
L'Equipe de France affronte la Hongrie mercredi en quart de finale du Mondial en Egypte. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP / POOL
  • Barjots, costauds, experts… Depuis 1995, chaque génération de joueurs passés en équipe de France a droit à son petit surnom.
  • Mais avec les départs à la retraite de Thierry Omeyer et de Daniel Narcisse, le sobriquet d’Experts n’a plus beaucoup de raison d’être.
  • Avec un nouveau sélectionneur et un groupe remanié depuis le dernier Euro, les Bleus vont devoir se bâtir une nouvelle réputation. Et se trouver un nouveau surnom.

« Les Experts sont de retour »… Les créas de TMC ne se sont pas beaucoup cassés la soupière à l’heure de plancher sur la bande-annonce de présentation du quart de finale entre l’équipe de France et la Hongrie. A leur décharge, parler encore des Experts en 2021 pour évoquer les Bleus est une chose bien commode pour attirer l’attention du badaud devant sa télé, entre deux vannes de Yann Barthès et un spot de pub contre le Covid. Ça rappelle une époque pas si lointaine où la France, gloutonne et pas partageuse pour un sou, raflait à peu près tout ce qui se faisait de trophées internationaux dans la discipline.

« Ça permet au grand public d’identifier tout de suite de quoi on parle, conçoit volontiers l’ancien sélectionneur Daniel Costantini. Moi je vois, avec mon grand âge, quand j’essaye d’expliquer ce que j’ai fait dans le monde du handball à quelqu’un qui n’est pas un suiveur régulier, et que je parle des Barjots [la première génération française victorieuse à avoir lancé la mode des surnoms], il voit tout de suite de quoi on parle. » Mais ce « sobriquet », dixit Guillaume Gille en conférence de presse mercredi, a-t-il encore lieu d’être pour une équipe de France arrivée en Egypte avec les stigmates d’une rouste historique reçue lors du dernier Euro ?

Place à une nouvelle génération de joueurs

N’est pas Hitchcock qui veut, on ne va pas faire durer le suspense plus longtemps. D’autant qu’à cette question, tous nos interlocuteurs ont tous répondu par la négative. A commencer par le sélectionneur Guillaume Gille : « Les faits sont là, il reste très peu d’Experts dans ce groupe [Guigou, Abalo principalement, Nikola Karabatic étant blessé pour ce Mondial]. Aujourd’hui, des Experts, cette équipe n’en a que l’histoire et les derniers témoins que sont les grands anciens qui aujourd’hui continuent d’accompagner et d’être les cadres de cette équipe. Aujourd’hui, ce groupe a besoin de trouver son propre chemin vers la performance afin d’écrire ses premières belles pages dans ce genre de compétitions. »

Pour Valentin Porte, les Bleus de 2021 sont « passés à autre chose ». « Je ne vais pas dire que les Experts n’existent plus, ça vous ferait un titre un peu fort à utiliser, mais disons quand même que ça appartient au passé. » Moins embarrassé par ce qu’on pourrait titrer, Philippe Bana appelle un chat, un chat. « Les Experts, c’est mort », lâche le président de la Fédération française de hand.

« Mais c’est normal, poursuit-il. Je ne connais aucune équipe au monde qui sortirait d’une telle saignée comme on a subi avec les départs de Daniel Narcisse ou de Thierry Omeyer – sans parler de l’absence de Niko Karabatic – simplement en claquant des doigts. Oui, il faut admettre que l’équipe de France n’est plus la même, c’en est une autre, avec des gamins qui arrivent mais aussi avec de nouveaux mecs de trente balais qui découvrent les Bleus. Avec aussi peut-être une idée plus collective que celle de juste magnifier le talent individuel d’athlètes hors normes, comme on a pu en avoir par le passé. »

Quand les Costauds succédaient aux Barjots

Pour Valentin Porte, cette histoire d’appellation n’est ni plus ni moins qu’un truc de journalistes. « C’est pour vous ça, dit-il. Honnêtement je pense que cette équipe ne s’intéressait pas trop aux surnoms quand elle gagnait tout. Ça ne nous intéresse pas plus aujourd’hui. » Un truc de journaliste ? Oui et non. S’il est incontestable que le premier surnom des « Barjots », sorti du chapeau par Philippe Gardent lors d’une interview après le premier titre de champion du monde en 1995, a été popularisé grâce au journal L’Equipe, celui des Experts en revanche n’est absolument pas le produit d’une création de gratte-papier.

On rembobine : En 2008, à la veille du départ aux JO de Pékin, la fédé de hand​ décide de surfer sur le succès de son équipe fanion et fait alors appel au cabinet de communication Carat Sport pour lui trouver un surnom new-look. Comme à l’époque la mode est à la série policière du même nom, ils n’ont pas cherché plus loin : ce sera les Experts. « On a rebondi de manière opportune sur la série mais, surtout, cela les caractérisait parfaitement. Ils sont rigoureux, disciplinés, travailleurs. C’était aussi en opposition aux Barjots, plus inconstants et indisciplinés », expliquait il y a quelques années le directeur général de Carat Sport Olivier Bischoff.

« A eux aujourd’hui de construire leur propre histoire »

Si Valentin Porte n’a que faire de cette étiquette, ce n’était pas forcément le cas des générations précédentes. A l’époque, Jérôme Fernandez se souvient que le glorieux passé des Barjots n’a pas été simple à appréhender pour la nouvelle fournée de joueurs arrivée en bleu avec lui : « Lors des premières compétitions qu’on a faites, on était parfois un peu agacé par le fait que ça ne parlait que des Barjots qui gagnaient, d’une équipe bourrée de talent, etc. On était en recherche d’identité et c’est vrai que quand on nous a surnommés les Costauds, on s’est dit "voilà, maintenant c’est nous, c’est notre histoire, on va pouvoir commencer à exister". C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à sentir qu’on était enfin devenue une équipe de France à part entière. »

« A eux aujourd’hui de construire leur propre histoire et de se trouver un autre nom ou de faire que, de par leurs résultats, la presse ou les supporters leur en trouvent un. Car ça passera forcément par la construction d’un palmarès. « Chaque chose en son temps, calme Daniel Costantini. Si elle réussit à l’emporter en Egypte, qu’elle renaît aux yeux des Français lors de ce mondial, peut-être qu’on pourra trouver un truc en lien avec l’Egypte ancienne par exemple. » De son côté, Philippe Bana, qui s’est lui aussi volontiers pris au jeu, penche plutôt pour un surnom en lien avec le nouveau style de l’équipe de France. Moins bling-bling mais plus bûcheuse.

« Ce sont de vrais constructeurs, s’essaye-t-il. Il y a dans leur état d’esprit quelque chose qui les rapproche des bâtisseurs. Pierre après pierre, ils sont en train de monter un truc. C’est un chantier en reconstruction depuis janvier, là on commence à voir les plans de la maison, voire même les fondations. On n’est pas encore monté sur le toit, on n’a pas fait les finitions, on n’a rien gagné, mais c’est un début. » En attendant de voir si les Bleus décrochent une breloque dimanche en Egypte, et pour rester dans la lignée des programmes télé, pourquoi pas partir sur « Les constructeurs de l’extrême » ou « Les Rois de la réno » ? « On est en train de reconstruire quelque chose mais sans surnom, avec humilité », rectifie Valentin Porte. Va pour les « Anonymous » alors.