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Fatigue, récupération… Charlie Dalin raconte l’après Vendée Globe

Vendée Globe : « J’ai senti la fatigue tomber de tout son poids », Charlie Dalin raconte les effets collatéraux de la course

INTERVIEWArrivé depuis dix jours, le skipper du Vendée Globe commence à récupérer de son aventure. Mais le chemin vers le retour en forme va être très long
Propos recueillis par B.V.

Propos recueillis par B.V.

L'essentiel

  • Cela fait dix jours que Charlie Dalin a franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe.
  • Le skippeur d'Apivia évoque avec nous les retombées physiques d'une telle épreuve, après avoir passé quelques bilans médicaux.
  • Il évoque, notamment, le temps de récupération de 6 à 8 mois qui l'attend.

«Trois kilos en plus. Douleurs aux côtes suite à une chute. Œil au beurre noir suite à un choc contre la porte d’accès. Osteo : RAS. Temps de récupération estimé : 6/8 mois. » C’est un tweet de Charlie Dalin, posté quelques jours après son arrivée en premier (mais pas vraiment premier quand même) aux Sables d’Olonne, qui nous a donné envie de lui passer un petit coup de fil. Parce qu’un Vendée Globe, ça use. Physiquement, psychiquement, profondément. Et qu’on a eu envie de savoir comment un skippeur s’en remettait dans les jours, les semaines et les mois qui suivent.

Cela fait une dizaine de jours que vous êtes arrivés aux Sables. Comment allez-vous ?

Ça va bien. Je suis de nouveau de retour au chantier, en train de le préparer pour le bateau qui va rentrer mercredi à Concarneau. On est déjà en train de débriefer sur toute la partie technique. La semaine dernière, j’étais vraiment bon à rien, mais cette semaine je commence à retrouver un peu d’énergie, et je vais être de plus en plus souvent au chantier pour préparer la suite. Mon état de fatigue est oscillant, il y a des moments où j’ai la forme, d’autres où la sensation de fatigue arrive en fonction des moments de la journée. Ce n’est pas linéaire.

C’est lié au rythme très cassé d’une course comme le Vendée Globe ?

Pendant trois mois, je n’ai eu aucune pause, aucun break. Je savais qu’en prenant le départ, la vraie pause je la trouverais 50.000 km plus loin. C’est particulier de ne jamais pouvoir se relâcher. Voilà, c’est de cette façon que le corps récupère. Il y a des moments où on a plus la forme, d’autres un coup de mou, où je sens que ma vigilance et mon énergie commencent à baisser. Je ne fais pas de grands trajets en voiture, je n’en suis pas capable, je fais attention à ça, je me cantonne à des petits trajets. J’ai peut-être un peu perdu l’habitude, mais je sens aussi que je suis moins performant.

Comment avez-vous vécu les quelques heures après l’arrivée, entre l’excitation et la baisse d’adrénaline ?

Quand on arrive, on ne se sent pas fatigué. J’ai passé la ligne d’arrivée vers 20h30, je me relève en pleine nuit après avoir dormi 1h30 pour accueillir le bateau, puis j’enchaîne juste après avec les matinales, les interviews, je passe la journée entière avec les médias et je ne me sens pas du tout fatigué. Là je me dis : « franchement, le Vendée Globe, facile » (Rires). Et puis au bout de quelques jours, l’adrénaline commence à baisser et en fin de tournée média j’ai commencé à sentir la fatigue reprendre le dessus. La semaine dernière, c’était assez compliqué, j’ai senti la fatigue tomber de tout son poids. Elle a toujours été là, mais juste un peu en retrait.

Est-ce que vous avez réussi à retrouver un sommeil normal ?

Je me réveille un peu la nuit, mais pas plus qu’avant le Vendée. Mon sommeil n’est pas si perturbé que ça, même si les premières nuits à terre, je me réveillais au milieu de la nuit sans savoir où j’étais, donc je devais enquêter pour comprendre où j’étais. Mais globalement, les nuits ça va. Je fais beaucoup de siestes, et le soir je suis fatigué rapidement. J’aurais bien aimé avoir déjà repris le sport mais je n’ai pas encore assez d’énergie pour ça. Ce matin (lundi), je me suis réveillé et ma compagne et mon fils étaient déjà partis, ce qui n’est pas le cas d’habitude. Je sens que mon rythme classique est perturbé, je n’ai jamais fait ça depuis qu’il est né. Mes heures de sommeil, c’est environ 22h30-8h30, et je n’ai pas fait de sieste aujourd’hui.

Charlie Dalin sur sa monture
Charlie Dalin sur sa monture - SIPA

Votre bilan médical évoque un temps de récupération de 6 à 8 mois…

C’est une projection. C’est le temps que François Gabart avait mis pour récupérer de son Vendée et c’est le temps que j’estime, car quand j’ai fait la solitaire du Figaro, il me fallait 3 mois. C’est le temps qu’il faut pour récupérer de la fatigue profonde qu’on accumule. Là, je sens que je ne suis pas du tout à mon potentiel.

Vous avez un plan de récupération ?

Je travaille avec le centre européen du sommeil de l’Hôtel-Dieu, et j’attends les directives du docteur pour optimiser, avec un plan de récupération un peu plus adapté. Mais il n’y a pas de formule magique, de solution miracle à part du sommeil, manger équilibré et une reprise du sport en douceur.

Et côté ostéo ?

Elle a été surprise de me trouver en si bon état, au point de me donner rendez-vous la semaine prochaine car elle a peur que ça arrive dans un second temps, à cause des positions qu’on adopte sur le bateau. Mais de manière surprenante, il n’y a rien de majeur, rien à signaler au niveau du dos. Même le coquard pendant la course, qui peut être source de déséquilibre, n’a pas eu de conséquence. Tout ça est très surprenant, avec le poids aussi…

Vous avez en effet pris 3 kg, alors qu’on s’imagine plutôt qu’on devrait s’assécher sur une épreuve comme celle-là. Comment l’expliquer ?

J’ai fait attention à garder un rythme d’alimentation le plus stable possible. Je me suis calé sur l‘heure solaire pour manger, avec un petit dej’au lever du soleil, le déjeuner au milieu et le dîner vers le coucher. Ce n’est pas forcément évident, car dans le Sud on avance avec le décalage horaire, on a presque 30 minutes de décalage par jour si on avance bien, c’est assez perturbant. Donc j’ai essayé de garder une structure avec un petit-déjeuner avec des céréales, un plat principal le midi et le soir, et j’essaie de grignoter pas mal entre les repas et même la nuit pour essayer de me donner de l’énergie avant une manœuvre. Rien laissé au hasard en termes de nutrition, tout a été calculé avec ma nutritionniste, et je l’ai respecté à la lettre. J’ai sans doute gagné en part de masse musculaire sur le haut du corps, et un peu en masse graisseuse sur le bas. La plus grosse balade qu’on peut faire sur un bateau, c’est un aller-retour, ça fait 18 mètres sur 18 mètres (rires). Mais je n’ai pas tant perdu que ça des jambes. Je n’ai pas encore repris la course à pied ni le vélo, je pense que je vais être atterré par mes performances Strava. Je suis un peu curieux de savoir d’où je vais repartir.

Vous allez voir combien de spécialistes pour faire le bilan post Vendée ?

Ma nutritionniste, la médecin, l’ostéo, le docteur du sommeil et mon préparateur mental, ça fait 5 en tout. Au final, il y a beaucoup de monde : on est seul sur le bateau mais extrêmement entourés.

Psychiquement, comment vous sentez-vous ?

On est forcément impactés. J’ai vécu tellement d’émotions fortes dans un sens comme dans l’autre… Même si on est très connecté, on navigue dans des eaux où l’on n’est pas forcément les bienvenus, il y a un côté survie qui peut exister. Une tempête particulièrement violente m’a marqué. On arrive un peu transformés. C’est impactant sur la façon de réfléchir, de voir les choses… Maintenant que j’ai fait les mers du sud, l’Atlantique me paraît petit.

Ça existe, le Vendée Blues ?

Oui, oui il existe, et beaucoup de marins qui en souffrent. J’ai la chance avec Apivia d’avoir d’autres projets qui arrivent vite : je remets mon titre en jeu sur la Jacques-Vabre et il y a aussi la Route du Rhum, donc je suis déjà au chantier. Je sors d’une réunion pour vous parler. C’est aussi quelque chose dont un marin peut souffrir quand le partenariat s’arrête après la course et que l’objectif est passé, car on ne vit que pour ça. Moi, j’ai le sentiment que mon projet continue et que je vais passer à côté de ce Vendée Blues.

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Ressentez-vous des choses qui pourraient se comparer à du stress post-traumatique après une telle aventure ? Des images qui reviennent en tête, des cauchemars ?

Pas encore, c’est peut-être encore un peu tôt. En essayant de rien laisser au hasard, je n’ai pas eu l’impression d’avoir subi un choc. Avant, je ne pouvais que me projeter sur les mers du sud, maintenant je sais ce que c’est. Je ne suis pas allé faire quelque chose contre ma nature. Le large, c’est ça qui me fait vibrer le plus, c’est mon métier, ma passion. C’est moi, de mon plein gré. C’était un rêve d’y participer.