Vendée Globe : Récit d’une folle nuit et de l’épilogue de cette « régate planétaire »

VOILE Yannick Bestaven a remporté la neuvième édition du Vendée Globe cette nuit à l’issue d’un final complètement dingue

David Phelippeau

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Charlie Dalin et Yannick Bestaven se congratulent.
Charlie Dalin et Yannick Bestaven se congratulent. — LOIC VENANCE / POOL / AFP
  • Pour sa deuxième participation au Vendée Globe, Yannick Bestaven (Maître Coq IV) a remporté la course mythique autour du monde.
  • Le classement final s’est joué dans les dernières heures cette nuit, un scénario final totalement inédit.

David Phelippeau, aux Sables d’Olonne

Un dénouement improbable. Un épilogue qu’aucun scénariste – même les plus fous – n’aurait pu imaginer une seule seconde. Le Vendée Globe 2020 a vécu une nuit complètement folle et a livré un verdict lunaire. Dans un tour du monde pourtant long d’au moins 80 jours, quatre skippeurs ont trouvé le moyen de revenir aux Sables d’Olonne dans un mouchoir de poche. Un autre ( Boris Herrmann) en course pour la deuxième place voire la première à quelques encablures de la cité balnéaire vendéenne a eu le malheur de heurter un chalutier peu avant 21 h mercredi soir, ajoutant plus de piment à un scénario déjà bien assaisonné. « Cela a été une régate à l’échelle planétaire », a joliment imagé Yannick Bestaven, le vainqueur. « Une arrivée complètement dingue avec cinq bateaux très compacts », pour le Nordiste Thomas Ruyant, ému aux larmes.

Comble du surréalisme. Dans la soirée, Charlie Dalin a coupé la ligne le premier après 80 jours, 6 heures, 15 minutes et 47 secondes de course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance, tout en sachant que ce n’est pas lui qui aurait la chance de lever le trophée quelques heures plus tard. La faute à des compensations accordées fort justement à deux autres de ses copains (Yannick Bestaven et Boris Herrmann), venus en aide en novembre à Kevin Escoffier.

Yannick Bestaven (un peu) agacé

« Normalement, le Vendée Globe, ça ne se passe pas comme ça. Le chrono est lancé. J’espère que ça va bien se passer pour moi. On verra dans quelques heures. » C’était tout vu à ce moment-là pour Charlie Dalin, qui savait que Yannick Bestaven était lancé comme une balle vers les Sables d’Olonne et que cette première place provisoire allait lui échapper dans la nuit. Comme la deuxième place de Louis Burton allait se transformer en troisième quelques heures plus tard. « C’est la magie de la course au large, on ne sait jamais le bonheur des uns, le malheur des autres, a lâché, aux anges, le skippeur de Bureau Vallée 2. Le classement, tout ça n’a pas d’importance quand on voit le bonheur que c’est d’être ici et d’avoir bouclé. »

En milieu de nuit (à 4 h 19 exactement), celui que tout le monde attendait est enfin arrivé. Yannick Bestaven, le vainqueur, a finalement coupé la ligne d’arrivée… en troisième place. « Cela ne veut rien dire de dire que j’ai gagné en arrivant troisième, a tout de suite coupé court le Rochelais, un poil agacé. Je ne gagne pas en arrivant troisième, mais je gagne grâce au temps compensé parce que la nuit où Kevin [Escoffier] se retrouve dans son radeau de survie, on m’a demandé de faire demi-tour. Avec d’autres skippeurs, on a alors passé toute la nuit sur le pont à chercher un copain pendant que les autres continuaient leur course… » Quelques minutes avant, le natif de Saint-Nazaire ne s’était jamais départi de son sourire dans la traversée du chenal illuminé par un feu d’artifice ayant réveillé une grande partie des Sables d’Olonne. « J’ai l’impression d’halluciner… », ont été les premiers mots d’un homme ivre de bonheur, victorieux d’un Vendée Globe qui restera dans toutes les mémoires.