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Sur le Vendée Globe, Barrier part avec des « kilos utiles pour la science »

Vendée Globe 2020 : « La différence avec le confinement, c’est que je l’ai choisi », lance la navigatrice Alexia Barrier

INTERVIEWL’Azuréenne s’engage pour trois mois de course en solitaire autour du monde, sans escale ni assistance, avec le bateau le plus ancien de la flotte
Michel Bernouin

Michel Bernouin

L'essentiel

  • Alexia Barrier se donne pour objectif de battre le record de son Imoca sur un tour du monde, en moins de 98 jours.
  • La navigatrice embarque à bord des instruments scientifiques et un « pain des religions » pour inciter la jeunesse à fraterniser.

Originaire de Biot dans les Alpes-Maritimes, titulaire d’un master en management du sport après des études en Staps à Nice, la navigatrice Alexia Barrier a pris le départ de son premier Vendée Globe. Une aventure sportive mais aussi humaine et scientifique pour cette navigatrice qui a déjà réalisé quinze transats dont cinq en solitaire. Elle en a parlé à 20 Minutes juste avant de quitter les Sables d’Olonne, dimanche.

Votre confinement va être total, sans dérogation possible, et probablement long de plus de trois mois…

Oui, mais la différence avec le confinement, c’est que je l’ai choisi ! Et sincèrement, je me sens mieux en mer qu’à terre. Je n’ai pas l’impression d’être prisonnière dans mon bateau même si la chaleur humaine, la famille et les amis manquent par moments. La difficulté, c’est de trouver les ressources, la motivation en toutes circonstances. Il faut avoir un soleil intérieur pour trouver la force de sortir régler les voiles ou réparer du matériel quand il fait froid et qu’il pleut. Il faut avoir la capacité de tenir mentalement pendant trois mois de course.



Vous partez avec un objectif qui peut paraître modeste : 98 jours, soit trois semaines de plus que le meilleur temps…

Il faut savoir que sur le Vendée Globe, il y aura probablement au moins 50 % des bateaux qui ne finiront pas la course. Donc arriver, c’est déjà une performance ! Lors de la dernière édition, le dernier avait mis 124 jours… Beaucoup plus que 98 jours… Et puis le record de mon bateau, qui est le plus vieil engagé cette année, c’est 98 jours. Donc je vise 97 jours ! Et je compte bien revenir en 2024 avec un nouveau bateau plus compétitif !

Ce « vieux » bateau, c’est un choix imposé pour des raisons de budget ?

Complètement. Je l’ai acheté à crédit il y a deux ans, sans sponsor à l’époque. J’ai démarré comme ça, avec très peu de moyens financiers, mais j’ai réussi à me qualifier pour ce Vendée Globe. J’ai trouvé un partenaire avec TSE depuis la fin août, ce qui m’a permis d’avoir des moyens pour fiabiliser le bateau et avoir du matériel. On peut s’attendre à une compétition dans la compétition avec les autres vieux bateaux engagés. Nous sommes sept.

Pendant douze ans, « l’Azuréen » du Vendée Globe c’était Jean-Pierre Dick… et il a souvent été victime d’avaries. Comment éviter de subir le même sort ?

On ne peut rien faire contre les collisions avec ce qu’on appelle les OFNI, les objets flottants non identifiés. La différence que j’ai avec Jean-Pierre Dick, qui avait des bateaux très performants, c’est que je vais moins vite ! Donc en cas de choc, je peux espérer avoir moins de dégâts. Mais de toute façon on peut toujours démâter, percuter quelque chose, déchirer une voile, il peut se passer un milliard de choses ! C’est pour ça qu’il faut profiter de chaque minute, et être conscient de la chance qu’on a !

Vous avez connu de gros coups durs en mer ?

Une fois j’ai cassé une latte de grand-voile en haut du mât, à 29 mètres. J’ai dû monter tout en haut pour pouvoir affaler la voile. Une autre fois, j’ai dû réparer disque dur avec une pince à épiler, avec des instructions transmises par téléphone satellite, avec le bateau qui tangue… Ce sont des moments un peu rock’n’roll ! Il y a du stress, mais on se surpasse, on répare… Puis on s’écroule au fond du bateau, on pleure ou on crie.

Vous embarquez des instruments scientifiques, pourquoi ?

J’ai créé l’association 4myplanet pour préserver mon terrain de jeu il y a dix ans. J’étais écœurée de voir autant de déchets en mer… J’ai décidé de collaborer avec des scientifiques. J’embarque donc des instruments pour recueillir des données dans des zones où il n’y en a pas, en particulier entre le Cap de Bonne Espérance et le Cap Horn, car aucun bateau n’y navigue. Je vais aussi déployer des « profilers » : une bouée qui collecte des données météo, une autre qui plonge à 2.000 mètres, et une troisième qui travaille sur la température et salinité. Ce sont des kilos supplémentaires à bord, mais des kilos utiles pour la science !

Et vous emportez aussi quelques grammes de levain…

C’est un boulanger d’Antibes, Jean-Paul Veziano, qui a créé ce « pain des religions », avec un boulanger juif et un autre musulman. Ce n’est pas la religion qui m’intéresse mais la fraternité : je vais jeter ce pain à la mer comme on jette une bouteille à la mer. J’espère que ce geste donnera un peu de joie et d’inspiration pour les jeunes générations, et peut-être envie de regarder ailleurs que vers la violence.