Vendée Globe : Les favoris, les foils 2.0 et les aventuriers... A quoi s'attendre sur l'Everest des mers cette année?
VOILE•Le Vendée Globe s'élance dimanche des Sables d'Olonne pour un nouveau tourWilliam Pereira
L'essentiel
- Dimanche, le départ du Vendée Globe sera donné des Sables d'Olonne.
- Qui sont les favoris ? A quoi s'attendre durant la course ? 20 Minutes répond à toutes ces questions.
Ils seront 33 au départ, et à la fin il n’y aura qu’un vainqueur. Koh-Lanta ? Non, le Vendée Globe. La grande course au large en solitaire, sans escale et sans assistance repart pour un tour du monde dès dimanche. Sans Armel Le Cléac’h, tenant du titre concentré sur de nouveaux objectifs, mais avec du très beau monde quand même. Et des machines à peine moins impressionnantes. Vous avez aimé les Imoca à foils de 2016 ? Vous allez adorer les avions de chasse de 2020 qui devraient, en toute logique, faire tomber le record du Chacal (74 jours, 3 heures 35 minutes et 46 secondes). Pas de panique pour les amoureux de lenteur et d’aventure, les bons vieux bateaux à dérive sont toujours là. Petit état des lieux avant le grand départ.
Pas de public le long des quais
Ça vous a peut-être échappé, mais une pandémie sévit dans le monde et toute la France est semi-confinée. Conséquence logique de ce marasme, il n’y aura pas un chat le long des quais des Sables d'Olonnes, là où 35.000 personnes étaient venues souhaiter bon courage aux aventuriers en 2016. Ce que regrette le double vainqueur du Vendée, Michel Desjoyeaux, sur France 3 Bretagne : « la sortie du chenal c’est une forte émotion, vous échangez avec le public, c’est là que vous mesurez la portée de ce que vous allez faire. »
Interrogé sur la question par 20 Minutes, Thomas Ruyant (LinkedOut) y voit quand même du positif. « Etre loin de l’agitation ça aide quand même à avoir la pression qui monte un peu moins. C’est la course de tous les superlatifs en temps normal et là on n’a pas ça. Ça aide certainement à avoir un peu plus de sérénité. » D’autant que les skippeurs ont dû observer un confinement la semaine avant le départ. Louis Burton (Bureau Vallée) : « Au lieu de faire trois semaines et demie de village et de finir ces semaines sur les rotules, [la semaine dernière] j’ai fini d’organiser toute ma vie à terre et les derniers jours c’est confinement avec mon épouse et mes enfants. » Merci Wuhan.
Beyou, Thomson et Dalin, tiercé gagnant ?
Les génies Gabart (déjà absent en 2016) et Le Cléac’h ont déserté la classe Imoca, mais le Vendée Globe n’en demeurera pas moins relevé. Des projets de haut vol ont mis des bateaux supersoniques aux mains de navigateurs extrêmement côtés tels que Jérémie Beyou (3e il y a quatre ans) sur Charal, l’inénarrable Alex Thomson sur Hugo Boss et le rookie Charlie Dalin sur Apivia. Pour le vainqueur de la dernière édition, il ne fait aucun doute que la gagne se jouera entre ces trois-là. Analyse.
Beyou : « Entre lui et Thomson, je mets un petit plus sur Jérémie. Sa préparation est plus complète notamment sur la connaissance de son bateau, sur la fiabilisation de son bateau. Il a terminé toutes ses courses auxquelles il a participé à part la Route du Rhum mais c’était trop tôt, et puis derrière il a gagné pas mal de courses. »
Thomson : « Tout ne s’est pas passé comme prévu pour Alex. Malheureusement sa mise à l’eau l’année dernière s’est faite juste avant la Jacques Vabre où il a eu un gros problème, un choc avec un ofni. Il a perdu sa quille donc je pense que ça l’a pas mal contrarié dans sa préparation. Ça va être une inconnue, on l’a très peu vu naviguer et se confronter aux autres. Ça sera clairement un des favoris mais cette préparation un peu écourtée ne lui facilitera pas la tâche. »
Dalin : « Il n’a pas l’expérience des deux autres mais a eu une bonne préparation avec une victoire sur la Jacques Vabre qui était la dernière grande course du circuit. Il est entouré de l’équipe de François Gabart, qui a une grosse expérience du Vendée. Même si c’est son premier Vendée Globe c’est pas nécessairement rédhibitoire, donc Charlie sera sûrement un des grands prétendants. »
Des foilers dernier cri trop neufs pour aller au bout ?
Comme Alex Thomson, d’autres bateaux de dernière génération s’élancent sur l’Everest des mers dimanche. Des navires dernier cri sur le papier extrêmement rapides, mais dont le timing des projets peut laisser dubitatif à long terme sur le Vendée comme Arkéa Paprec (piloté par Sébastien Simon), dont le second foil n’a été installé que fin octobre. Louis Burton : « Il y a 8 bateaux neufs qui ont des foils gigantesques et qui marchent vraiment plus vite dans des conditions parfaites. Mais certains de ces bateaux ont eu une préparation très courte, le confinement n’a pas aidé la préparation. Pourront-ils tenir sur un tour du monde ? N’oublions pas que ça reste un sport mécanique. »
Armel Le Cléac’h abonde et s’inquiète à juste titre du manque d’infos sur la fiabilité de « ces machines bourrées de technologie, de plus en plus rapides et qui ont besoin de temps de navigation. » Et plus précisément de temps de navigation « dans des conditions musclées, ce qu’elles ont peu eu finalement. » A l’inverse, le Chacal met une pièce sur des outsiders moins modernes mais beaucoup plus fiables. « Quand on voit un couple PRB-Kévin Escoffier ou Samantha Davies-Initiatives Coeur, ça fait partie des gros outsiders. Ce sont des marins qui connaissent leur bateau sur le bout des doigts et qui ont des bateaux qui ont déjà fait plusieurs transatlantiques voire déjà un ou deux tours du monde. »
Les garde-fous de l’aventure
La gagne, les formule 1 des mers, tout ça, c’est génial. Mais n’oublions pas que le Vendée Globe reste, osons le cliché XXL, une grande aventure humaine. Où, comme en riait Clarisse Cremer (Banque Populaire) autour d’un café, « un truc de galériens parce que tu as tout le temps des conneries à gérer, du mal à manger, du mal à dormir, t’es crade… » Bref, la vraie voile, celle des Didac Costa sauvé par les pompiers au départ des Sables, celle où on fait péter le champagne quand on passe l’Equateur, où on fout la sono à fond dans le Pot au noir parce qu’on a tout l’océan pour nous et celle où on manque de crever de faim parce qu’on avait prévu d’être lents mais pas à ce point non plus. Sébastien Destremau se reconnaîtra. D’ailleurs, le dernier du Vendée Globe remet le couvert en 2020 et dit n’avoir « aucun autre concurrent » que lui-même. Si ceux de devant vont toujours plus vite, pourquoi ne pas aller encore plus lentement à l’arrière ?


















