Losc-FC Nantes : « Le FCN, c’est devenu Dallas quand j’y étais », se souvient Karim El Mourabet

INTERVIEW L’ancien défenseur central du FC Nantes (2001-2010), qui a aussi joué pendant presque deux saisons à Lille en équipe réserve (2011-2013), a arrêté sa carrière de footballeur professionnel

David Phelippeau

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Karim El Mourabet face à l'Auxerrois Moussa N'Diaye en 2007.
Karim El Mourabet face à l'Auxerrois Moussa N'Diaye en 2007. — FRANK PERRY / AFP
  • Karim El Mouabet, ex-Lillois, mais surtout Canari, travaille désormais dans le secteur de la boulangerie à Rabat au Maroc.
  • L’ancien défenseur central, champion d’Europe en 2004 avec Nasri, Ben Arfa et Benzema, revient sur sa carrière professionnelle et son long passage à Nantes.

Il est plus bavard que quand il croisait les journalistes sur le parking de la Jonelière. Dix ans après son départ du FC Nantes, Karim El Mourabet a trouvé sa voie. Et ça s’entend dans sa voix. Ce père de deux enfants s’éclate dans sa reconversion. Il est aujourd’hui gérant d’une franchise de boulangerie. « J’ai toujours voulu être maître de mon destin, et pas tributaire d’autres personnes comme quand j’étais joueur », explique celui qui vit à Rabat au Maroc.

L’ancien défenseur central, âgé de 34 ans, n’est absolument « pas nostalgique » de sa grosse décennie de footballeur professionnel durant laquelle il a évolué en France à Nantes et à Lille, un passage dans le Nord dans l’anonymat d’une équipe réserve. Pour 20 Minutes, il revient sur sa carrière et son après-carrière.

Racontez-nous votre arrivée à la Jonelière...

J’ai signé mon premier contrat au FCN le jour du but du titre de Marama Vahirua en 2001 contre Saint-Etienne. Je me souviens de mes années au centre avec des formateurs comme Le Dizet, Guyot, Fenillat, Amisse etc. On était sous cloche. On était là pour apprendre. Quand je signe ici, c’est un club famille. On te dit que même si tu es jeune, tu peux avoir ta chance en pro. A l’époque, je refuse Auxerre qui me donnait de l’argent et je choisis Nantes, où il y avait une vraie philosophie.

Vous avez vite déchanté non?

Rapidement, le FC Nantes, c’est devenu Dallas. Je me dis que je suis vraiment arrivé au pire des moments. En 2004-2005, c’est le début de la merde. C’est une fin de cycle. Il n’y avait pas un climat serein pour les jeunes. Il y a des joueurs qui arrivaient de partout et nulle part. Des Suédois, des Hollandais, etc. Le club était à vendre puis pas à vendre [Dassault en était le propriétaire]. Il y a même Barthez qui arrive à Nantes… L’adjoint qui pique la place au coach. Quel grand gâchis. On sent la fin de la génération Landreau, Da Rocha et Savinaud.

Entre temps, il y a eu ce titre avec les Bleus?

En 2004, je deviens champion d’Europe avec l’équipe de France des moins de 17 ans. Cette génération dorée composée de Menez, Ben Arfa, Nasri ou Benzema est devenue la génération grise. Je n’ai jamais compris pourquoi on les avait traités comme ça. Ils ne posaient aucun problème dans le vestiaire. Nous, avec Steven Thicot [autre joueur formé au FCN] en défense centrale, on fermait derrière et on savait que devant, ils allaient faire la différence. Ils avaient tellement de talent.

En 2007, il y a un changement de propriétaire. Que se passe-t-il à ce moment-là?

Oui, en 2007, c’est l’arrivée de Monsieur Kita. Guyot part et des directeurs sportifs comme Larièpe et Favard arrivent. Certains joueurs étaient proches et protégés par la direction. Il y en a même un qui pète la mâchoire d’un autre [Babovic avait donné un coup de pied à Abdoun en 2008]. Là, encore l’environnement n’est pas propice à l’éclosion de jeunes du centre en pro. Moi, en plus, je me blesse gravement à un genou. Les entraîneurs s’enchaînent au club. On ne retrouve plus en pro tout le langage qu’on avait pu apprendre à la formation.

En fin de contrat à Nantes, vous faites quoi ensuite?

Je me retrouve en fin de contrat en 2010. A quinze jours de la fin du mercato, je dois signer à Troyes. On est d’accord, mais du jour au lendemain, je n’ai plus aucune nouvelle. Je n’ai jamais su pourquoi. Là, je me retrouve au chômage pendant un an. Je vis entre Paris et Orléans, ma ville d’origine. Je prends conscience que je suis dans le dur et que personne ne me fera de cadeaux. Il n’y a plus grand du monde du foot pour te soutenir. Je suis seul le nez dans ma gamelle. Heureusement que j’ai une grande famille et des parents extraordinaires.

Avez-vous rebondi finalement?

En 2011, un ami rencontré à Marrakech me met en contact avec Lille. Je fais un essai et il me garde. Je joue en réserve pendant presque deux ans. Je reprends goût au foot. Lille me jette vraiment une bouée de sauvetage. J’encadre des jeunes comme Digne… et Pavard, qui n’était même pas titulaire en CFA.

Puis, vous rejoignez le Maroc...

Oui, en 2013. J’évolue d’abord au FUS Rabat pendant deux ans. J’y joue la Ligue des champions africaine. Puis, je signe à l’Olympique de Safi où je connais le coach. Quelques mois après, il est viré. Je décide de partir, mais le club refuse de me payer. J’ai gagné devant la justice [le Tribunal arbitral du sport lui donne raison fin 2016]. C’est la fin de ma carrière.

Et qu'en est-il de votre reconversion?

Je suis gérant de huit boulangeries au Maroc depuis 2017. La franchise s’appelle Les maîtres du pain, et c’est totalement inspiré des boulangeries françaises. Des chefs français sont venus former nos boulangers au Maroc. Nous avons 200 salariés en tout. En parallèle, je passe mes diplômes d’entraîneur.