Tour de France : En jaune mais sur la défensive, à quoi joue Primoz Roglic ?

CYCLISME Deuxième de l’étape Pau-Laruns ce dimanche, Primoz Roglic a revêtu le maillot jaune aux dépens du Britannique Adam Yates. Mais après une semaine de Tour de France, le Slovène est loin d’avoir course gagnée

Nicolas Stival
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Primoz Roglic, nouveau maillot jaune du Tour de France après la neuvième étape entre Pau et Laruns, le 6 septembre 2020.
Primoz Roglic, nouveau maillot jaune du Tour de France après la neuvième étape entre Pau et Laruns, le 6 septembre 2020. — Marco Bertorello / AP / Sipa
  • Deux ans après avoir gagné à Laruns, Primoz Roglic a terminé deuxième ce dimanche dans la cité béarnaise. Le Slovène s’empare du maillot jaune du Tour de France.
  • S’il semble dominant et appuyé par une solide Team Jumbo-Visma, il ne compte que 21 secondes d’avance sur Egan Bernal, le lauréat de l’an dernier.
  • Vainqueur de la seconde étape pyrénéenne, son jeune compatriote Tadej Pogacar semble aussi en mesure d’inquiéter le trentenaire, dont on peine parfois à comprendre les intentions.

De notre envoyé spécial à Laruns,

Laruns est donc bien une enclave slovène dans le Béarn. Deux après la victoire de Primoz Roglic lors de la première arrivée du Tour de France dans la paisible cité de 1.200 habitants, c’est son compatriote Tadej Pogacar qui s’est imposé ce dimanche, au terme d’une étape (presque) aussi palpitante que celle de la veille entre Cazères-sur-Garonne et Loudenvielle.

Roglic n’était pas bien loin : environ à une demi-roue du prodige de 21 ans. Suffisant pour griller un autre « gamin », le Suisse Marc Hirschi (22 ans), héros malheureux de cette jolie cavalcade rattrapé à 1.600 mètres de l’arrivée. Suffisant aussi pour endosser le maillot jaune, au détriment d’Adam Yates, qui a fini par craquer après avoir résisté comme il avait pu la veille, lorsque le favori de la course n’avait pas semblé vouloir bouter l’Anglais hors de son trône vacillant.

Après neuf jours de course et une très jolie parenthèse pyrénéenne, le taulier de la Team Jumbo-Visma (30 ans) a donc endossé pour la première fois de sa carrière la tunique du leader du Tour. Et encore montré qu’il semblait être le plus aérien de ce Tour, mais uniquement pour se défendre des attaques de Pogacar et Bernal.

Ne pas être « l’homme à abattre » ?

« Tout coureur qui commence le vélo rêve de porter ce maillot au moins une fois dans sa vie », a répondu l’ancien sauteur à ski à un confrère un peu taquin, qui lui faisait observer qu’il n’avait pourtant pas semblé si pressé que ça de le récupérer.

« Je pense que la prise de maillot était programmée ce soir [dimanche], lance Steve Chainel, consultant pour Eurosport. Là, il y a la journée de repos, deux étapes pour les sprinters et la bagarre va reprendre ensuite, avec des arrivées en altitude. » Mais pourquoi n’avoir pas insisté avant ? « Quand on a le maillot jaune, on est l’homme à abattre, reprend le consultant. Même si depuis le début de la course, Roglic court en patron avec la Team Jumbo-Visma comme le faisait la Sky auparavant, comme s’il avait le maillot. »

Beaucoup d’efforts, peu d’écart

Le Slovène a d’ailleurs vanté le boulot de son équipe, encore omniprésente ce dimanche, notamment dans la terrible ascension du col de Marie-Blanque. Comme souvent depuis le début de cette édition, les Kuss, Bennett, Dumoulin et consorts se sont défoncés pour leur leader. Mais ce boulot colossal a abouti à une mince avance au général sur Egan Bernal, pourtant pas irrésistible en cette première semaine de course. « Il y a une petite faute tactique, juge Steve Chainel. Bernal a tiré la langue pendant huit étapes et il ne pointe qu’à 21 secondes. Samedi par exemple, il y avait moyen pour Roglic de prendre beaucoup plus de temps sur lui avec Pogacar et Quintana. »

Or, l’an dernier, le jeune Colombien (23 ans) était progressivement monté en régime pour survoler les Alpes et la fin de course, puis terminer en jaune à Paris… « C’est toujours un combat pour chaque seconde, évacue Roglic. Je suis très, très heureux de ma position. Beaucoup de choses vont arriver à chacun de nous d’ici l’arrivée à Paris. »

« Roglic est déjà à 100 % »

Steve Chainel croit aussi beaucoup en la progression de Bernal, qui « s’est entraîné quatre mois en altitude [au printemps], contre trois semaines à Tignes pour Roglic. Pour moi, le Slovène est déjà à 100 % alors que le Colombien va élever son niveau de performances ». Si jamais Roglic n’est pas en jaune sur les Champs, on aura du mal à ne pas repenser à ces étapes pyrénéennes où il semblait si souverain mais a refusé d’attaquer. Un Tour, quand on peut le tuer, on le tue.

Pour le trentenaire, la principale menace pourrait bien en fait s’appeler Pogacar, dont il reconnaît sans peine qu’il est « peut-être le plus fort en ce moment » et avec lequel il a failli chuter au sommet de Marie-Blanque. Septième à 44 petites secondes, le kid de Komenda a vite digéré sa boulette de vendredi entre Millau et Lavaur, lorsqu’il s’était fait piéger dans une bordure. Le leader d’UAE Team Emirates a survolé la montée de Peyresourde samedi, sans que la Jumbo n’arrive à le contrôler. Avant de gagner dimanche sa première étape dans le Tour pour sa première participation.

Pogacar « vise le classement général »

Et le garçon, malgré son inexpérience, n’est pas du genre à se cacher. « Je vise le classement général, a-t-il lâché crânement à peine descendu du podium protocolaire de Laruns. C’est pour ça que je suis venu. J’ai perdu un peu de temps [vendredi] mais ça ne veut pas dire grand-chose. » « Pogacar aura un rôle d’arbitre, observe Steve Chainel. Depuis qu’il a perdu du temps, ça l’a décomplexé. Dès qu’il peut attaquer, il le fait. »

La grande explication va reprendre dès mardi, au lendemain de la journée de repos. Tant mieux pour le spectacle. Tant pis pour Roglic ?