Tour de France : « Peut-être un tournant dans ma carrière »… Thibaut Pinot, l'échec de trop sur la Grande Boucle ?

CYCLISME Le Français, parmi les favoris du Tour de France, a perdu toutes ses chances de victoire finale après sa terrible défaillance samedi dans le Port de Balès. Encore une désillusion…

Nicolas Stival

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Thibaut Pinot, dépité après l'arrivée du Tour de France à Loudenvielle, samedi.
Thibaut Pinot, dépité après l'arrivée du Tour de France à Loudenvielle, samedi. — AFP
  • La première étape de haute montagne de ce Tour de France a été fatale à Thibaut Pinot.
  • Le leader de Groupama-FDJ, finalement mal remis de sa chute dès le premier jour, a terminé à plus de 25 minutes de Nans Peters, le vainqueur de cette superbe après-midi entre Cazères-sur-Garonne et Loudenvielle.
  • A 30 ans, Pinot a sans doute raté une occasion majeure de succéder à Bernard Hinault, dernier Français en jaune à Paris, en 1985.

De notre envoyé spécial à Loudenvielle,

« Bon, on rentre à Paris. » Cette phrase d’un collègue de salle de presse, à Loudenvielle, est prononcée sur le ton de la boutade. Mais elle en dit long sur l’impact de la défaillance de Thibaut Pinot ce samedi dans la montée du Port de Balès, le premier des cinq cols hors catégorie de ce Tour de France. A l’arrivée, 40 bornes plus loin, le leader de Groupama-FDJ accuse 25 minutes et 23 secondes de retard sur le vainqueur Nans Peters qui, comme le leader du classement général Adam Yates, était déjà monté sur le podium protocolaire quand le calvaire du Franc-Comtois a pris fin. Pinot ne pointait qu’à 13 secondes du maillot jaune anglais quelques heures plus tôt, à Cazères-sur-Garonne.

Juste après l’abandon de son collègue William Bonnet, c’est donc le patron de l’équipe qui a « coincé », plombé par des douleurs au dos, lors de la première étape pyrénéenne. « Je voudrais bien mais j’peux point », semblait-il dire, entre deux soupirs, à ses lieutenants restés à ses côtés. Un hommage bien involontaire à Annie Cordy et aux paroles de sa Bonne du Curé

Tombé à trois kilomètres de l’arrivée de la première étape à Nice, Pinot a perdu ses illusions une semaine plus tard, alors qu’il semblait avoir retrouvé une belle forme confirmée lors de la terrible étape à bordures de vendredi entre Millau et Lavaur. « Sur le plat, on arrive à cacher la misère mais en montagne c’est plus difficile », a laissé tomber Marc Madiot, son directeur sportif.

« J’ai tellement mal au dos que je n’ai pas de force, je n’arrivais pas à pédaler, a lâché le héros malheureux à l’arrivée, sur France Télé. Je ne vais pas quitter le Tour, en aucun cas je n’ai eu cette idée, Je voulais m’excuser auprès de mes coéquipiers et de ceux qui me supportent. »

« Cela fait beaucoup d’échecs pour tout le monde, pour l’équipe, pour moi, a-t-il poursuivi, totalement abattu. C’est peut-être un tournant dans ma carrière. » Autrement dit ? « C’est trop d’échecs, j’ai toujours dit que le vélo c’était prendre du plaisir, gagner des courses. » A chaud, Pinot n’a pas annoncé qu’il ne reviendrait pas sur la Grande Boucle. Mais…

Les espoirs de 2014

A 30 ans, il ne gagnera pas donc le Tour de France 2020. Et peut-être ne le gagnera-t-il jamais, alors que sa troisième place de 2014 avait fait naître des espoirs un peu fous dans le mundillo cycliste français, qui attend qu’un Tricolore arrive en jaune à Paris depuis Bernard Hinault voici 35 ans.

Seizième en 2015, Pinot n’a plus terminé la Grande Boucle depuis : non partant avant la 13e étape en 2016, abandons en 2017 et 2019 encadrés par un forfait en 2018. L’an dernier, une déchirure à la jambe gauche l’avait contraint à se retirer à deux journées de la fin, alors qu’il pouvait rêver d’un nouveau podium.

Ce nouvel épisode va entretenir la légende de Pinot le malchanceux, à rapprocher de celle de Gasquet l’espoir inabouti, deux figures installées tout en haut du Panthéon d’un certain romantisme sportif français, où les gagnants n’ont pas forcément leur place.